«Il pourrait être le plus puissant jamais observé» : l’Organisation météorologique mondiale alerte sur l’intensité d’El Niño

Vie de tempête.
El Niño, l’anomalie océanique naturelle et cyclique qui réchauffe le climat, s’annonce de très haute intensité en fin d’année, prévient ce jeudi matin l’organisation météorologique mondiale. Sécheresses, incendies, inondations et ouragans : ses effets viennent s’ajouter à ceux du réchauffement climatique.
Août 2026. Un champ de riz est asséché à cause du prolongement de la saison sèche dans les alentours de Bogo, en Indonésie. © Aditya Aji/AFP

Le phénomène El Niño est désormais «solidement installé» et devrait encore se renforcer dans les prochains mois pour atteindre une intensité «très forte». Il est quasi certain qu’il se prolongera jusqu’en février 2027, souligne l’Organisation météorologique mondiale (OMM) dans une note publiée ce jeudi matin. L’épisode actuel «pourrait être plus puissant que tout ce que nous avons observé depuis le début de nos relevés, au point de littéralement dépasser les limites des graphiques que nous utilisons depuis quatre décennies», précise la secrétaire générale de l’OMM, Celeste Saulo.

El Niño est une anomalie océanique naturelle et cyclique qui revient tous les deux à sept ans. Elle est causée, entre autres, par une augmentation des températures des eaux de surface de l’océan Pacifique équatorial. Le phénomène est connu des scientifiques pour générer un excédent de cyclones sur la zone du Pacifique. Il entraîne également des précipitations importantes (avec un risque d’inondations et de glissements de terrain) sur le continent sud-américain. De l’autre côté de la Terre, il apporte des conditions relativement sèches en Asie du Sud et en Australie.

Sécheresses, ouragans et incendies

Cette année, l’épisode aura «des répercussions importantes sur les régimes de température et de précipitations, ainsi que sur les risques associés d’inondations, de sécheresses et de chaleurs extrêmes», prévient l’OMM. Et d’ajouter que l’épisode «devrait parvenir à son apogée vers la fin de l’année 2026». Les dernières prévisions saisonnières de l’organisation indiquent «une probabilité exceptionnellement élevée», de près de 100%, qu’El Niño se maintienne jusqu’en février 2027.

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Actuellement, deux puissants ouragans et une tempête tropicale sont en cours dans l’océan Pacifique, un évènement rare favorisé par les températures des eaux de surface historiquement hautes sous l’effet d’El Niño. Aux Antilles, les canicules se répètent : selon Météo-France, entre le 1er mai et le 1er août, il a plu 30 à 70% moins que d’habitude en Guadeloupe et en Martinique. Des conditions extrêmes qui impactent l’agriculture et l’élevage.

Une sécheresse qui touche aussi le Panama. À partir de ce jeudi 3 septembre, le nombre de bateaux qui peuvent emprunter le canal a diminué. Le manque de précipitations a réduit l’alimentation en eau du passage par lequel transite 5% du trafic maritime mondial. De l’autre côté de la planète, les conditions sèches sont favorables aux incendies. En Indonésie, les feux ont déjà ravagé 200 000 hectares.

Si chaque épisode d’El Niño est différent, le phénomène a historiquement provoqué ou intensifié des sécheresses et a accru les risques d’incendies dans certaines régions de l’Amazonie, d’Amérique centrale, d’Indonésie et d’Australie, ainsi que des perturbations de la mousson en Inde ou des pluies diluviennes dans l’est de l’Afrique.

«La science est sans équivoque : la planète s’engage en eaux inconnues»

«El Niño prend sous nos yeux une ampleur exceptionnelle. La science est sans équivoque : la planète s’engage en eaux inconnues, et ces eaux se réchauffent. La température de la mer en surface atteint des niveaux records, le mercure continue de grimper et nous nous trouvons dans une zone à hauts risques où les phénomènes météorologiques extrêmes deviennent la nouvelle norme», s’est alarmé le secrétaire général de l’ONU, António Guterres.

Sous l’effet de ce phénomène climatique, les eaux de surface dans le centre et l’est du Pacifique équatorial se réchauffent à partir du printemps, ce qui entraîne les mois suivants des modifications majeures des régimes des vents et des précipitations à l’échelle mondiale.

Les températures de surface de la mer dans cette zone du Pacifique équatorial sont déjà nettement supérieures à la moyenne et continuent d’augmenter. Elles étaient en moyenne supérieures de 1,5 degré Celsius (C°) aux normales entre mai et juillet 2026, puis de 2,0°C en juillet, selon les relevés de l’OMM. L’organisation a également constaté des relevés de 2,2°C à 2,6°C au-dessus de la moyenne entre fin juillet et mi-août.

Sous la surface de l’océan, les températures océaniques étaient même dans certaines zones supérieures de plus de 8°C à la moyenne en juillet et au début du mois d’août. «Ces conditions confirment donc la persistance d’El Niño et la possibilité d’un nouveau renforcement au cours des prochains mois», insiste l’OMM. Depuis 1950, sept épisodes seulement ont atteint le niveau «très fort», selon l’Agence océanique et atmosphérique américaine (NOAA), le plus fort étant apparu entre 1982 et 1983.

«C’est une course contre la montre»

Ce phénomène s’ajoute au changement climatique causé par les activités humaines, dopant les événements météorologiques extrêmes. Les discussions sont vives dans le champ scientifique pour savoir si le dérèglement climatique renforce l’intensité d’El Niño. Les indices s’accumulent en ce sens, en témoigne une récente étude publiée dans Nature qui montre que les épisodes sont plus puissants ces dernières décennies par rapport à l’ère préindustrielle (vers 1850). Ils restent cependant à être confirmés.

Les effets d’El Niño varient selon les régions et les saisons et peuvent être modifiés par d’autres facteurs climatiques, notamment les conditions dans les océans Indien et Atlantique. Pour la période septembre-novembre 2026, les prévisions de l’OMM indiquent une probabilité accrue de températures supérieures à la normale sur la quasi-totalité des terres émergées, ainsi que des régimes de précipitations perturbés.

Selon la secrétaire générale de l’OMM, Celeste Saulo, El Niño «a le potentiel de porter un coup dur aux populations et aux économies du monde entier. Nous constatons déjà les perturbations et les ravages causés par les sécheresses et les inondations, et nous nous attendons à ce que ces effets s’aggravent à mesure qu’El Niño s’intensifie.»

De son côté, António Guterres exhorte les gouvernements à agir : «Une course contre la montre se joue désormais entre l’aggravation des risques et notre détermination à agir pour le climat et à protéger les populations. C’est une course que nous devons gagner.» «Cet épisode El Niño exceptionnel exige une préparation et une réaction exceptionnelles ; il n’y a pas de temps à perdre», abonde Celeste Saulo.

L’année suivant El Niño, la chaleur emmagasinée dans l’océan se libère dans l’atmosphère, contribuant généralement à augmenter les températures mondiales. L’année la plus chaude à ce jour est 2024, après le dernier El Niño. Elle pourrait bientôt être détrônée par 2027, selon de nombreux climatologues.

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