Petites avancées et gros échecs : huit chiffres clés pour tout comprendre à la COP17 sur la biodiversité

Arménie l’évidence.
La 17ème conférence mondiale (COP17) sur la biodiversité s’est achevée samedi à Erevan, en Arménie. La communauté internationale a reconnu qu’il fallait «accélérer» pour atteindre ses objectifs d’ici 2030, mais a renvoyé à plus tard des décisions clés sur les financements.
La COP17 sur la biodiversité s’est clôturée samedi au petit matin à Erevan, capitale de l’Arménie. © Karen Minasyan/AFP

De grandes déclarations et de petites avancées. La 17ème conférence mondiale (COP17) sur la biodiversité d’Erevan (Arménie) s’est achevée samedi matin, à l’issue d’un marathon nocturne de négociations. Les textes adoptés appellent notamment à «accélérer» sur la mise en œuvre des cibles visant à enrayer l’extinction du vivant d’ici 2030.

Malgré des avancées sur des sujets sensibles – les subventions néfastes à la biodiversité, par exemple –, ces deux semaines de débats auront été marquées par de nombreux blocages, notamment sur la question des financements. Vous avez manqué des infos ? On vous résume les enseignements clés de ce grand raout sur la biodiversité en huit chiffres clés.

23

En 2022, les 196 pays signataires de la Convention sur la diversité biologique ont conclu l’ambitieux accord de Kunming-Montréal, qui définit 23 cibles à atteindre d’ici 2030 : stopper l’extinction d’origine humaine des espèces menacées, lutter contre les espèces exotiques envahissantes, augmenter les espaces «verts et bleus» en ville (parcs et jardins, cours d’eau…), assurer une participation équitable et inclusive dans les processus de décision…

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Quatre ans plus tard, la COP17 d’Erevan avait pour principal objectif de faire un bilan de mi-parcours. La quasi-totalité des 23 cibles apparaît aujourd’hui impossible à atteindre : «À moins d’une accélération rapide de l’application collective, […] les objectifs et la mission du Cadre à l’horizon 2030 ne seront pas réalisés», affirme l’«examen mondial» conclu à Erevan.

«Nous parvenons à maintenir le dialogue, mais peinons à prendre collectivement les décisions qu’exige l’urgence environnementale», a regretté samedi la ministre de la transition écologique, Monique Barbut, pointant le manque d’ambition de l’accord final et les attaques contre la science menées par plusieurs délégations.

62 millions

C’est probablement la cible la plus emblématique de Kunming-Montréal : protéger 30% des terres et des mers dans le monde d’ici 2030. À quatre ans de l’échéance, nous n’y sommes pas encore. Les engagements actuels des États – s’ils sont pleinement respectés – devraient mener à la protection de 27% des terres et de 12% des mers en 2030.

Mais scientifiques, associations et même certaines délégations, comme l’Espagne ou le Panama, s’insurgent contre des protections «de papier». Selon un rapport conduit par plusieurs ONG internationales, 62 millions d’hectares d’aires protégées en régions tropicales sont chevauchés par des zones de recherche et d’exploitation d’hydrocarbures ; et 43 millions d’hectares par des concessions minières.

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Autre cible souvent associée : la restauration de 30% des écosystèmes endommagés ou détruits par les activités humaines (zones humides, haies, récifs coralliens…), toujours à horizon 2030. Un rapport des Nations unies, publié le 29 octobre, est venu apporter deux nouvelles en la matière. La bonne : la restauration de la nature est d’une «ampleur sans précédent», avec 252 millions d’hectares concernés en 2026. La moins bonne : on est encore loin des 30% à horizon 2030 ; pour atteindre cet objectif, les États vont devoir tripler leurs efforts et multiplier par quatre les financements.

80 milliards

On passe maintenant à l’autre gros morceau de cette COP17 : le financement de toutes ces actions pour la biodiversité. Les comptes ne sont pas bons : sur les 200 milliards de dollars (soit 179 milliards d’euros) par an promis pour 2030 – qui mêlent dépenses des États, des organisations internationales, du secteur privé… –, nous n’en sommes pour l’instant qu’à environ 80 milliards de dollars (72 milliards d’euros), d’après une évaluation de l’Organisation de coopération et de développement économiques.

