Vagues de chaleur, incendies, pluies torrentielles : pourquoi 2026 s’annonce extrême

Braises d’un ton
Les premiers mois de l’année ont été marqués par une intensification spectaculaire des évènements extrêmes. Avec le retour du phénomène El Niño, 2026 promet d'être hors normes, ont alerté mardi des climatologues du monde entier.
Les incendies qui ont ravagé le nord du Japon (ici dans la ville d’Otsuchi), du 22 avril au 2 mai, sont les deuxièmes plus importants en trente ans. © Kota Kawasaki/The Yomiuri Shimbun via AFP

C’est un fait, l’urgence climatique n’a plus la cote dans les enceintes politiques. Et pour cause : nombre de dirigeant·es sont davantage occupé·es à orchestrer de nouvelles catastrophes (en Ukraine ou au Moyen-Orient, par exemple) qu’à penser au problème du climat. Mais «la nature, bien sûr, se fiche de leurs discours politiques», rappelle Jemilah Mahmood, directrice du Sunway centre for planetary health (le Centre Sunway pour la santé planétaire). En 2026, malgré le déni climatique ambiant, elle pourrait même faire plus de ravages que jamais, a-t-elle alerté mardi, aux côtés de scientifiques du monde entier et de plusieurs organisations onusiennes.

2026 : tant de records déjà battus

Quelques mois après l’alerte de l’Organisation météorologique mondiale, selon qui «le climat de la Terre est plus déséquilibré que jamais dans l’Histoire observée», les scientifiques confirment la multitude de records déjà battus – et de loin – depuis le début de l’année 2026.

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🥵 Des niveaux de chaleur historiques ont été atteints dans de nombreuses régions du monde : le Groenland a vécu son mois de janvier le plus chaud jamais enregistré ; en France, les températures ont atteint des niveaux inédits pour un mois de février sur une grande partie du pays ; aux États-Unis, l’année est, jusqu’à présent, la plus chaude et la plus sèche jamais enregistrée ; en Inde et au Pakistan, une vague de chaleur inédite pour un mois d’avril a fait grimper le mercure jusqu’à 50 degrés (°C). Pour beaucoup d’expert·es, 2026 est bien partie pour être la deuxième année la plus chaude de l’Histoire, après 2024.

🔥 L’une des conséquences les plus visibles de cette surchauffe généralisée est la propagation, à des niveaux inédits, des incendies. «150 millions d’hectares sont partis en fumée entre janvier et avril, c’est 50% de plus que la moyenne des dernières années, et 20% de plus que le précédent record annuel», souligne Theodore Keeping, chercheur au Centre for environmental policy (Centre de politique environnementale) de l’Imperial college London. L’Afrique est le continent qui paie le plus lourd tribut, avec 85 millions d’hectares brûlés, soit 23% de plus que le précédent record. En Asie, les feux ont emporté 44 millions d’hectares, dépassant de 40% la pire année, 2014.

💦 Dans le même temps, plusieurs régions ont connu les pires pluies de leur histoire : c’est le cas au Brésil, où plusieurs États ont enregistré des précipitations records en février, responsables d’inondations et de glissements de terrain meurtriers. L’Espagne et le Portugal ont connu les mois de janvier et février les plus pluvieux depuis près d’un demi-siècle, d’autant plus ravageurs que la péninsule sort de plusieurs années d’intense sécheresse.

🚑 Alors que l’OMS a plusieurs fois qualifié le changement climatique de «plus grande menace pour la santé à laquelle l’humanité est confrontée», Jamilah Mahmood a rappelé qu’une année de catastrophes climatiques est aussi une année de catastrophes sanitaires, «et nos systèmes de santé ne sont pas conçus pour absorber ça». Par exemple, «on estime que la chaleur tue 500 000 personnes par an, mais c’est un chiffre très sous-estimé car les morts liées à la chaleur sont mal diagnostiquées», selon elle. Quant aux incendies, «ils sont responsables d’1,5 million de morts chaque année, à cause de la sévère pollution de l’air qu’ils génèrent».

«Ce n’est pas d’El Niño qu’il faut avoir peur !»

Alors que 2026 a démarré très fort, le développement probable du phénomène El Niño dans les prochains mois devrait aggraver les catastrophes, en particulier dans les pays qui bordent l’océan Pacifique et l’océan Indien, annoncent les climatologues. Ce phénomène naturel, lié notamment à la hausse des températures de surface dans le Pacifique équatorial, tire les températures mondiales vers le haut et favorise les événements extrêmes.

Selon certain·es scientifiques, 2026 pourrait voir se développer un «super» El Niño, si les températures de surface dans le Pacifique devenaient particulièrement élevées. «Pour l’instant, c’est une probabilité qu’on évalue à 20-30%», estime Friederike Otto, professeure en sciences du climat au Centre for environmental policy de l’Imperial college London.

Mais«même si El Niño pourrait provoquer des évènements extrêmement sévères, ce n’est pas de lui qu’il faut avoir peur, prévient-elle. El Niño est un phénomène naturel, il apparaît puis disparaît. Le changement climatique, en revanche, s’aggrave de plus en plus tant que nous ne cessons pas de brûler des énergies fossiles. Et il exerce déjà une influence bien plus importante que la plupart des variations naturelles du climat. La véritable raison de s’inquiéter, c’est le changement climatique.»

Combien d’années d’inaction politique ? Combien de victimes ?

Après les scandales de l’amiante, du plomb, ou du chlordécone, l’histoire semble se répéter aujourd’hui avec les PFAS, le cadmium, les pesticides toxiques, les perturbateurs endocriniens et tant d’autres nouvelles substances.

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