La COP17 sur la biodiversité s’ouvre en Arménie : les États du monde entier font face aux limites de leur action

L’heure décompte.
Ce lundi, les négociations de la 17ème conférence mondiale (COP17) sur la biodiversité ont démarré à Erevan, capitale de l’Arménie. Quatre ans après l’ambitieux accord de Kunming-Montréal, qui avait fixé une vingtaine d’objectifs à atteindre d’ici 2030, la communauté internationale doit faire un bilan de mi-parcours. Et il n’est pas glorieux.
Erevan (Arménie), le 15 octobre 2026. De gauche à droite : Astrid Schomaker, secrétaire exécutive de la Convention sur la diversité biologique, Hambardzum Matevosyan, président de la COP17, António Guterres, secrétaire général de l’ONU, et Inger Andersen, directrice exécutive du Programme des Nations unies pour l’environnement. © Karen Minasyan/AFP

Voici venue l’heure du bilan. Comme tous les deux ans, la communauté internationale se rassemble pour avancer sur la protection de la biodiversité mondiale. Ces conférences (appelées «COP», comme pour le climat ou la lutte contre la désertification) rassemblent les 196 pays de la Convention sur la diversité biologique, signée lors du Sommet de la Terre de 1992.

La 17ème conférence mondiale (COP17) sur la biodiversité, qui se tient à Erevan, capitale de l’Arménie, de ce lundi jusqu’au 30 octobre, aura un objectif central : faire le point sur l’avancée des promesses actées par ces États pour la décennie 2020.

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Fin 2022, la COP15 sur la biodiversité avait abouti à un ambitieux accord dit de «Kunming-Montréal» (notre article). Parfois comparé à l’Accord de Paris sur le climat, ce dernier fixe 23 cibles à atteindre d’ici 2030 : protéger 30% des terres et des mers, stopper l’extinction des espèces liée aux activités humaines, restaurer 30% des écosystèmes dégradés, réduire de moitié le risque global lié aux pesticides et autres produits chimiques dangereux…

«À moins que la mise en œuvre collective ne s’accélère rapidement, les objectifs et la mission ne seront pas atteints à l’horizon 2030»

Quatre ans plus tard, à mi-parcours, la communauté internationale doit faire son introspection et insuffler une nouvelle dynamique pour les quatre années à venir. Cet «examen mondial» repose avant tout sur des rapports nationaux transmis par un grand nombre de pays (129 à ce jour).

La synthèse menée par le secrétariat de la Convention sur la diversité biologique sur la base de ce rapportage salue un «engagement mondial sans précédent» – la quasi-totalité des pays ont notamment établi leurs propres cibles nationales. «Cependant, à moins que la mise en œuvre collective ne s’accélère rapidement, les objectifs et la mission ne seront pas atteints à l’horizon 2030», alerte le rapport, présenté jeudi dernier.

Dans le détail, la grande majorité des cibles est loin d’être atteinte : seule la cible 8, qui vise à «minimiser les impacts du changement climatique sur la biodiversité», apparaît en bonne voie. À l’inverse, la dynamique de restauration de la nature est «en deçà du niveau requis» – particulièrement concernant les milieux marins –, les subventions néfastes pour la biodiversité restent importantes, tandis que peu de pays documentent leurs efforts en matière de lutte contre les espèces invasives.

D’après un rapport publié fin septembre par les coalitions d’ONG Campaign for nature et Together for the ocean, les engagements actuels des pays – s’ils sont pleinement respectés – devraient mener à la protection de 27% des terres et de 12% des mers d’ici 2030, loin des 30% requis. D’autant que l’efficacité réelle de cette protection est régulièrement critiquée : selon une étude française publiée le 14 octobre, la majorité des aires marines protégées à travers le monde n’a pas permis d’empêcher les pressions de pêche en leur sein.

Les négociations d’Erevan devront «donner des signaux politiques clairs et identifier une suite à la COP17 qui garantira la bonne exécution de ce changement, explique dans un billet de blog Juliette Landry, responsable de recherche à l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri). Une décision invitant simplement les pays à “renforcer leurs efforts” laisserait ouverts les choix essentiels : quelles priorités, quel soutien et surtout quelle coopération ?»

Tensions autour des financements

Les négociations de ces deux prochaines semaines porteront aussi sur le financement de ces actions en faveur de la biodiversité. En 2022, la communauté internationale s’était engagée à mobiliser 200 milliards de dollars (178 milliards d’euros) par an d’ici 2030, dont 30 milliards de dollars (27 milliards d’euros) versés des pays développés vers les pays en voie de développement. Un premier objectif, à hauteur de 20 milliards de dollars (18 milliards d’euros) de transferts par an en 2025, n’est «probablement pas atteint», d’après l’évaluation du secrétariat de la Convention sur la diversité biologique.

Lors de la COP16 sur la biodiversité, à Cali (Colombie), ce dossier brûlant – qui ravive les tensions autour des inégalités Nord-Sud – avait conduit à l’échec des négociations (notre article). Au terme d’un inédit deuxième round de discussions organisé en février 2025 à Rome (Italie), les délégations s’étaient finalement accordées sur une feuille de route destinée à mobiliser davantage de ressources financières et à mieux les redistribuer.

Les délégations présentes à Erevan tâcheront d’avancer sur ce dossier – les pays développés refusant notamment la création d’un nouveau fonds qui risquerait, selon eux, de «fragmenter» la finance mondiale de la biodiversité. Un autre enjeu portera sur l’élargissement des pays contribuant à ces financements, dont la liste remonte à 2006 (la Chine, l’Inde ou les pays du Golfe n’en font par exemple pas partie).

Les discussions traiteront aussi de l’amélioration du partage des bénéfices tirés de l’exploitation des ressources génétiques (l’utilisation de séquences d’ADN pour produire des médicaments, des cosmétiques…), notamment par les entreprises occidentales. Le «fonds de Cali» créé en 2024 n’a pour le moment reçu que 6 000 dollars (5 350 euros) de contributions volontaires… contre un milliard de dollars (892 millions d’euros) espérés chaque année.

La COP16 avait également entraîné la création d’un nouvel organe destiné à renforcer l’inclusion des peuples autochtones et des communautés locales dans les décisions. Participation aux réunions, valorisation de leurs connaissances traditionnelles… La COP17 d’Erevan servira de test grandeur nature. Des voix s’élèvent enfin, notamment dans la société civile, pour décloisonner les négociations autour de la biodiversité de celles sur le climat, par exemple sur la question de la sauvegarde des forêts.

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