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Crise de l’énergie : pourquoi il ne faut surtout pas baisser les prix à la pompe ?

En pompe l’œil. Avec l’aggravation de la guerre au Moyen-Orient, la perspective d’une flambée des tarifs de l’énergie se confirme pour les ménages français. Pourtant, geler les prix à la pompe ou baisser la fiscalité sur les carburants seraient les pires mesures à mettre en place, alertent nombre d’expert·es. Voici pourquoi.
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En essayant de «démolir l’Iran» depuis le 28 février dernier, le président étasunien Donald Trump a sans doute enclenché la plus grave crise énergétique mondiale des dernières décennies, a estimé lundi le directeur de l’Agence internationale de l’énergie, Fatih Birol. En ripostant contre des infrastructures énergétiques cruciales – champs gaziers, raffineries, terminaux pétroliers, etc. –, le régime iranien a touché l’économie mondiale au cœur, perfusée qu’elle est au gaz et au pétrole. Alors que tous les cours mondiaux s’affolent déjà, Fatih Birol a dit espérer que le conflit sera résolu «dès que possible», sans quoi «aucun pays ne sera immunisé contre les effets de cette crise».

Le litre de gazole a franchi le seuil de deux euros en moyenne depuis mi-mars. © Wikimedia

En France, les prix à la pompe ont déjà commencé à décoller, franchissant le seuil symbolique des deux euros le litre de gazole. Et, le temps que les fournisseurs d’énergie répercutent la flambée des cours du gaz sur les factures, celles-ci pourraient grimper de 15% à partir du mois de mai, a confirmé la Commission de régulation de l’énergie. Pour le gouvernement, la pression à agir est maximale, d’autant que les oppositions ont déjà dégainé des propositions.

Le Rassemblement national propose – en totale contradiction avec le droit européen – de baisser la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) sur les carburants, le fioul et le gaz, de 20% à 5,5%. De son côté, La France insoumise veut imposer aux fournisseurs d’énergie un plafonnement des prix des carburants et de l’énergie en général. Le Parti socialiste a, quant à lui, défendu l’utilisation des réserves stratégiques de pétrole (stocks de sécurité constitués par l’État) pour tenter d’amortir la hausse des prix.

Baisser les prix pour tout le monde : «Une inefficacité extrême»

Autant de mesures déjà utilisées lors de la crise énergétique de 2022, provoquée par l’invasion russe en Ukraine, pour un bilan jugé… calamiteux. En France, les mesures destinées à bloquer les prix de l’énergie (bouclier tarifaire, baisse de certaines taxes) ont coûté la bagatelle de 110 milliards d’euros entre 2021 et 2023, rappelle Andreas Rüdinger, expert énergie à l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri). «Or la Cour des comptes a mis avant le fait que ces aides ont été d’une inefficacité extrême liée à leur absence de ciblage», assène-t-il (le rapport).

Il précise : «Faire baisser le prix de l’énergie pour tous les consommateurs est extrêmement coûteux et, en plus, c’est socialement injuste car on subventionne aussi les ménages aisés, dont on sait qu’ils consomment jusqu’à deux fois plus d’énergie que les ménages les plus modestes. Concrètement, on leur donne deux fois plus de subventions alors qu’ils n’en ont pas besoin.» «Baisser de seulement un centime les prix à la pompe – en réduisant les taxes, par exemple – coûterait un peu moins de 500 millions d’euros par an», estime Pierre Jérémie, expert associé de l’Institut Montaigne. «À ce prix-là, on peut doubler les aides à l’achat pour 100 000 véhicules électriques par an», illustre-t-il.

C’est le dernier reproche – et pas des moindres – adressé aux aides à la pompe : elles maintiennent notre dépendance aux énergies fossiles au lieu de nous en sevrer. «En subventionnant les énergies fossiles, on supprime le signal-prix [l’information transmise par le prix d’un produit, NDLR] et, en plus, c’est de l’argent qu’on ne met pas dans la transition énergétique», s’agace Andreas Rüdinger. Pierre Jérémie abonde : «Il est absolument crucial qu’on ne donne jamais aux consommateurs le signal qu’on va protéger ou stabiliser les prix des énergies fossiles ! Par contre, à l’inverse, il faut tout faire pour faire baisser le prix des solutions décarbonées.»

