
Note aux lecteur·ices :
Cet article est une tribune, rédigée par des personnes extérieures à la rédaction de Vert.
Au salon du réemploi, le 19 mai 2026, Emmanuel Macron annonçait relancer les discussions autour de la collecte séparée des bouteilles en plastique dite «consigne pour recyclage», par l’élaboration d’un Plan plastique. Le 21 mai, le ministre de la Transition écologique, Mathieu Lefèvre, débutait des échanges avec les industriels. Les associations, conviées la semaine suivante, déplorent un «Plan recyclage», en décalage avec l’ampleur de la pollution plastique.
En effet, la production mondiale de plastique a explosé au cours des dernières décennies : elle est passée de 2 à 450 millions de tonnes (Mt) entre 1950 et 2019, et 3% finissent dans l’océan chaque année. La France ne fait pas exception, avec une consommation annuelle de 4,5 Mt.
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Le gouvernement, qui appelle à réduire la production mondiale de plastique dans les négociations internationales en cours sur un traité plastique, doit faire preuve du même niveau d’engagement sur son territoire : en allant au-delà de la législation existante (loi anti-gaspillage pour une économie circulaire, Agec), et en recadrant le débat, aujourd’hui centré à tort sur la fin de vie des déchets plastiques, et en particulier sur le recyclage.
Un vrai Plan plastique doit respecter le principe de prévention des déchets et la hiérarchie des modes de traitement, et non concentrer les efforts sur les fausses solutions – bioplastiques, recyclage et recyclage chimique. Focaliser les échanges sur la consigne pour recyclage de bouteilles plastiques – qui engagera des sommes colossales dans les seules activités de collecte et recyclage – conduit à légitimer notre dépendance aux plastiques jetables, à rebours des appels à la réduction formulés par la communauté scientifique. Pas un jour ne passe sans qu’un nouvel article scientifique relate la présence de plastique dans le corps humain ou établisse un nouveau lien de causalité entre un symptôme ou une pathologie et l’exposition aux plastiques.
Nos organisations appellent à l’adoption d’un véritable Plan plastique, élaboré avec une représentation plus diverse de la société civile – citoyen·nes, professionnel·les de santé, scientifiques et associations de consommateur·ices – capable de s’attaquer de manière transversale et structurelle à la pollution plastique.
Réduire l’utilisation des plastiques sur toutes les filières et renforcer les obligations des industriels
1. Au-delà des seuls emballages, limiter sur toutes les filières de production l’utilisation de plastique (textiles, meuble, secteur du bâtiment, etc.) en application du principe pollueur-payeur (système REP).
2. Prioriser la réduction des emballages en plastique à usage unique (agir sur les pratiques de suremballage) et le développement d’alternatives (vrac, réemploi et promotion de l’eau du robinet) dans le cadre des politiques publiques dédiées (décret et stratégie 3R), en augmentant notamment les financements des solutions de réemploi et en pénalisant les emballages en plastique et à usage unique, via un système de taxation.
3. Renforcer les sanctions et contrôles sur l’interdiction de certains produits en plastique à usage unique (sacs plastiques, gobelets, pailles, etc.) et sur le déploiement des alternatives, comme les fontaines à eau.
4. Adopter les textes permettant de rendre opérationnelle la filière REP des textiles sanitaires à usage unique (serviettes, tampons, couches, etc.).
5. Encadrer la publicité et sanctionner les allégations environnementales faisant la promotion de fausses solutions, comme les plastiques biosourcés et biodégradables.
6. Inclure la lutte contre la pollution plastique dans les politiques publiques relatives au climat et notamment dans la Stratégie nationale bas carbone.
Lutter contre la pollution plastique dans l’environnement
7. Adopter des mesures de prévention liées à la dispersion des microplastiques, en particulier issus des vêtements, pneus et filtres de cigarettes (notamment via les filières REP et des mesures d’interdiction).
8. Contrôler la présence de micro et nano-plastiques dans les eaux de surfaces (rivières, fleuves, lacs, etc.), côtières et souterraines (nappes phréatiques).
9. Mettre en œuvre au plus vite la feuille de route zéro déchet plastique en mer, en particulier les mesures dédiées à la prévention des fuites de granulés plastiques industriels, et rendre public le bilan de la mise en œuvre de la législation en vigueur.
10. Élargir la réglementation relative au traitement des eaux usées aux stations d’épuration industrielles pour prévenir les fuites de biomédias – supports utilisés pour fixer les bactéries – dans l’environnement.
Prévenir les conséquences sanitaires des plastiques
11. Renforcer la réglementation relative aux plastiques autorisés au contact alimentaire et dans les cosmétiques (migration de microplastiques et de substances nocives via l’emballage).
12. Étendre le contrôle de la présence de microplastiques dans les eaux destinées à la consommation humaine (eau embouteillée et eau du robinet) aux nano-plastiques et contrôler la présence de micro et nano-plastiques dans les produits alimentaires.
13. Encadrer l’usage des plastiques dans la production agricole, en raison de leur contact étroit avec les sols et les aliments.
14. Interdire l’usage des plastiques contenant des additifs chimiques toxiques (plus de 4 000 additifs toxiques ont été identifiés par les scientifiques) et de produits en plastique nocifs pour la santé (comme les filtres de cigarette).
15. Adopter un plan d’action contre l’exposition des nourrissons et des enfants à la pollution plastique, et dédier un axe aux risques associés aux plastiques dans les prochains Plan national Santé environnement et Plan sur les perturbateurs endocriniens.
Signataires
Biodiversité sous nos pieds, Fondation de la mer, France nature environnement, fondation Tara Océan, No plastic in my sea, Notre Affaire à tous, Objectif zéro plastique, Surfrider foundation Europe, WECF France, Zero waste France.











