
«Cette canicule s’annonce historique, malheureusement on ne peut plus parler de vagues de chaleur exceptionnelles tant elles sont récurrentes», alerte auprès de Vert le météorologue François Jobard.
Ce lundi pourrait être la journée la plus chaude jamais mesurée en moyenne à l’échelle nationale. Un record tous mois confondus depuis 1947 et le début des mesures. «C’est énorme que l’on ait, au mois de juin, des températures records qui dépassent parfois celles des récentes canicules qui ont eu lieu en juillet et août», souligne l’expert de Météo-France. Ce lundi, on attend 42 degrés Celsius (°C) à Nantes (Loire-Atlantique) et 43°C à Angoulême (Charente), par exemple.
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La canicule s’étend sur une très grande majorité de l’Hexagone : 49 départements sont en vigilance rouge, ce qui représente 35 millions de Français·es, et 40 départements sont en orange. Au total, l’intégralité du territoire hexagonal est en état de vigilance canicule, en comptant les sept départements en vigilance jaune. Après un dimanche extrêmement chaud, les températures continuent de grimper ce lundi et les maximales atteindront 38 à 40°C sur l’Île-de-France, l’ouest de la Bretagne et la vallée du Rhône ; et 40 à 42°C du nord aquitain à la Touraine et à l’Anjou.

L’indicateur thermique national (la moyenne des températures du pays) devrait franchir 27,4°C ce lundi. Les valeurs les plus élevées se trouveront dans les Landes, avec 42,2°C à Pissos ; et dans le Cher, avec 42°C à Chateaumeillant. D’autres records seront battus aujourd’hui à Mâcon (Saône-et-Loire), avec 37,4°C, et à Poitiers (Vienne), avec 39,2°C.
Localement, une canicule encore plus sévère que celle de 2003
Selon Météo-France, à l’échelle du pays, la canicule que nous connaissons devrait être aussi sévère que celle d’août 2003 en termes d’intensité pour les températures, aussi bien la nuit que le jour. Cette année-là, 15 000 personnes en étaient mortes.
«En termes d’intensité à l’échelle locale, ça pourrait être encore pire qu’en 2003, souligne François Jobard. En 2003, à Bordeaux, le pic était à 40,7°C ; et là, on prévoit plusieurs jours à 42°C dans la ville. C’est pire aussi à Rennes, où l’on dépasse les 40°C plusieurs jours d’affilée, alors qu’en 2003 on naviguait entre 34 et 39°C.»
Hors des villes, ce temps particulièrement chaud et sec accélère l’assèchement de la végétation et favorise le départ de feux de cultures et de broussailles. Sans compter que le vent devrait se lever en cours de semaine. Dimanche, 17 départements étaient classés en vigilance orange pour risques de feu de forêt, dont l’Hérault, le Gard ou encore la Vendée et la Charente-Maritime.
Des températures cauchemardesques la nuit
Ces dernières nuits aussi ont connu des chaleurs record. La nuit de dimanche à lundi a été exceptionnellement chaude, avec 27,9°C à Montembœuf (Charente) ou encore 26,4°C à Château-d’Olonne (Vendée). Dans certaines villes, les températures minimales ont atteint des niveaux jamais mesurés, tous mois confondus : il a fait 24,8°C à Tours (Indre-et-Loire), 24,6°C à Poitiers (Vienne) et 24,1°C à Bourges (Cher). «Des nuits avec des températures au-dessus de 20°C voire 25°C, ce sont vraiment des nuits étouffantes… Je ne sais pas comment les qualifier, c’est très sérieux», s’alarme François Jobard.
Plus de 2 000 établissements affectés
845 établissements scolaires sont fermés ce lundi en raison des fortes chaleurs et 1 800 proposent des horaires aménagés. Nombreux sont ceux qui ne sont pas adaptés aux hautes températures, même si des mairies prennent parfois les devants pour mieux protéger les élèves, comme à Rosny-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Dès la semaine dernière, plusieurs écoles ont incité les parents, sans obligation, à garder leurs enfants chez eux pour éviter les classes surchauffées.
5 000 lycéen·nes ont également vu leurs oraux de bac reportés, pour le bac de français et pour le grand oral. Cinq académies (Bordeaux, Poitiers, Lyon, Montpellier et Normandie) ont pris cette décision et ont envoyé de nouvelles convocations aux élèves. Une première en France.
Le système ferroviaire perturbé
Le président-directeur général de la SNCF, Jean Castex, a invité dimanche les voyageur·ses les plus «vulnérables» à «éviter de prendre le train» pendant la canicule. La présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, a quant à elle demandé aux travailleur·ses «de ne pas se déplacer» et de privilégier le télétravail, en raison de perturbations à venir sur le réseau de transport.
Un épisode qui se poursuit jusqu’à jeudi
«On commence à voir une atténuation des chaleurs intenses à partir de vendredi dans l’ouest de la France», indique François Jobard. «Malgré cette diminution, on restera à des niveaux encore très élevés», précise le spécialiste.
Le réchauffement climatique provoque des vagues de chaleur plus précoces, intenses et fréquentes. Dans une interview à Libération, le climatologue Christophe Cassou appelle à «politiser les canicules et dénoncer les défaillances des responsables». Il fustige l’impréparation de l’État, aussi bien pour atténuer les effets du dérèglement climatique que pour s’y adapter.
Un premier bilan mortel
Pour l’instant, la préfecture de la Gironde a annoncé la mort de trois personnes âgées à leur domicile. Les records de température ont un impact sur tout notre corps et affectent notre santé physique et mentale (maux de tête, changements de comportement, système cardiovasculaire fragilisé).
Auprès des équipes de régulation médicale des urgences à l’hôpital Necker (Paris), la ministre de la santé, Stéphanie Rist, a signalé «une énorme augmentation» du nombre d’appels depuis dimanche, «de l’ordre ici de presque 60%». Malgré cela, «il semble au moment où je vous parle que le système de santé ne soit pas particulièrement en tension dans les services d’urgence», a-t-elle ajouté ce lundi matin sur TF1.
Dimanche, treize personnes sont mortes noyées, a annoncé Jérôme Boulanger, porte-parole de la sécurité civile. Sur Franceinfo, la Fédération française des maîtres-nageurs sauveteurs (FFMNS) a appelé le gouvernement à «enclencher un plan d’urgence d’apprentissage de la nage».
Parmi les victimes, plusieurs adolescent·es. Elles et ils sont mort·es noyé·es dans le Doubs, en Dordogne et dans le Nord. Chaque année, les noyades causent environ 1 000 décès, dont 400 l’été. Lors des épisodes de fortes chaleurs, Santé publique France met en garde contre le risque accru de noyade.










