
Plus d’un millier de mesures, 200 pages et un objectif : prendre le pouvoir en 2027. À la veille d’un meeting de son candidat, Jean-Luc Mélenchon, au Bourget (Seine-Saint-Denis), La France insoumise (LFI) dévoile ce vendredi son programme pour l’élection présidentielle. Le livre – qui reprend largement les propositions des anciennes campagnes électorales (6ème République, retraite à 60 ans, sortie de l’Otan…) – accorde une place centrale à l’écologie.
«Le programme est complet, avec des propositions pour la plupart des leviers nécessaires pour la baisse des émissions de gaz à effet de serre et pour l’adaptation au changement climatique, en intégrant des mesures spécifiques pour les ménages vulnérables, salue Anne Bringault, directrice de programmes au Réseau action climat. Il reste à attendre les éléments sur le financement de ce programme.» LFI compte détailler les moyens à mettre en œuvre dans des livrets thématiques qui seront présentés tout au long de la campagne électorale.
📕 Les bases : une «bifurcation écologique et sociale», trois piliers
Allier écologie et social. Le programme insoumis dédie son premier chapitre à la «bifurcation écologique et sociale», avec de nombreuses propositions qui mêlent préservation de l’environnement et lutte contre les inégalités. Sa première mesure, copier-coller du programme présidentiel de 2022 : inscrire dans la Constitution la «règle verte», qui consiste à ne pas prélever plus que ce que la nature peut reconstituer. LFI veut notamment se fonder sur ce principe pour réévaluer les «grands projets inutiles» (ligne Lyon-Turin, canal Seine-Nord…).
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Planification écologique. Pour concrétiser cette «bifurcation», Jean-Luc Mélenchon propose d’organiser dans le temps la transition écologique : dans quels secteurs investir (énergies renouvelables, agroécologie), quelles industries stratégiques relocaliser (médicaments, numérique), à quelle échéance… Cette planification écologique passe par une intervention forte de l’État dans l’économie, en nouant des «pactes de commande publique» avec les filières ou en (re)nationalisant des entreprises, comme le géant de l’acier ArcelorMittal.
Écorégions. C’est la déclinaison géographique de la planification écologique : remplacer les régions actuelles par un découpage fondé sur des critères écologiques (bassins versants, montagnes…). Le programme donne aussi une place centrale aux outre-mer, présentées comme des «territoires pilotes» où seront développées des politiques d’autonomie énergétique et alimentaire spécifiques. Et où sera garanti, «quoi qu’il en coûte», l’accès à l’eau courante potable.
⚡ Énergies
Sortie des fossiles. Pour lutter contre le changement climatique, les insoumis·es veulent mettre fin à l’utilisation des énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon) d’ici 2050, notamment en arrêtant de les subventionner. Le mouvement veut aussi instaurer un «crime climatique de dissimulation et de tromperie sur les émissions carbone des entreprises», dont les contours juridiques restent flous. À l’international, il est pour le «traité de non-prolifération des énergies fossiles», porté depuis 2015 par des États du Pacifique et des milliers de scientifiques.
100% renouvelables. Pour atteindre la neutralité carbone, le programme reprend à la lettre le triptyque élaboré en 2022 par l’association négaWatt : sobriété, efficacité et renouvelables. Il promet d’atteindre 100% d’énergies renouvelables «au plus tard en 2060», en mettant notamment l’accent sur les énergies marines (éoliennes en mer, hydroliennes…).
Fin du nucléaire. C’est l’autre versant du plan énergétique insoumis : sortir progressivement du nucléaire civil, jugé dangereux et inadapté aux changements climatiques. Il veut stopper la relance de nouveaux réacteurs enclenchée par Emmanuel Macron en 2022, tout en promettant de garantir la reconversion des travailleur·ses du secteur.
🔥 Adaptation climatique
Fortes chaleurs. Jean-Luc Mélenchon veut engager un vaste plan de rénovation des hôpitaux, des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), des écoles et des espaces publics, pour les adapter au réchauffement climatique. Pour ça, il mise autant sur l’installation de réseaux de fraîcheur urbains que sur la climatisation. En cas d’alerte canicule, l’insoumis veut imposer la gratuité des lieux de refuge (piscines publiques, musées, etc.). Il entend aussi instaurer des seuils de température maximaux sur les lieux de travail.
