Avec le cadmium, c’est les femmes et les enfants d’abord. Ce métal lourd hautement toxique contamine la population française, notamment par son alimentation. Avec sa vaste étude publiée le 25 mars pointant la responsabilité des engrais phosphatés utilisés en agriculture dans cette exposition au cadmium, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a mis le sujet à l’agenda et suscité de nombreuses interrogations. Parmi elles, la question de l’impact sur les femmes.

Dès 2021, l’étude Esteban menée par Santé publique France alertait déjà sur leur surexposition à ce métal lourd. En moyenne, les femmes présentent 0,68 microgramme par gramme de cadmium dans leurs urines, contre 0,47 chez les hommes. Une différence qui s’explique par une carence en fer chez un quart d’entre elles, notamment en période de menstruations et de grossesse. «Le fer diminue l’effet direct du cadmium sur l’organisme. Quand le corps en manque, alors le cadmium, en tant que métal, prend sa place et s’accroche plus facilement», explique Pascal Meyvaert, médecin généraliste et cosignataire d’une lettre pour alerter sur la contamination du métal en juin dernier.
Un métal «cancérogène, mutagène et toxique»
Au fil du temps, le cadmium s’accumule dans l’organisme, principalement dans le foie et les reins. Et plus on vieillit et plus sa concentration est conséquente. Identifié au niveau européen comme un contaminant préoccupant pour la santé publique, le métal est reconnu par le Centre international de recherche sur le cancer comme «cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction». Davantage exposées que les hommes, les femmes voient ainsi leurs risques augmenter.
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Elles sont par exemple plus touchées que les hommes par l’ostéoporose, une maladie d’affaiblissement du squelette, dont l’Anses estime que près d’un quart des cas seraient attribuables au cadmium. Le métal interfère avec le métabolisme du calcium et de la vitamine D – les deux piliers de la solidité des os – et entraine une fragilité osseuse accrue qui favorise les fractures. En France, la maladie touche entre 2,5 et 3,5 millions de femmes, contre environ un million d’hommes. «Jusqu’à 34% d’entre elles pourraient être affectées d’ici à 2040 si les niveaux d’exposition ne diminuent pas», insiste l’agence.
Un risque élevé de ménopause précoce et d’endométriose
Des études ont également démontré que le cadmium est un perturbateur endocrinien. «Il modifie la production des œstrogènes, hormones féminines, et interfère sur leur système progestatif», qui régule le cycle reproductif féminin et la grossesse, précise Pascal Meyvaert. Par exemple, la présence élevée de cadmium chez les femmes augmente leurs risques d’avoir une ménopause plus précoce. Les scientifiques de l’école de santé publique de l’université du Michigan (États-Unis) se sont rendu compte que, parmi les femmes observées, celles avec un fort taux de cadmium ont plus souvent un faible niveau d’hormones anti-Müllérienne – un indicateur du nombre d’ovules encore présents dans les ovaires.
S’ajoute à cela une possibilité plus importante de souffrir d’endométriose, cette maladie gynécologique chronique qui augmente les risques de problèmes de fertilité. Dans une autre étude, les chercheur·ses de l’université du Michigan ont remarqué que plus les femmes sont contaminées au cadmium, plus il y a une prévalence de cette pathologie (60%).
Pour diminuer le taux de cadmium dans nos corps, que ce soit pour les hommes ou pour les femmes, l’Anses recommande de limiter la consommation de produits à base de blé, sucrés et salés, «tels que les céréales du petit-déjeuner, gâteaux, biscuits». Et d’introduire, à l’inverse, plus de légumineuses dans les repas. Elle invite surtout l’agriculture à repenser ses pratiques, à limiter l’utilisation des engrais de synthèse, et à réduire leur teneur en cadmium, actuellement bien supérieure à celle des autres pays européens.
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