Faire ses courses sans être confronté à une horde de produits recouverts de plastique relève d’un vrai défi. Dans les allées du Auchan du 13ème arrondissement de Paris, le matériau s’impose en maître : des bouteilles du rayon boissons aux tubes et pots de l’espace hygiène-beauté, il est partout. Une fois les emplettes finies, les client·es en reprennent une dose avec les sacs accrochés sous les caisses, moins coûteux que ceux en tissu, disposés un peu plus loin.

Face à ce constat, les associations No plastic in my sea et Que choisir ensemble (ex-UFC Que Choisir) ont fait un état des lieux de la dépendance de la grande distribution aux emballages plastiques, publié ce mercredi. Elles ont mené une enquête de terrain dans toute la France : 1 659 magasins ont été testés, dont des «traditionnels» (Auchan, Carrefour), des enseignes à bas prix (Lidl, Aldi) et des bios (Biocoop, Naturalia). Alors que la loi Climat et résilience de 2021 fixe un objectif de 20% de produits sans emballage d’ici 2030, et que la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (Agec) de 2020 impose la fin progressive des plastiques à usage unique à horizon 2040, le résultat montre que les pratiques ont peu évolué.
«C’est désolant, reconnait Françoise*, 56 ans, venue faire ses courses ce mardi dans le supermarché parisien après son travail. En même temps, si on ne nous propose pas d’alternative sans que ça coûte plus cher, on va continuer d’acheter du plastique.» Même si elle affirme faire attention en apportant toujours des sacs en papier pour ses fruits et légumes, elle reconnaît que, pour certains produits comme les bouteilles d’eau, c’est «difficile de faire autrement». Selon le rapport, en 2025, les ventes d’eau embouteillée ont augmenté de 3,3%, alors même que le rayon boissons reste celui où la part de plastique à usage unique est la plus élevée (40%).
Des pratiques «archétypales»
En plus du plastique habituel dans les magasins, les membres des deux associations ont également observé de nouvelles pratiques «complètement archétypales de ce qu’il ne faut pas faire, une utilisation de plastique à usage unique à outrance là où ce n’est pas indispensable», détaille Camille Wolff, chargé des campagnes réduction de plastiques à No plastic in my sea. Dans près d’un supermarché sur deux, des fruits prédécoupés, épluchés et emballés sous plastique sont à la vente. Pourtant, leur peau permet naturellement d’éviter toute forme d’emballage.

«Une économie de la flemme» que le rapport constate aussi avec davantage de produits vendus en dose unique, comme des masques de beauté en tissu, des dosettes de lessive ou encore des boissons dans de petites bouteilles de moins de 33 centilitres. «Alors que l’objectif est à la réduction, ces tendances envoient des signaux contradictoires aux consommateurs», déplore Camille Wolff.
En complément de l’observation sur le terrain, les deux associations ont envoyé des questionnaires aux enseignes de grande et moyenne surface pour connaitre leur stratégie d’alignement sur les lois Agec et Climat et résilience. «Les réponses qu’on a reçues montrent qu’il n’y a pas encore eu de prise de conscience et de décision sur ce sujet-là», explique le représentant de No plastic in my sea. La plupart des actions menées donnent la priorité au recyclage ou à la réduction de plastique, mais dans des rayons où sa présence n’est pas majoritaire.
Peu de vrac et de réemploi
Les supermarchés ont même fait marche arrière en matière de vrac, pourtant présenté comme une alternative aux emballages plastiques. La part des magasins avec un rayon vrac est passée de 57% en 2023 à 38% en 2026. Quant au réemploi des emballages, la Coopérative U, seule enseigne à avoir répondu à cette question, indique un taux de 0,9%, un chiffre bien en dessous de l’objectif de 10% d’ici 2027 prévu par la loi Agec.

Parmi toutes les enseignes, les magasins bios ont de l’avance par rapport aux autres. Le vrac y est notamment plus développé. Les bouteilles d’eau en plastique sont même interdites à la vente depuis 2017 dans les Biocoop.
Pour réduire la dépendance aux emballages plastiques, les deux associations appellent les distributeurs à élaborer des plans d’action et à les rendre publics. Elles insistent aussi sur l’urgence de mettre fin à des pratiques jugées aberrantes «au plus vite». Et demandent par ailleurs à l’État de rendre effectifs les objectifs fixés par la loi, avec des trajectoires claires et des échéances intermédiaires.
Pour Clément Wolff, «la priorité doit aller à la réduction» : le réemploi et le recyclage n’interviennent qu’après qu’on a tout mis en œuvre pour diminuer les volumes de plastique.
*Elle n’a pas souhaité donner son nom de famille.
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