
La quasi-totalité des écosystèmes coralliens pourraient s’effondrer d’ici à 2075. Selon une évaluation mondiale de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) publiée jeudi, 96% sont désormais «en danger critique». La catégorie la plus élevée avant l’«extinction» sur la liste rouge de l’UICN, l’inventaire mondial de l’état de conservation des espèces végétales et animales.
L’analyse internationale, la première de ce type, porte sur l’ensemble des récifs situés dans les eaux chaudes et peu profondes. Parmi eux, les plus vastes et les plus riches en biodiversité de la planète, tels que la Grande Barrière de corail en Australie ou encore le triangle de corail dans l’océan Pacifique occidental. Parallèlement, l’UICN a récemment réévalué le statut de 892 espèces de coraux et a constaté que 44% d’entre elles sont menacées d’extinction.
Avant la mortalité, le blanchissement
La menace principale à laquelle doivent faire face ces organismes est le changement climatique. À mesure que les températures en surface augmentent, les océans du globe se réchauffent et provoquent des vagues de chaleur marines. L’institution rappelle que le scénario du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), qui prévoit un réchauffement atmosphérique de 2,7 degrés Celsius (°C) d’ici 2100, «se traduira par un réchauffement continu des températures de surface des océans».
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Or lorsque la température de l’eau devient trop chaude, les coraux expulsent les microalgues qui vivent à l’intérieur de leurs tissus, ce qui provoque leur blanchissement. Ces mêmes algues fournissent jusqu’à 90% de l’énergie des coraux. Ainsi, ils deviennent plus fragiles et peuvent mourir. Les écosystèmes de récifs coralliens s’effondrent dès que les coraux durs – ceux qui constituent la base vivante et en croissance – disparaissent pour laisser place à des algues, des débris et des éponges.

D’autres pressions, directement liées aux activités humaines, dégradent les coraux. En particulier celles qui endommagent la qualité des eaux côtières, où ils sont implantés. Plusieurs effets se cumulent : le rejet d’eaux usées, les pollutions agricoles ou l’urbanisation des côtes. Enfin, la surexploitation de certains poissons dans plusieurs régions – Asie de l’Est, Caraïbes et Brésil – affaiblit les coraux. Par exemple : les poissons-perroquets, herbivores, permettent de réguler la proportion d’algues concurrentes des coraux.
Un refuge pour 25% des espèces marines
Les coraux sont pourtant essentiels à la santé des écosystèmes marins. «On dit souvent que les récifs coralliens sont les nurseries des océans, là où de nombreuses espèces donnent naissance, vivent ou viennent se réfugier», explique à Vert Florian Kirchner, responsable du programme Espèces du comité français de l’UICN. À l’échelle de la planète, 25% des espèces marines en profitent. L’effondrement des récifs engendre l’incapacité des fonds marins à régénérer les populations piscicoles.
«Le déclin [des coraux] prive d’innombrables espèces de la nourriture, des abris et des frayères [les lieux où se reproduisent les organismes marins, NDLR] dont elles dépendent, tout en menaçant la sécurité et les moyens d’existence des communautés côtières, et en compromettant des secteurs économiques clés tels que la pêche, l’aquaculture et le tourisme», expose Grethel Aguilar, directrice générale de l’UICN.
Plus largement, les coraux contribuent à fixer l’azote et le carbone au fond des océans et réduisent l’énergie des vagues, protégeant les côtes des tempêtes.
Un signal d’alarme plutôt qu’une source de désespoir
L’étude tient tout de même à rappeler qu’«il n’est pas trop tard pour donner aux récifs coralliens une chance de se rétablir». L’UICN encourage la mise en place d’actions décisives pour «lutter contre les changements climatiques et enrayer le réchauffement des océans». Parmi elles, la réduction des émissions de dioxyde de carbone (CO2).
Pour Florian Kirchner, «chaque dixième de degré compte». À chaque nouvelle hausse de température, de nouvelles espèces sont affectées. S’il est évident, selon le chercheur, que des récifs vont disparaitre, «tout ce qu’on fait aujourd’hui aura des bénéfices et permettra de limiter les pertes, de préserver la diversité biologique et les fonctions que les coraux nous rendent».
En plus de ces objectifs mondiaux, des actions plus locales peuvent être mises en place, telles que la création d’aires marines strictement protégées, la lutte contre les pollutions terrestres et la réduction de la surpêche.