Incendies. Jean-Luc Mélenchon prévoit de renforcer les moyens humains et matériels de lutte contre les feux de forêt.
Eau. Face à l’augmentation du risque de sécheresse et d’inondations, l’ancien socialiste veut consacrer une «règle bleue», sur le modèle de la «règle verte». Le principe : «ne pas prélever, ni transformer, ni polluer le cycle de l’eau au-delà de ce que la nature peut reconstituer». Selon cette règle, un moratoire immédiat sur les «mégabassines» serait instauré.
🤖 Intelligence artificielle
Data centers. LFI soutient un moratoire sur «l’installation des centres de données non souverains», portés par des acteurs extra-européens. «Il faut avoir des data centers pour assurer un minimum de souveraineté numérique, mais il faut que cela se fasse dans des conditions environnementales satisfaisantes», notamment en termes de consommation d’eau et d’énergie, développe la députée insoumise Claire Lejeune.
Usages de l’IA. Le mouvement veut développer une intelligence artificielle «utile aux besoins sociaux et écologiques». Il veut interdire les IA qui vont à l’encontre des droits sociaux (par exemple : pour la gestion des flux migratoires) ou qui ont pour «objectif de simuler une relation affective avec l’utilisateur».
🚅 Transports
Plus de train. Pour transformer les transports, premier secteur d’émissions de gaz à effet de serre en France, LFI mise sur le ferroviaire. Le mouvement veut lancer un plan de rénovation et de réouverture des lignes et gares fermées ces dernières décennies. Il compte aussi baisser le prix des billets en supprimant la gestion par algorithme.
Moins d’avions. À l’inverse, il veut réduire la place de l’avion en supprimant les lignes intérieures en cas d’alternative en train de moins de quatre heures – une mesure reprise de la Convention citoyenne pour le climat. La niche fiscale sur le kérosène sera également supprimée.
Automobile. Il veut enfin planifier la construction de voitures électriques «légères et abordables», tout en réglementant la taille des SUV vendus en France. L’automobile est, pour le moment, l’un des seuls secteurs au financement détaillé : 1,4 milliard d’euros supplémentaires pour produire deux millions de véhicules électriques par an. Destinées à lutter contre la pollution de l’air dans les grandes villes mais critiquées pour leur aspect inégalitaire, les zones à faibles émissions (ZFE) feront l’objet d’un moratoire.
🏘️ Logements
Rénovations. Comme en 2022, Jean-Luc Mélenchon porte un plan de rénovation énergétique de 700 000 logements par an. Cet objectif est chiffré à plus de cinq milliards d’euros par an. Le candidat veut aussi organiser la sortie du «chauffage fossile», au fioul ou au gaz.
Droit au logement. Alors que 350 000 Français·es vivent sans domicile, LFI promet le «zéro sans-abri» en cinq ans, notamment en construisant 200 000 logements publics par an. Pour protéger les locataires, le parti veut interdire les expulsions sans relogement ou encore contraindre les bailleurs à équiper les logements pour faire face aux canicules.
💊 Santé et pollutions
Pesticides. Le candidat insoumis prévoit une sortie «progressive» des phytos et une interdiction immédiate des produits les plus dangereux – par exemple le glyphosate. Il envisage, en parallèle, d’instaurer une zone tampon pour protéger les enfants de ces produits autour des habitations, crèches, écoles et hôpitaux. La France applique déjà des «zones de non-traitement», entre les parcelles traitées et les zones d’habitation, mais l’efficacité du dispositif est contestée.
PFAS. Jean-Luc Mélenchon entend sortir des PFAS, ces substances chimiques toxiques, qui entrent dans la composition de nombreux objets du quotidien (poêles, tissus imperméables…). Il prévoit de «mettre fin à la fabrication, à l’importation et à la vente de produits qui en contiennent». Il promet aussi de renforcer la protection de l’eau potable. Si la recherche de ces «polluants éternels» y est obligatoire depuis janvier 2026, les contrôles restent très inégaux selon les territoires. Le candidat veut les rendre systématiques et durcir les seuils réglementaires.