Quelles options pour mettre les plus précaires à l’abri ?

Mettre les ménages les plus précaires à l’abri des envolées de prix reste la priorité à très court terme. «Il y a urgence à agir collectivement, insiste Hadrien Hainaut, directeur de programme à l’Institut de l’économie pour le climat (I4CE). Agir dans l’urgence, ça veut dire partir de l’existant, car on n’a pas le temps de développer de nouveaux dispositifs maintenant.»

Dans l’immédiat, il recommande de quadrupler le budget du leasing social. Ce dispositif mis en place par l’État en 2024 permet à des ménages modestes (moins de 16 300 euros de revenus annuels) de louer un véhicule électrique pour moins de 200 euros, voire moins de 140 euros par mois. «Grâce à ce dispositif, 100 000 ménages modestes sont aujourd’hui à l’abri de la crise des prix à la pompe», se félicite Hadrien Hainaut. Selon ses calculs, multiplier par quatre le nombre de bénéficiaires, pour atteindre 200 000 ménages par an, nécessiterait un budget supplémentaire de 1,2 milliard d’euros chaque année. En comparaison, la baisse de la TVA sur l’énergie, proposée par le RN, coûterait quelque 17 milliards d’euros, dont 10 sur les seuls carburants, selon le ministère de la transition écologique.

Pour celles et ceux qui ne pourront accéder dès cette année au leasing social – 15 millions de Français·es sont en situation de précarité mobilité -, amplifier le dispositif du chèque énergie est une solution facilement activable. Généralisé en France depuis 2018, ce chèque est adressé chaque année à environ 5,8 millions de foyers modestes (dont les revenus annuels par personne sont inférieurs à 11 000 euros) afin qu’ils puissent régler leurs factures d’énergie ou d’essence. Or cela fait deux années de suite que le budget du chèque énergie est raboté pour participer à l’effort budgétaire du gouvernement. Il a atteint 650 millions d’euros en 2026 (contre 900 millions en 2024), faisant craindre un recul du nombre de bénéficiaires d’au moins 30%, alerte l’association de collectivités FNCCR.

«On a six mois pour réduire la consommation de gaz des ménages»

Pour les ménages qui se chauffent au gaz naturel, «la flambée qui est en train de se former sur les marchés ne verra ses effets importants sur les factures des ménages qu’en octobre prochain, quand la saison de chauffe reprendra», analyse Pierre Jérémie. «On a donc six mois devant nous pour donner toutes les chances aux ménages de réduire leur consommation de gaz avant l’hiver prochain», encourage-t-il. Le meilleur moyen, selon lui, est de remplacer un maximum de chaudières au gaz par des modes de chauffage décarbonés tels que des pompes à chaleur (pour les logements individuels) ou des réseaux de chaleur urbains (pour le collectif).

Là encore, les dispositifs d’aide existent déjà, mais nécessitent d’être amplifiés et/ou démocratisés. Ma prime renov’, qui subventionne les gestes de rénovation thermique et/ou le changement de chauffage des particulier·es, a subi de multiples ajustements en 2024 et 2025, avant de voir son budget une nouvelle fois raboté en 2026. Mais «l’outil a le mérite d’exister», estime Pierre Jérémie.

Tout comme pour les carburants, «il faut surtout ne pas jouer sur la fiscalité du gaz», prévient-il, «ou alors pour la rééquilibrer avec la fiscalité sur l’électricité». Alors que l’électricité est massivement décarbonée en France, elle reste beaucoup plus taxée que le gaz ou le fuel, à près de 30 centimes par kilowattheure contre 15,43 pour ces deux énergies fossiles (le détail en dernière page).

Pour encourager toujours plus l’électrification des usages (passage de la voiture thermique à électrique, du chauffage fossile aux pompes à chaleur, etc.), l’Iddri suggère même de créer un bonus spécial sur la facture d’électricité. «L’équivalent d’un chèque énergie, mais qui serait directement soustrait de la facture d’électricité des ménages modestes», détaille l’institut. De quoi renforcer encore le signal-prix censé orienter nos consommations d’énergies fossiles à la baisse.

Alors que la situation s’enlise au Moyen-Orient, le gouvernement devra bientôt choisir quels leviers il compte activer. Ce qui est sûr, c’est que rien ne serait plus coûteux que de baisser les prix pour tout le monde.

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