
Pour voyager en Europe, c’est souvent plus facile de prendre l’avion : près de deux personnes sur trois renoncent à un voyage en train à cause de la complexité du processus de réservation, selon une enquête réalisée en 2025 par YouGov pour l’ONG Transport et Environment (T&E). Cela va peut-être changer. La Commission européenne a présenté, ce mercredi, son projet pour simplifier les trajets en train à travers l’Europe. L’idée : que les voyageur·ses puissent comparer et acheter leurs billets sur une seule plateforme de vente, plutôt que de devoir naviguer sur les sites de différentes compagnies, et qu’ils soient mieux pris en charge dans le cas où ils manqueraient une correspondance impliquant deux compagnies différentes.
L’objectif est de rendre le train plus attractif que l’avion pour tenir les ambitions climatiques de l’Union européenne. Le rail ne représentait que 0,3% des émissions de gaz à effet de serre du secteur des transports en Europe en 2022, contre près de 12% pour l’aviation civile, selon l’Agence européenne de l’environnement. «Le système ferroviaire européen a besoin de réservations simples, de correspondances fiables et de droits clairs pour les passagers, appuie Vivien Costanzo, une eurodéputée allemande sociale-démocrate (S&D). Ce n’est qu’à ces conditions que le train deviendra une véritable alternative» à l’avion court-courrier. Pour rappel : un Paris-Barcelone en train émet 80 fois moins de dioxyde de carbone (CO2) que ce même trajet en avion, selon l’Agence de la transition écologique (Ademe).
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Alors quel est le plan ? L’Europe veut contraindre les plateformes intégrées à des opérateurs ferroviaires dominants sur un marché national (SNCF Connect en France) à vendre les billets de leurs concurrents sur leurs propres sites internet et à partager leurs données avec les plateformes de réservation tierces (Trainline ou Kombo par exemple). Concrètement, cela veut dire que la SNCF devra afficher sur son site le Paris-Lyon ou le Paris-Milan opérés par Trenitalia ou encore le Paris-Bordeaux bientôt proposé par Velvet. Et que ses billets seront aussi disponibles sur d’autres plateformes de réservation, si celles-ci en font la demande.
De quoi permettre d’aller «de Berlin à Barcelone en train» avec «un seul billet» et de parer les risques «si vous manquez une correspondance», a déclaré sa présidente, Ursula von der Leyen, sur les réseaux sociaux. En effet, en cas de rupture de correspondance, la Commission veut faciliter l’indemnisation ou permettre plus de flexibilité pour monter dans le train suivant. Sa proposition, qui provoque déjà l’opposition des lobbies du rail et des compagnies nationales, doit encore être soumise aux États et au Parlement européen. Elle permettrait une hausse de 5% du nombre de passagers en train, affirme l’exécutif européen.
Les correspondances à l’étranger ne seront pas vendues par la SNCF
«Avec cette proposition, les passagers européens seraient garantis d’arriver à destination sans frais supplémentaires en cas de rupture de correspondance, et c’est un grand pas en avant», se réjouit Alexis Chailloux, responsable transports au Réseau Action Climat (RAC). Dans un rapport publié le 21 avril, le groupement d’ONG écologistes avait déjà appelé à ouvrir la plateforme dominante en France, SNCF Connect, aux liaisons proposées par des opérateurs étrangers.
Le RAC regrette toutefois le fait que l’obligation ne porte que sur les voyages réalisés dans l’État en question et au départ/à l’arrivée de ce pays. «Concrètement, SNCF Connect sera bien obligée de vendre les billets de Trenitalia sur un Paris-Milan, mais pas un Paris-Rome via Milan car le tronçon Milan-Rome se situe en dehors du territoire national», note l’association.
«Cela signifie que la majorité des alternatives ferroviaires à l’avion, qui nécessitent une correspondance (ex : Paris-Rome, Paris-Madrid ou Paris-Venise), ne seront toujours pas distribuées sur la plateforme dominante en France», regrette-t-il. Sans doute l’occasion pour les consommateurs de visiter d’autres plateformes de réservations indépendantes. «Il est temps d’aider jusqu’au bout les passagers qui voudraient choisir le train», insiste en tout cas celui qui rappelle que la liaison aérienne Paris-Madrid a transporté 5 millions de voyageur·ses en 2024.










