Reportage

«Un musée d’exception ne peut pas reposer sur des salaires de misère» : une grève inédite au Muséum national d’histoire naturelle

Musée jusqu'à la corde. Bibliothécaires, responsables des collections, scientifiques… Les petites mains de l'emblématique musée parisien sont en grève ce mardi pour demander, notamment, une revalorisation des salaires.
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«Musée en lutte, hausse des salaires», «Personnel en voie d’extinction», «Nos salaires ne pèsent palourdes»… Les fenêtres et grilles des locaux parisiens du Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) se sont drapées de drôles de messages en ce premier mardi de mai. S’il souffle sa 400ème bougie cette année, l’emblématique musée n’est pas à la fête : agent·es et scientifiques sont en grève pour dénoncer certaines conditions de travail et demander une revalorisation des primes.

Une vingtaine de travailleur·ses du Muséum national d’histoire naturelle ont tenu un piquet de grève au Jardin des plantes ce mardi matin. © Esteban Grépinet/Vert

«Un musée d’exception ne peut pas reposer sur des salaires de misère», déplorent les syndicats CGT et FSU dans un communiqué commun paru le 30 avril. Selon ces derniers, les agent·es du Muséum sont «les plus mal rémunéré·es du secteur», avec 20% d’écarts de salaires par rapport aux autres établissements de l’enseignement supérieur. Une vingtaine de personnes ont tenu un piquet de grève ce mardi matin devant les grandes serres du Jardin des plantes, à Paris.

Pandas roux et gros trous

Au cœur des revendications : l’«IFSE», une prime versée chaque mois aux fonctionnaires pour «valoriser» leur travail… et compenser leurs salaires, dont le point d’indice est gelé depuis plus d’une décennie. Pour le Muséum, qui est aussi un centre de recherche et d’enseignement, cette somme dépend d’une enveloppe donnée par le ministère de l’enseignement supérieur et redistribuée par la direction, explique Ingrid*, co-secrétaire de la CGT de l’établissement : «Sauf qu’elle n’a jamais été augmentée et qu’elle est mal répartie !»

Les fonctionnaires demandent notamment une revalorisation et un meilleur partage de la prime versée chaque mois. © Esteban Grépinet/Vert

«La prime est bien inférieure aux autres universités», confirme Pascal Harvey, régisseur de l’auditorium du Muséum. À 64 ans, ce dernier perçoit 2 300 euros. À ses côtés, Nicoleta*, bibliothécaire depuis quinze ans, touche moins de 2 000 euros : «Et pour un jeune magasinier, c’est à peine le Smic, avec la prime.»

Dans la continuité du mouvement social du Louvre, démarré en décembre dernier, les agent·es du Muséum veulent aussi dénoncer la dégradation des conditions de travail : restructuration des bureaux, externalisation de certains postes auprès du privé, ou encore remplacement progressif des fonctionnaires par des contractuels.

Mi-avril, l’«appel à l’aide» du président du MNHN, Gilles Bloch, dans un article du Monde, a rappelé les grandes difficultés financières de l’emblématique musée, dont plusieurs espaces tombent en délabrement (fissures, moisissures, inondations…). «Il s’est lancé dans une campagne médiatique pour les bâtiments, mais n’en a pas profité pour parler des problèmes de salaires», regrette Ingrid, t-shirt «Les pandas roux avec nous» sur les épaules.

Menaces sur l’indépendance de la recherche

La contestation a démarré le 31 janvier parmi les bibliothécaires, qui sont en grève chaque samedi depuis. Le mouvement s’étend désormais à l’ensemble du personnel : responsables des collections, des expositions, de la communication… Plusieurs scientifiques ont également rejoint la lutte.

Des scientifiques craignent aussi pour l’indépendance de la recherche en France. © Esteban Grépinet/Vert

«Nous avons les mêmes problèmes de salaires, il y a aussi une paupérisation dans ces corps de métier», témoigne Alexis*, jeune chercheur en biologie marine. Drapeau de la CGT en main, le scientifique craint pour son avenir : «Si les financements du programme pour lequel j’ai été recruté ne sont pas renouvelés, je peux être licencié.» Pour lui, cette précarité «crée des problèmes d’indépendance pour la recherche et l’expertise publique» – elle accroît la pression sur les avis rendus par les scientifiques.

Selon les syndicats, «les faits sont reconnus sans détour» par le directeur général des ressources humaines du ministère de l’enseignement supérieur. Ils espèrent désormais une revalorisation de l’enveloppe délivrée par ce dernier : son cabinet doit les recevoir cet après-midi.

*Les personnes n’ont pas souhaité donner leur nom de famille.

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