«Susceptible de nuire à la fertilité», «susceptible de nuire au fœtus», ou encore «toxique pour les organismes aquatiques, entraîne des effets à long terme». Tels sont les principaux dangers du pesticide Movento, inscrits noir sur blanc dans son dossier de dérogation pour 2026… validé par le gouvernement français mi-mars.

Ce pesticide est «obsolète et dangereux», dénoncent Générations futures et France nature environnement (FNE), qui ont déposé un recours devant le tribunal administratif de Lyon (Rhône), le 17 avril. Les deux associations environnementales espèrent faire annuler l’autorisation de mise sur le marché dérogatoire accordée un mois plus tôt à ce produit chimique, pourtant interdit dans toute l’Union européenne depuis 2024.
Des risques pour la reproduction et les milieux aquatiques
Le ministère de l’agriculture a donné son feu vert pour une dérogation de 120 jours, proposée par sa direction générale de l’alimentation. Cet insecticide peut être épandu jusqu’au 29 juin prochain sur plusieurs cultures fruitières : pommes, poires, cerises, pêches, abricots, prunes, cassis, groseilles et myrtilles. Le produit est déjà autorisé depuis 2024 pour les betteraves sucrières, par des dérogations renouvelées chaque printemps.
Le Movento est notamment utilisé pour lutter contre les attaques de pucerons. «Les interdictions successives de certains produits sur le territoire français placent les producteurs dans l’incapacité de maîtriser les invasions», déploraient en décembre 2025 les syndicats majoritaires (FNSEA et Jeunes agriculteurs) de Corrèze. Dans une lettre adressée à la ministre de l’agriculture, Annie Genevard, ces derniers pointaient notamment des «pertes de récoltes considérables» et un manque d’alternatives.
L’effet toxique du Movento repose sur une substance active bien particulière : le spirotétramate. Cette dernière est interdite de vente dans toute l’Union européenne depuis 2024, car son fabriquant, le géant de l’agrochimie Bayer, n’a pas déposé de demande de renouvellement auprès des autorités sanitaires. «Il aurait fallu soumettre de nouvelles études, notamment sur la perturbation endocrinienne et la toxicité pour les abeilles», pointe Pauline Cervan, toxicologue auprès de Générations futures.
«Plusieurs produits obtiennent une dérogation d’urgence tous les ans, ce qui revient à une approbation déguisée.»
Le spirotétramate est suspecté d’être reprotoxique, avec des effets sur la fertilité et sur le développement du fœtus. L’Agence européenne des produits chimiques (Echa) considère qu’il est aussi «très toxique pour la vie aquatique avec des effets de long terme». En se basant sur la littérature académique, Générations futures soulève également un risque pour les poissons ou encore les larves d’abeilles.
«Ne pas utiliser en présence d’abeilles»
Pourquoi ce produit interdit peut-il désormais être utilisé sur plusieurs vergers français ? Le gouvernement s’appuie sur un article de la réglementation européenne qui autorise des dérogations de 120 jours en cas de «danger qui ne peut être maîtrisé par d’autres moyens raisonnables». Cette manœuvre permet régulièrement aux États membres de perpétuer l’utilisation de substances interdites, dénonce Pauline Cervan : «Plusieurs produits obtiennent une dérogation d’urgence tous les ans, ce qui revient à une approbation déguisée.»
Concernant le Movento, «les ravageurs visés sont connus et récurrents, il ne s’agit donc pas d’une circonstance “exceptionnelle”», opposent les associations. Devant la justice, elles comptent arguer de l’existence d’alternatives chimiques comme non chimiques (huiles essentielles, pratiques culturales…) à ce pesticide, ou encore de l’absence de «motivation sérieuse» à sa dérogation.
La procédure en justice devrait prendre plusieurs mois, selon Pauline Cervan. D’ici là, le Movento aura été épandu dans des vergers. Pour son utilisation, le dossier d’autorisation mentionne tout de même plusieurs précautions à prendre : «Ne pas polluer l’eau avec le produit ou son emballage», ou encore… «Ne pas utiliser en présence d’abeilles».
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