Le gouvernement présente un «ambitieux» plan de restauration de la nature… sans convaincre les associations

Faute de coût.
Mercredi, le ministère de la transition écologique a dévoilé son plan national de restauration de la nature, qui vise à remettre sur pied les écosystèmes dégradés ou détruits (zones humides, forêts, dunes…). Très attendue des ONG, cette feuille de route manque largement de financements.
La ministre de la transition écologique, Monique Barbut, voit dans ce plan national de restauration de la nature un «cap clair et ambitieux». © Quentin de Groeve/Hans Lucas via AFP

Partout en France, le déclin de la biodiversité se poursuit, lentement mais sûrement. 17% des espèces de faune et de flore évaluées sont menacées ou éteintes, seuls 43% des cours d’eau sont en bon état écologique, tandis que la mortalité des forêts a plus que doublé en vingt ans.

Pour tenter d’inverser la tendance, le gouvernement a présenté mercredi son plan national de restauration de la nature. Destinée à rétablir le bon fonctionnement des écosystèmes détruits ou dégradés, cette feuille de route était demandée par l’Union européenne – à qui elle a été rendue légèrement en retard, l’échéance étant fixée au 1er septembre 2026.

«Cap clair»

À quelques jours de l’ouverture de la 17ème conférence mondiale (COP17) sur la biodiversité, à Erevan (Arménie), la ministre de la transition écologique, Monique Barbut, vante un «cap clair et ambitieux» : «Partout où la nature a été effacée ou négligée, ce plan propose une méthode pour lui redonner vie, que ce soit dans nos villes, dans nos campagnes ou dans nos mers.»

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Très attendu du monde associatif, ce document se décline en différents domaines, avec des objectifs chiffrés :

🌾 Les zones agricoles. Réduction des pesticides et engrais, plantation de haies, soutien de l’élevage extensif… La France promet d’agir sur quatre millions de terres agricoles d’ici 2030 ;

💧 Les milieux aquatiques. Le gouvernement veut notamment supprimer plus de 1 700 obstacles d’écoulement sur les rivières (comme les anciens barrages) ;

🌳 Les forêts. Protection de massifs, valorisation de pratiques sylvicoles «durables»… Cinq millions d’hectares de forêts doivent être restaurés ;

🌊 Les mers. La France s’engage à restaurer plus de 66 000 hectares d’habitats marins en mauvais état, notamment à travers les aires marines protégées (dont l’efficacité est largement critiquée) ;

🐝 Sont aussi mis en avant les milieux urbains ou les pollinisateurs. Des efforts spécifiques ciblent les «habitats d’intérêt communautaire» (milieux humides, landes, fourrés et steppes, dunes, rivières et lacs…) dégradés, dont 30% doivent être restaurés d’ici 2030.

«Un catalogue de mesures préexistantes»

Le hic : une grande partie de ces actions… existe déjà. «C’est une mise en cohérence de tout ce qui se fait depuis trente ans, analyse Cédric Marteau, directeur général de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO). On y retrouve le plan haies, le plan forêts, la stratégie nationale biodiversité…» «Cela ressemble plus à un catalogue de mesures préexistantes qu’à un cadre de transformation des politiques publiques, qui serait pourtant indispensable pour atteindre les objectifs européens», le rejoint Sacha Rolland, responsable du pôle Mobilisation des acteurs à la Société nationale de protection de la nature (SNPN).

«La France ne peut pas dire qu’il faut protéger les pollinisateurs et réautoriser certains pesticides.»

S’il salue une feuille de route «intéressante», qui «répond aux engagements européens», Rémi Luglia, vice-président de France nature environnement (FNE), s’interroge aussi sur la cohérence du gouvernement étant donné ses récents reculs, notamment avec l’adoption récente de la loi d’urgence agricole : «Cette politique de restauration de la nature ne peut pas se déployer si on a en même temps d’autres politiques qui continuent à détruire la nature. La France ne peut pas dire qu’il faut protéger les pollinisateurs et réautoriser certains pesticides.»

Le chercheur, qui préside aussi la SNPN, aurait aimé une meilleure valorisation des solutions fondées sur la nature (par exemple : s’inspirer des barrages de castors pour restaurer les zones humides) et de la restauration «passive» – soit le fait de réduire ou supprimer les actions humaines à l’origine des dégradations des écosystèmes.

Environ cinq milliards d’euros par an pour restaurer la nature

Pour la première fois, le gouvernement a chiffré le coût de l’ensemble de ces actions de restauration de la nature : entre 4,6 et 5,2 milliards d’euros par an. Le problème, c’est que les financements actuels en couvrent moins des deux tiers. «Il est indispensable d’ajuster les moyens en fonction des besoins, et pas l’inverse», prévient Sacha Rolland, qui pointe les coupes menées dans le budget des politiques écologiques ces dernières années.

Pour combler ce manque, le ministère de la transition écologique dit miser sur la «philanthropie» du secteur privé et sur l’obtention de fonds européens. Mais les associations ont une autre piste : s’attaquer aux subventions accordées aux activités qui dégradent les écosystèmes. «On ne crée pas de nouvelles dépenses, mais on rebascule une partie des financements néfastes à la biodiversité vers la restauration de la nature», résume Cédric Marteau.

Le plan national de restauration de la nature de la France doit désormais être soumis à la consultation du public et évalué par la Commission européenne d’ici le printemps prochain. Un suivi sera ensuite mené tous les trois ans pour mesurer les avancées.

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