
Après le passage des flammes, les forêts verdoyantes laissent place à des étendues calcinées au sein desquelles la faune et la flore peinent à survivre. Plus de 42 000 hectares ont brûlé en France entre le 1er janvier et la mi-juillet : un record depuis au moins vingt ans, selon les données satellitaires du système européen d’information sur les feux de forêt (Effis) publiées mardi.
Retrouver la vigueur de ces écosystèmes prendra du temps. «Si des arbres de 60 ans sont brûlés, alors il faudra attendre 60 ans pour avoir le même développement», résume Bernard Prevosto, chercheur à l’Institut national de la recherche agronomique (Inrae) au sein de l’équipe Écosystèmes méditerranéens et risques.
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Pour accompagner cette régénération, les forestier·es, qui entretiennent les massifs, adaptent leurs interventions à chaque situation. Il n’existe pas de solution universelle, chaque incendie a des caractéristiques propres : intensité, état d’érosion des sols, espèces végétales présentes. «La première étape consiste à sécuriser la zone puis à établir un diagnostic du territoire pour déterminer ce qu’il est pertinent de faire», détaille Marion Toutchkov, experte incendies à l’Office national des forêts (ONF).
Le pin d’Alep, un résineux pas comme les autres
La plupart du temps, les forestier·es laissent la nature refaire surface d’elle-même. C’est souvent le cas dans les régions méditerranéennes, où la végétation est plus résistante à la sécheresse et aux incendies. Dans ces forêts pousse notamment le pin d’Alep, un résineux dont les cônes (les pommes de pin) restent fermés jusqu’à leur exposition à de fortes chaleurs. Lors d’un feu, ils s’ouvrent et libèrent les graines, qui germent et donnent naissance à une nouvelle génération de pins.

Les arbres feuillus, comme le chêne vert, kermès ou pubescent, ont d’épaisses écorces qui protègent leurs racines, lesquelles survivent au passage des flammes. De nouvelles pousses émergent alors : c’est ce que l’on appelle des rejets.
Au-delà de ces mécanismes de régénération au cœur de la zone incendiée, la forêt se reforme aussi depuis ses marges. Les arbres épargnés en lisière disséminent progressivement leurs graines, transportées par le vent ou les oiseaux, jusqu’à recoloniser les espaces brûlés. Plus l’incendie a été important, plus cela prend du temps, même si «au bout de deux à trois ans, le sol se reverdit et les premiers arbustes font leur apparition», souligne le chercheur à l’Inrae.
En général, les forestier·es donnent un coup de pouce pour aider la forêt à cicatriser. Ça a été le cas dans le massif des Corbières après l’incendie de juillet 2025 qui a ravagé 11 000 hectares. Sur place, les agent·es de l’ONF ont installé des fascines : de petits ouvrages constitués de bois mort, disposés en travers des pentes, qui ralentissent l’écoulement de l’eau et limitent l’érosion des sols. En retenant la terre et les éléments rocheux emportés par les pluies, les fascines créent des conditions plus favorables au retour de la végétation.
Des actions de recépage ont également été menées : les feuillus endommagés par les flammes ont été coupés au niveau de la souche, puis laissés sur place pour favoriser leur décomposition et le retour de la matière organique dans le sol. Cette intervention permet aussi aux arbres de repartir depuis leur souche intacte, grâce à la pousse de nouveaux rejets.
La main (verte) de l’Homme
Parfois, il faut replanter. «Dans certains cas, la forêt joue un rôle de protection contre les risques naturels comme les chutes de pierres ou les avalanches. Alors, pour protéger un village, on reboise», explique Marion Toutchkov. La plantation peut aussi servir à diversifier les peuplements forestiers et à introduire des essences plus résistantes aux feux à venir. Mais ces interventions restent complexes et demandent des moyens importants. Et, alors que les incendies progressent vers le nord du pays, transposer les modèles du sud, comme la plantation de pins d’Alep, n’est pas toujours possible. «Le pin d’Alep n’est pas fait pour les climats plus humides ; il craint notamment les fortes gelées», précise Bernard Prevosto, de l’Inrae.

Menées par l’ONF et le Centre national de propriété forestière, des expérimentations sont en cours pour planter des espèces peu exploitées en France mais plus adaptées au changement climatique. Sur une trentaine de sites, plus de 10 000 plantes ont été installées, dont des essences exotiques, comme le pin de Bosnie, le cèdre de l’Atlas ou encore le pin de Camoussèdre. Sont observées leur survie, leur croissance dans différents types de climats et leurs interactions avec la faune et la flore alentour.
Oiseaux, chauves-souris, cerfs… le retour de la faune après les flammes
Les animaux et insectes sont également victimes du passage des flammes. Selon l’association Wany the Pooh, plus de 10 millions d’individus ont perdu la vie dans l’incendie des Corbières. Parmi eux, 360 espèces d’oiseaux, 80 de mammifères – dont 27 espèces de chauves-souris – et une trentaine de reptiles et d’amphibiens. «Généralement, la faune revient progressivement toute seule», constate Marion Toutchkov, de l’ONF. Les arbres morts encore debout offrent des perchoirs aux oiseaux, tandis que les troncs et branches tombés au sol deviennent des refuges pour les insectes.

Étonnamment, après un incendie de faible intensité, on assiste parfois à une explosion de biodiversité. «Certains insectes apprécient les milieux ouverts, créés par le passage du feu, qui deviennent alors des espaces favorables à leur développement et à leur reproduction», raconte l’experte incendie de l’ONF.
Mais le retour trop rapide des animaux n’est pas toujours souhaité. Les ongulés – les mammifères avec des sabots – comme les cerfs broutent les jeunes pousses et ne laissent pas le temps à l’écosystème de se restaurer. Il en va de même avec le pâturage. «Dans les forêts privées, le pâturage est interdit dix ans après un incendie pour permettre à la flore de repousser», précise Marion Toutchkov.
«Plus les feux sont fréquents, moins les espèces ont le temps de grandir»
D’autres espèces peuvent freiner le retour de la forêt. C’est le cas du mimosa, une plante invasive qui profite des milieux perturbés par les incendies. En se développant rapidement après le passage du feu, il peut concurrencer les espèces locales et ralentir leur régénération. C’est aussi le cas du scolyte, un insecte qui profite des arbres affaiblis. Il prolifère très rapidement et accentue le dépérissement des peuplements.

Même si la nature et les forestier·es œuvrent à la régénération des zones incendiées, toutes les forêts ne retrouvent pas leur équilibre. «Plus les feux sont fréquents, moins les espèces ont le temps de grandir et de renforcer leur résistance. À terme, elles risquent d’être totalement brûlées» et leur peuplement finira par régresser, observe Bernard Prevosto.
À l’échelle nationale, la forêt française continue de gagner du terrain, mais elle est de plus en plus fragilisée. En dix ans, la mortalité des arbres a augmenté de 125%, sous l’effet combiné des incendies, des sécheresses, des maladies et des insectes ravageurs. Pour le chercheur de l’Inrae, il est désormais primordial pour les régions du nord du pays d’avoir «des politiques de prévention des incendies et des aménagements du territoire comme il en existe depuis des années dans le sud».











