Chronique

«Contrer le rire fasciste», un manuel d’autodéfense pour résister dans la bonne humeur

Troll de guerre. Dans un court essai revigorant publié ce jeudi, le spécialiste de la satire et de la parodie, Denis Saint-Amand, montre comment le rire – parfois utilisé comme outil de domination – peut ouvrir des chemins de résistance.
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«Ce petit livre est né d’un effarement.» Le 20 janvier 2025, alors que Donald Trump est investi pour la seconde fois à la Maison-Blanche, son allié Elon Musk conclut son discours par deux saluts nazis. «Outre la nature ignominieuse du geste, écrit Denis Saint-Amand, c’est la façon dont cette provocation s’est jouée sur un mode bouffon pleinement assumé qui apparaissait invraisemblable.»

Saluts nazis goguenards, mèmes cyniques et vidéos absurdes générées par l’intelligence artificielle… Dans un essai combatif, Contrer le rire fasciste, le chercheur qualifié du Fonds de recherche scientifique (FNRS) et professeur à l’université de Namur (Belgique) décrypte les mécanismes de ce rire fondé sur le mépris et la domination. Un «humour» devenu la marque de fabrique de Donald Trump et qui se retrouve jusque sur les plateaux de CNews, ou dans les vidéos des influenceurs masculinistes français.

«Contrer le rire fasciste», Denis Saint-Amand, Rue de l’échiquier, mai 2026, 128 pages, 14 euros.

Depuis le retour au pouvoir du milliardaire d’extrême droite, l’administration étasunienne multiplie les vidéos abjectes où elle compare les personnes exilé·es à des Pokémon (avec le slogan «Attrapez-les tous !») ou mêle frappes militaires et séquences de jeux vidéo. «Ces provocations revendiquent une façon d’exercer le pouvoir brutalement, en riant au nez du monde et en jouissant d’une parfaite impunité», pointe le chercheur.

«Rétablir des espaces où on peut rire ensemble»

Alors comment s’y opposer ? Dans le reste du livre, Denis Saint-Amand montre les résistances que permet le rire sur internet et dans la rue. À un post d’Elon Musk qui proposait que les personnes qui qualifient quelqu’un de «nazi» ou «fasciste» soient jugées pour incitation au meurtre, le comédien Jeremiah Mullins répond : «Qu’est-ce qu’on fait s’ils s’identifient eux-mêmes de cette façon ?», republiant une image du salut nazi du fondateur de Tesla.

D’autres internautes renomment le Doge (Département de l’efficacité gouvernementale, qui a cessé d’exister depuis) d’Elon Musk en Douche, un mot qui peut se traduire par «abruti», en anglais (pour «Department of undoing child healthcare and education», soit le département du démantèlement de la santé et de l’éducation des enfants).

Pour l’auteur, cette reconquête du rire permet de «conjurer la peur et de tenir le danger à distance». Ces résistances se retrouvent en ligne, sur les pancartes des manifestations ou dans les costumes de grenouilles gonflables qu’arboraient certain·es citoyen·nes face à la police étasunienne de l’immigration, l’ICE. «Dans ce marasme, il est essentiel de rétablir des espaces et des conditions matérielles où on peut rire ensemble», écrit Denis Saint-Amand.

«Contrer le rire fasciste», Denis Saint-Amand, Rue de l’échiquier, mai 2026, 128 pages, 14 euros.

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