Pollution plastique. Alors que la France croule sous les plastiques (3,7 millions de tonnes de plastiques sont générées chaque année dans le pays), Jean-Luc Mélenchon propose de prendre le problème à la racine, en «donnant la priorité à la réduction des déchets». Première étape : interdire «immédiatement» les emballages à usage unique. La loi Agec de 2020 le prévoit déjà, mais avec une sortie progressive d’ici à 2040. Pour les remplacer, les insoumis·es misent sur les bouteilles et bocaux en verre, ainsi que sur le retour de la consigne.
Cadmium. Jean-Luc Mélenchon promet également de «lutter contre le cadmium», ce métal lourd, toxique, qui contamine les Français·es principalement par l’alimentation. Mais, alors que les engrais phosphatés constituent l’une des principales sources de contamination des sols agricoles, le programme ne fixe aucune trajectoire précise de réduction de leur teneur maximale en cadmium. Le candidat évoque également un «plan de réduction de la pollution déjà présente», sans préciser ses modalités, et alors qu’aucune technique de dépollution des sols n’a, à ce jour, été identifiée comme opérationnelle.
🚜 Agriculture et bien-être animal
Agroécologie. Jean-Luc Mélenchon promet la création de 500 000 emplois agricoles. Un chiffre colossal, puisque la France compte actuellement 600 000 travailleur·ses dans ce secteur, et que le nombre de paysan·nes est en chute libre depuis l’après-guerre. Pour inverser la tendance, son programme propose de favoriser la création de fermes «à taille humaine», d’accompagner la profession avec des «contrats de transition agroécologique», ou encore de la protéger avec des «prix planchers».
Alimentation. Il souhaite remplacer le ministère de l’agriculture par un ministère «de la production alimentaire». Il veut une alimentation 100% bio et locale dans la restauration scolaire et collective (la loi impose déjà un objectif – non rempli – de 20% de bio), avec une option végétarienne chaque jour. Le Nutri-Score, cet étiquetage qui évalue la qualité nutritionnelle des produits, sera rendu obligatoire dans la grande distribution.
Élevage. Le programme promet sobrement d’«interdire les fermes-usines» – sans préciser de seuils ni d’échéance à ce stade. Des précisions seront apportées prochainement dans un livret sur la condition animale, précise Claire Lejeune : «Nous voulons pousser des modèles d’élevage à taille plus réduite, plus humaine.»
Bien-être animal. La France insoumise veut créer un Haut-commissariat dédié à la condition animale et interdire les pratiques jugées «cruelles» : corrida, chasse à courre, broyage des oisillons… Elle souhaite aussi un moratoire sur les «fermes-usines» de saumons, alors qu’un tout premier projet vient d’être autorisé en Gironde.
🌳 Biodiversité
Écosystèmes. Le programme évoque un plan national de restauration de la nature «ambitieux», pour réparer les écosystèmes détruits ou dégradés (cette feuille de route existe déjà, mais elle est critiquée par les ONG). Il promet plus de moyens pour les agences de l’État, comme la «police de l’environnement» ou l’Office national des forêts (ONF).
Forêts. Il veut interdire les coupes rases en forêt («sauf en cas d’impasse sanitaire avérée») ou encore limiter la taille des engins forestiers. À l’inverse, le mouvement dit vouloir prioriser la régénération naturelle et laisser un quart de la surface forestière en libre évolution, sans intervention humaine.
Mers. Il prône notamment l’interdiction de la bande côtière pour les plus gros navires de pêche – une mesure que le gouvernement actuel met déjà en place dans l’est de la Manche (notre article). Il défend aussi un plan de dépollution de la mer Méditerranée ainsi qu’une meilleure protection des aires marines protégées, critiquées par ONG et scientifiques pour leur inefficacité.











