Si le printemps est synonyme de soleil et de chaleur, pour les propriétaires d’animaux domestiques, il marque aussi le retour des parasites. En plus d’être une source d’inconfort pour nos amis à quatre pattes, puces, tiques et autres insectes peuvent leur transmettre des maladies graves : piroplasmose, borréliose (aussi appelée maladie de Lyme), leishmaniose… Pour les protéger et éviter une infestation du foyer, de nombreux propriétaires recourent donc à des antiparasitaires sous forme de sprays, colliers, pipettes «spot-on» (à appliquer sur l’animal au niveau du cou), ou comprimés.
Des produits nocifs pour l’environnement
La plupart de ces traitements reposent sur des pesticides puissants qui attaquent le système nerveux des insectes. Parmi eux, le fipronil, présent notamment dans les gammes Frontline, Fiprotec ou Fiprokil. Autre molécule courante : l’imidaclopride, un néonicotinoïde utilisé dans les gammes Seresto ou Advantix/Advantage. Tous deux ont été interdits en agriculture en raison de leurs effets délétères sur la biodiversité, et notamment sur les polinisateurs, mais ils restent autorisés en médecine vétérinaire.

Or, les fabricants recommandent simplement d’éviter de mouiller l’animal pendant 48 heures. Le laboratoire Beaphar, seul fabricant à avoir répondu à nos questions, explique s’appuyer sur l’avis des experts toxicologues de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), rendu avant l’autorisation de mise sur le marché. «Considérant l’usage fait du produit, les quantités appliqués et les quantités effectivement biodisponibles pour migrer du poil et de la peau dans l’eau (quelques milligrammes dans un lac) ne sont pas impactantes, détaille-t-il. Et les experts en toxicologie du ministère de la santé ont jugé que 48 heures était une marge de sécurité suffisante».
Cependant, les traitements vétérinaires destinés aux animaux domestiques, contrairement à ceux destinés aux animaux d’élevage, sont exempts d’études d’écotoxicité avant leur mise sur le marché, car ils sont considérés comme des traitements individuels. «Pour le dire autrement, il n’existe pas encore d’évaluation des risques environnementaux pour les antiparasitaires externes des animaux domestiques. Comme tout médicament vétérinaire, on évalue toutefois leur toxicité pour l’animal et l’utilisateur», explique Philippe Berny, professeur de pharmacie et toxicologie à VetAgro Sup, collaborateur de l’Agence nationale du médicament vétérinaire (ANMV) et de l’Agence européenne du médicament.
Cette situation est en train de changer : depuis trois ans, Philippe Berny et d’autres chercheur·ses analysent justement le risque environnemental de ces traitements. En attendant leurs résultats définitifs, et une possible évolution des autorisations et des recommandations, la prudence est de mise. Il est conseillé d’éviter de baigner son chien pendant un mois après l’application d’une pipette, et de retirer les colliers antiparasitaires avant toute immersion.
Les comprimés à ingérer semblent avoir un impact écologique moindre. S’ils contiennent aussi des insecticides – notamment le fluralaner pour le Bravecto et l’afoxolaner pour le Nexgard et le Frontpro – ces substances ne se retrouvent pas sur la peau ou en surface du poil, mais dans le sang de l’animal. «La pollution des milieux aquatiques est donc bien inférieure. Cependant, les insecticides se retrouvent quand même dans l’environnement, via les matières fécales et l’urine. Il est donc essentiel que les propriétaires ramassent les déjections de leur animal, même en pleine nature», indique Philippe Berny.
Quels risques pour la santé ?
Compte tenu de leur toxicité environnementale, la question des effets des antiparasitaires sur la santé se pose également. Ces molécules sont globalement moins dangereuses pour les mammifères, mais pas sans risque. Selon l’Anses, l’imidaclopride peut provoquer des effets neurotoxiques chez le chien (tremblements, ataxie) en cas d’exposition prolongée à de fortes doses. Chez l’humain, il est toxique en cas d’ingestion, sans être classé cancérogène ni perturbateur endocrinien. Le fipronil est considéré comme modérément toxique par l’Anses. Il est classé cancérogène possible par l’Environmental protection agency (EPA) américaine, à des niveaux d’exposition élevés. Des perturbations endocriniennes ont également été observées chez le rat. Les données sur les effets à long terme chez l’humain restent toutefois insuffisantes, comme le soulignait le Réseau environnement santé en 2017.
