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«Notre boussole restera l’antifascisme» : le mouvement écolo fait front après la mort du militant d’extrême droite Quentin Deranque

Un peu plus d’une semaine après la mort du militant d’extrême droite Quentin Deranque à Lyon, plusieurs associations de protection de l’environnement telles qu'Action Justice Climat et Greenpeace ont pris la parole pour dénoncer le traitement politique et médiatique de l’affaire. Toutes réaffirment leur soutien à la lutte antifasciste, indissociable de la lutte écologiste.
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Samedi, près de 3 200 personnes ont défilé à Lyon (Rhône) en mémoire du militant néofasciste Quentin Deranque, mort le 14 février, deux jours après avoir été passé à tabac dans une confrontation avec des militant·es antifascistes. Cette marche – où ont été observés des saluts nazis, des insultes racistes et homophobes – est venue parachever une semaine politique et médiatique teintée de brun, une vague qui a déferlé sans la moindre entrave. De Marine Le Pen, cheffe de file des député·es Rassemblement national (RN), à Martine Vassal, candidate Les Républicains (LR) à la mairie de Marseille (Bouches-du-Rhône), les demandes de classer officiellement les «antifas» comme des groupes terroristes se sont multipliées.

Lyon, samedi. Près de 3 200 personnes ont défilé en mémoire du militant néofasciste Quentin Deranque. © Olivier Chassignole/AFP

Dans les médias de la sphère Bolloré, c’était la porte ouverte à tous les débordements. Alors même que les circonstances du décès de Quentin Deranque sont encore floues, sur CNews l’usage du conditionnel a été «aléatoire pour défendre une seule version : celle d’un “lynchage gratuit”, d’une “mise à mort”, ou encore d’un “crime politique”», rapporte Arrêt sur image. Ailleurs, «l’ultradroite» et «l’ultragauche» ont été renvoyées dos à dos. Comme sur France inter mardi matin, où le journaliste Benjamin Duhamel a demandé à Jean-Michel Aulas, candidat à la mairie de Lyon, quelle était selon lui «la plus grande menace [dans sa ville] entre l’ultra-droite et l’ultra-gauche ?».

Dans ce contexte, plusieurs collectifs écologistes ont pris la parole en fin de semaine dernière pour réaffirmer leur soutien au mouvement antifasciste, notamment au collectif dissous La Jeune garde. Parmi les sept suspects mis en examen pour le meurtre de Quentin Deranque, plusieurs personnes sont proches de cet ancien groupe antifasciste. «Aujourd’hui, plus que jamais, nous affirmons que l’antifascisme est une nécessité démocratique, déclarait Action Justice Climat dans une tribune publiée jeudi dans Reporterre. Nous apportons notre soutien aux personnes, militant·es et organisations directement menacé·es par l’extrême droite et appelons à continuer la lutte contre elle sous toutes ses formes : idéologiques, culturelles, médiatiques, institutionnelles et politiques.»

«Où étaient les minutes de silence pour s’indigner des meurtres racistes ?»

Greenpeace aussi est sortie du silence. Jeudi, l’ONG a appelé à «agir ensemble pour contrer une idéologie d’extrême droite fondée sur le racisme, la xénophobie, les discriminations, la haine de l’autre, la régression des droits et le climatoscepticisme».

Les deux associations ont toutes deux tenu à condamner «les violences qui ont entraîné la mort de ce jeune homme». Elles ont toutefois dénoncé le «deux poids deux mesures» de cette indignation, dans un contexte dans lequel 102 attaques, agressions et actes haineux ont été perpétrés par l’extrême droite radicale à Lyon entre 2010 et 2025 – selon un recensement de Rue89 Lyon. D’après l’historien spécialiste de l’extrême droite et des violences politiques Nicolas Lebourg : «Si on fait un bilan sinistre des décès causés par les radicaux depuis 1986, la gauche a tué 6 personnes, la droite 59», détaille-t-il auprès de Libération.

Lorsque ça s’est passé, «où étaient les minutes de silence pour s’indigner des meurtres racistes ?», interpelle Action Justice Climat. «Ces victimes ne bénéficient pas, elles, de la même visibilité et de la même indignation politique ou médiatique, abonde Greenpeace. La violence de l’extrême droite est bien trop souvent minimisée, niée, passée sous silence. Cela doit cesser et justice doit également être rendue pour toutes ces agressions et crimes racistes et de haine.»

«Laisser-faire institutionnel»

Ces violences répétées posent aussi la question «du laisser-faire institutionnel et de l’inaction des autorités face à des réseaux d’extrême droite pourtant identifiés», alerte Action Justice Climat – ce jeudi 12 février «servant d’exemple probant». Alors que cette confrontation entre militant·es fascistes et antifas a eu lieu en marge d’une conférence de l’eurodéputée insoumise Rima Hassan sur la Palestine, «nous nous interrogeons sur l’absence de dispositif policier suffisant pour garantir la sécurité de la conférence et du public face à ces attaques de l’extrême droite».

Même constat du côté des Soulèvements de la Terre, dans un communiqué publié samedi : «Quentin Deranque n’était pas autour de l’Institut d’études politiques de Lyon par hasard, mais dans le cadre d’une stratégie violente délibérée de l’extrême droite lyonnaise.» Ces dernières années, selon le collectif, «les groupes antifascistes se sont constitués pour contrer [la] stratégie de la terreur» de l’extrême droite (attaques de lieux, de manifestations, de débats…) et «ont participé à en limiter les effets quand les pouvoirs publics ne le faisaient pas».

Alors que plusieurs locaux d’associations – l’union départementale de Solidaires, notamment – et des permanences parlementaires ont été prises pour cible la semaine dernière, les organisations écologistes appellent à lutter contre le «retournement sémantique à l’œuvre», qui vise à «faire passer l’antifascisme pour le nouveau fascisme». Cette stratégie médiatique et politique «criminalise celles et ceux qui résistent, pendant que le fascisme réel est normalisé, blanchi, banalisé, jusqu’à être publiquement honoré par les institutions», insiste Action Justice Climat. Et d’ajouter : «Notre boussole est et restera l’antifascisme.»

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