L'édito

Attaques contre le maire LFI de Saint-Denis Bally Bagayoko : «un déferlement raciste inouï»

Depuis son élection, et particulièrement ce week-end, le nouvel édile de la deuxième ville d’Île-de-France est la cible de sorties racistes. Un exemple de la violence quotidienne que subissent les personnes issues de l’immigration de la part de l'État et des médias, selon le rédacteur en chef de Vert, Loup Espargilière.
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Sitôt élu maire (La France insoumise) de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) au premier tour le 15 mars dernier, l’ancien basketteur, cadre de la RATP et conseiller municipal de longue date Bally Bagayoko a subi un déferlement raciste d’une violence inouïe. Citant «la ville des rois (morts) et du peuple vivant», il a repris une citation attribuée au journaliste communiste Jean Marcenac, interrogé par LCI au soir de sa victoire.

L’extrême droite a fait semblant d’entendre «ville des Noirs» et a créé une polémique de toutes pièces. L’embrasement a vite quitté les réseaux.

Comme tant d’autres, le rédacteur en chef des débats au Figaro, Alexandre Devecchio, a relayé cette fausse citation dans «C ce soir» ; l’animateur Karim Rissouli a dû rectifier a posteriori sur les réseaux, et s’est ému de «l’impensé raciste» autour de cette séquence. Même la journaliste Apolline de Malherbe a interrogé Bally Bagayoko sur cette fausse citation, avant de s’excuser plus tard.

Sur BFM TV, le directeur de Valeurs actuelles a suggéré que les narcotrafiquants étaient allés chercher les électeur·ices de Bally Bagayoko, qu’il leur serait redevable : «Vous êtes dans la main de qui ?»

Puis, de nombreux médias (y compris l’audiovisuel public) ont tourné en boucle sur les «violences» commises lors des victoires des maires LFI en banlieue parisienne. Sauf qu’aucune vidéo ne montre une quelconque violence, mises à part des huées. Ce qui n’a pas empêché la macronie d’embrayer sur cette fake news.

«Il n’y a pas de sédition possible dans les communes de la République», s’est ému le ministre de l’intérieur Laurent Nuñez. Gabriel Attal a dénoncé des «scènes abjectes» et apporté son «soutien total aux anciens maires», dont ceux de Saint-Denis et du Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis).

Pas un mot pour la journaliste Nassira El Moaddem, menacée de mort précisément par l’ancien maire du Blanc-Mesnil.

On penserait que c’est une charge facile de la macronie contre LFI. En réalité, plusieurs des communes ciblées ont été conquises par d’autres forces de gauche que LFI. Le seul point commun de ces vidéos : ce sont des femmes et des hommes issu·es de l’immigration qui célèbrent une victoire.

En fin de semaine dernière, le bouquet final sur CNews. Le 28 mars, le psychologue Jean Doridot, à propos de Bally Bagayoko : «C’est important de rappeler que l’Homo sapiens, nous sommes des mammifères sociaux et de la famille des grands singes. Et par conséquent, dans toute collectivité, dans toute tribu – nos ancêtres chasseurs-cueilleurs vivaient en tribus –, il y a un chef qui a pour mission d’installer son autorité.»

Vendredi soir, le psychologue Jean Doridot a livré son «analyse» de l’élection de Bally Bagayoko à Saint-Denis. © Capture d’écran CNews/27 mars 2026

Le 29 mars, toujours sur CNews, Michel Onfray estime que Bally Bagayoko a une attitude de «mâle dominant» car il a invité à «faire allégeance». «On n’est pas dans une tribu primitive comme les décrit Darwin où c’est le mâle dominant qui décide :Toi t’auras à manger, toi t’auras pas à manger, moi j’aurai les femelles, toi t’auras pas les femelles», lâche-t-il.

Qu’un homme noir tout juste élu maire démocratiquement soit comparé immédiatement à un communautariste, un narcotrafiquant, un émeutier et même un singe en 2026… Et ne puisse être, aux yeux de beaucoup, rien d’autre que ça.

Comment révéler de façon plus éclatante la violence quotidienne que subissent les «héritiers de l’immigration» de la part de l’État et des médias (y compris dits «sérieux»), et l’imaginaire colonial qui irrigue encore la société française.

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