
Quand les températures montent, les martinets tombent. Proches cousins des hirondelles, ces oiseaux noirs aux longues ailes effilées emplissent le ciel des grandes villes durant l’été, où ils égaient l’azur de leurs cris aigus si caractéristiques. Mais, ironie du sort, ces voltigeurs hors pair sont parfois rattrapés par les températures extrêmes, qu’ils avaient pourtant quittées lors de leur longue migration printanière depuis l’Afrique.
Sous les toits où ils nichent, le mercure peut vite dépasser les 50 degrés Celsius (°C) en période de canicule. «Les jeunes étouffent, se rapprochent du bord du nid pour trouver de l’air frais, et tombent», décrit Elyssa Della Rovere, soigneuse depuis cinq ans auprès de l’association Faune Alfort, qui recueille et soigne les animaux sauvages d’Île-de-France.

Incapables de voler et laissés au sol par leurs parents, les oisillons sont alors voués à une mort certaine… à moins qu’une âme charitable ne les recueille pour les amener dans un centre de soins.
«La faune sauvage paie déjà un lourd tribut dû à ces températures extrêmes»
Depuis le début de la canicule «historique» de ce mois de juin, en pleine période de reproduction, les entrées d’animaux victimes de la chaleur explosent à Faune Alfort. Basé au sein de l’école nationale vétérinaire de Maisons-Alfort (Val-de-Marne), l’«hôpital» de la faune sauvage a accueilli 137 nouveaux individus sur la journée de mardi et 116 lundi, contre une quarantaine en moyenne les jours précédents. D’ici la fin de la semaine, ce chiffre pourrait approcher la barre record des 200 animaux, atteinte lors de la vague de chaleur de juin-juillet 2025.
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«La faune sauvage paie déjà un lourd tribut dû à ces températures extrêmes», pointe la Ligue pour la protection des oiseaux. L’association alerte cette semaine sur un «afflux massif d’animaux en détresse» dans ses sept centres de soins de la faune sauvage en France, avec entre 60 et 100 entrées par jour. Certaines structures, parmi la centaine que compte le pays, arrivent même à saturation et doivent suspendre temporairement les entrées.

À Faune Alfort, vétérinaires, soigneur·ses et bénévoles s’activent jusqu’à tard le soir pour nourrir et soigner les centaines de pensionnaires du centre au milieu d’un tourbillon de cages, de cris d’oiseaux et de seringues. Là, des bébés hérissons biberonnés ; ici, un jeune goéland «gavé» – il faut s’y mettre à trois ! ; plus loin, des martinets noirs nourris à la chaîne…
Une fois hors du nid, ces as du ciel passent leur vie entière dans les airs, sans jamais se poser (ils dorment même en volant !). Ils se nourrissent en happant les insectes volants et n’apprennent donc pas à picorer : les jeunes recueillis au centre doivent être nourris à la main, avec une pince, grillon par grillon. Et ce toutes les trois heures.

«Les plumes, c’est toute leur vie, témoigne Elyssa Della Rovere en versant goutte à goutte une solution de réhydratation dans le bec d’un jeune martinet. S’ils ont des problèmes de carence et un plumage de mauvaise qualité, nous ne pourrons pas les relâcher.» À Faune Alfort, un animal qui ne peut pas être remis en liberté est, bien souvent, un animal qu’il faut euthanasier.
Chauves-souris allaitées, pigeons englués et «tâche d’huile»
En région parisienne, d’autres espèces qui nichent dans les bâtiments peuvent subir ces coups de chaud, comme les hirondelles ou les goélands. C’est aussi le cas des chauves-souris : «On a des juvéniles qui sortent des gîtes parce qu’ils ont chaud ou qui sont abandonnés par les mères lorsqu’elles veulent changer de gîte et que le petit est trop gros pour s’envoler», détaille Nora Affejee, soigneuse et membre de l’association d’étude et de protection des chiroptères Azimut 230. En ce moment, la naturaliste passe ses journées – et ses nuits – à nourrir de lait une vingtaine de bébés pipistrelles (l’une des espèces les plus communes en France).

Ces jeunes pensionnaires viennent s’ajouter aux dizaines d’animaux régulièrement victimes des activités humaines, du renard renversé par une voiture au pigeon piégé sur des plaques de glue anti-rats. Les deux tiers des individus recueillis par l’association sont directement victimes des activités humaines (collisions, destructions des habitats, pollutions…).
Seul centre de soins «toutes espèces» en Île-de-France, Faune Alfort voit son nombre de patients augmenter d’année en année, tout particulièrement lors des pics de chaleur. Pour financer ces soins et les salarié·es qui les assurent, l’association repose essentiellement sur les dons – elle espère récolter 80 000 euros cet été.
Une fois soignés, les animaux sont envoyés dans un vaste centre de réhabilitation à Mandres-les-Roses (Val-de-Marne), avant d’être remis en liberté. Excepté pour quelques espèces sensibles, ces sauvetages restent une «goutte d’eau», précise Servane Pater, qui travaille à la communication de l’association : «Les espèces que nous relâchons ne vont pas changer la biodiversité. Nous avons plutôt une conception à l’échelle de l’individu, pour réduire la souffrance des animaux sauvages.» «Et de sensibilisation, complète à ses côtés Cécile (elle n’a pas souhaité donner son nom), bénévole du centre. Les gens de bonne volonté qui nous amènent des bêtes sont très contents ; on leur explique, ils sont plus attentifs, et après ça fait tâche d’huile.»