Les pyréthrinoïdes (perméthrine, deltaméthrine, cyperméthrine), utilisés notamment dans les colliers antipuces, suscitent davantage d’inquiétudes. Ils sont associés à des effets sur le neurodéveloppement des enfants, le système endocrinien, la fertilité et l’humeur. Ils sont en outre très toxiques, voire mortels, pour les chats : les produits pour chiens contenant ces substances ne doivent jamais leur être administrés.
«En utilisant ces antiparasitaires sur nos animaux, nous introduisons des pesticides dans nos foyers.»
Cela étant, les doses présentes dans les médicaments vétérinaires restent faibles et font l’objet d’évaluations strictes avant mise sur le marché. «À ces niveaux d’exposition, les risques sont très faibles. La balance bénéfice/risque reste favorable, car ces traitements protègent les animaux contre des maladies graves. Mais bien sûr, le risque zéro n’existe pas», rappelle Philippe Berny. Quels sont toutefois les impacts sanitaires à long terme, en cas d’administration continue de ces produits tout au long de la vie de l’animal ? «À ma connaissance, il n’existe effectivement pas d’étude sur les effets de ces traitements sur le très long terme», reconnaît le toxicologue.
«En utilisant ces antiparasitaires sur nos animaux, nous introduisons des pesticides dans nos foyers. Ces doses là ne sont pas létales, mais elles s’ajoutent à d’autres contaminations : dans l’alimentation principalement, mais aussi les produits pour le jardin. Toutes ces sources s’accumulent, et peuvent entraîner des perturbations de notre système nerveux. C’est particulièrement dangereux pour les foetus et les jeunes enfants», alerte Jean-Marc Bonmatin, chercheur au Centre national de recherche scientifique (CNRS) d’Orléans (Loiret) et spécialiste des pesticides. Plusieurs études récentes ont montré les effets néfastes pour la santé de cet «effet cocktail» des pesticides, même à faible dose.
Les antiparasit’, c’est pas automatique
Faut-il pour autant abandonner ces produits ? «Tout dépend de la situation : état de santé de l’animal, mode de vie… Mais il est important de rappeler que, comme les antibiotiques, les antiparasitaires ne sont pas automatiques», indique Floriane Lanord, vétérinaire et membre d’Ecoveto, une association promouvant des pratiques vétérinaires écoresponsables. D’autant que les parasites commencent à développer des résistances, ce qui rend ces traitements de moins en moins efficaces.
Contrairement à ce qui est encore parfois recommandé, il n’est donc pas nécessaire de traiter systématiquement tous les animaux, toute l’année. Un chat d’intérieur présente par exemple un risque très minime d’infestation. Pour les chiens à poils courts, une inspection en retour de promenade peut suffire pour détecter les tiques. Dans le cas de la maladie de Lyme, un retrait de l’insecte dans les douze à 24 heures suivant la morsure empêche la transmission de la bactérie. Pour les puces, un contrôle régulier à l’aide d’un peigne spécial permet souvent de les repérer, en cherchant principalement leurs déjections, plus faciles à déceler.
Il existe également des répulsifs naturels, à base d’huile essentielle. Pour Floriane Lanord, «c’est une solution préventive, mais ces produits ne tueront pas les parasites déjà présents. Il faut aussi être vigilant : certaines huiles essentielles sont toxiques, notamment pour les chats, et un surdosage peut être dangereux.» Il est donc conseillé de diluer l’huile essentielle dans une huile végétale avant l’application sur l’animal. Autre remède naturel : la poudre de diatomée, qui tue les insectes par abrasion des voies digestives et de l’exosquelette. «Attention toutefois à ne pas appliquer cette poudre sur un animal présentant des problèmes respiratoires. Il faudra d’ailleurs répéter l’opération pendant plusieurs semaines, le temps de l’éclosion des larves, ce qui peut être contraignant», détaille Floriane Lanord.
Dans certains cas enfin, le recours aux antiparasitaires à base de pesticides peut-être nécessaire : infestation avérée, allergie de son animal aux puces ou aux tiques, balades quotidiennes dans des zones à risques, poils denses qui rendent l’inspection manuelle impossible … Dans ces cas-là, il est important d’évaluer les risques pour le foyer : les femmes enceintes et les jeunes enfants doivent par exemple se tenir éloignés des molécules toxiques pour le neuro-développement ou le système endocrinien. Il est par ailleurs recommandé de porter des gants lors de l’application de pipettes, d’éviter les caresses à son animal pendant au moins 48 heures, et de l’empêcher d’accéder au lit ou au canapé durant cette période. De manière générale, les comprimés à ingérer semblent présenter moins de risques pour l’environnement, et sont donc à privilégier.
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