Sur ce total, 30 milliards de dollars (27 milliards d’euros) doivent être versés par les pays développés pour aider les pays qui ont le moins de moyens. Ces derniers veulent un fonds plus garni mais aussi plus accessible, quand les premiers s’opposent fermement à toute nouvelle structure – pour ne pas «augmenter une architecture mondiale déjà fracturée», selon la France. Le dossier, qui avait déjà bloqué les négociations lors de la COP16, a de nouveau crispé : les États se sont contentés d’adopter une série de critères pour évaluer l’efficacité du fonds actuel, renvoyant à plus tard une décision de fond(s).

25

À ce jour, seuls 25 pays dans le monde (le Canada, l’Australie, le Japon, beaucoup de pays européens, dont la France, …) ont l’obligation d’aider les pays en voie de développement en matière de biodiversité. L’élargissement de cette liste – qui date de 2006 ! – a suscité de vifs débats. Des pays émergents comme le Brésil, la Chine ou, surtout, l’Arabie saoudite y sont peu enclins. Les discussions d’Erevan ont accouché d’un tout petit compromis : les pays non-contributeurs pourront «faire savoir au secrétariat si elles souhaitent figurer sur la liste» ; sans aucune obligation, donc.

10 588

C’est une autre facette méconnue de l’économie du vivant : depuis des décennies, des entreprises – souvent occidentales – exploitent massivement des ressources génétiques (des séquences d’ADN, pour fabriquer des médicaments, des cosmétiques…) dans les pays en voie de développement ; on parle de «biopiraterie». En 2024, la COP16 a permis la création du fonds «Cali», par lequel les firmes peuvent verser volontairement une partie de leurs bénéfices afin d’assurer un partage juste et équitable de ces données, notamment à la faveur des populations autochtones.

Problème : depuis sa création, ce fonds n’a été abondé que par cinq entreprises, à hauteur de 10 588 dollars (9 479 euros)… sur les plus d’un milliard de dollars par an espérés à l’origine ! Au cours du sommet d’Erevan, trois petites entreprises anglaises et belge ont mis la main à la poche, mais sans enclencher de réelle dynamique.

Les délégations présentes ont en revanche trouvé un compromis pour rendre le fonds Cali plus attractif : des certificats seront délivrés aux entreprises qui y consacrent 1% de leur chiffre d’affaires, ou 0,1% de leurs bénéfices. Mais son avenir reste incertain, d’autant que, comme le raconte le média Contexte, le géant de l’agrochimie Bayer lance un fonds alternatif.

-16%

Parmi les nouveautés à retenir côté français, le ministère de la transition écologique a profité de cette COP17 pour présenter un plan de réduction de 16% de ses subventions néfastes à la biodiversité d’ici 2030, estimées à 11,2 milliards d’euros en 2025. L’objectif est simple : réduire le soutien de l’État aux activités qui détruisent l’environnement, par exemple la construction de nouvelles infrastructures (bâtiments neufs, routes…).

À l’échelle mondiale, l’accord de Kunming-Montréal prévoit de réduire ces «incitations préjudiciables à la biodiversité» de 500 milliards de dollars (soit environ 450 milliards d’euros) par an d’ici 2030, mais cet objectif est loin d’être atteint. Après d’intenses tractations et malgré l’opposition de pays comme la Russie ou l’Argentine, un paragraphe appelant à «accélérer la réalisation» de cette cible a finalement été retenu dans l’«examen mondial».

18

Et oui, après la COP17 vient la… COP18. Jusque-là rien d’étonnant. Elle aura lieu en 2028 – les sommets sur la biodiversité se déroulant tous les deux ans, contrairement à leurs cousins du climat qui sont annuels. Et l’hôte sera l’Équateur, préféré de justesse au Panama. Pays contributeurs, nouveau fonds pour la biodiversité… La communauté internationale devra cette fois prendre à bras le corps l’enjeu des financements, trop longtemps remis à plus tard. Rendez-vous à Quito !

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