L'édito

Rapport Alloncle sur l’audiovisuel public : un ramassis de fake news sur… l’information scientifique

Rapport de farce. Si la démonstration devait encore en être faite, le rapport issu de la tristement célèbre commission d’enquête sur l’audiovisuel public révèle le sort que réservera l’extrême droite à l’information et aux faits si elle parvient au pouvoir, comme l’explique le rédacteur en chef de Vert, Loup Espargilière.
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Après des mois de débats aberrants, la commission d’enquête sur la neutralité et le financement de l’audiovisuel public aura bien davantage discrédité le travail parlementaire que celui, journalistique, du service public. Fruit des 63 auditions menées au long de six mois de travaux, le rapport Alloncle, du nom de son triste rapporteur (Union des droites pour la République-UDR), a été publié ce mardi matin. Son contenu reflète le cirque qu’auront été ces dizaines d’heures d’interrogatoires.

Charles Alloncle, député ciottiste et rapporteur de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public. © Mikael Ratajezak/Wikimedia

Parmi les propositions les plus médiatisées, le document de 400 pages propose par exemple de fusionner France info et France 24, France 2 avec France 5, et France 4, France TV Slash et la radio Mouv’. De quoi économiser un milliard d’euros par an, au doigt mouillé.

Pour justifier ce massacre et mettre au pas les rédactions restantes, le rapport s’appuie sur de nombreuses fausses informations issues des auditions. La section consacrée aux «biais militants dans le traitement de certains sujets environnementaux au détriment des données scientifiques» est particulièrement savoureuse.

On y découvre que France télévisions aurait adhéré à la Charte pour un journalisme à la hauteur de l’urgence écologique, texte initié par la rédaction de Vert et co-écrit avec une trentaine de professionnel·les de tous médias. Une simple visite sur le site dédié à ce document, par ailleurs signé par plus de 200 médias et l’ensemble des écoles de journalisme reconnues, aurait permis de découvrir que c’est faux. S’ensuivent d’autres fake news basées sur des interprétations hasardeuses de la charte.

Élise Lucet et le glyphosate

Le rapport envoie également des banderilles à France télévisions pour avoir monté une équipe dédiée au climat et lancé un journal télévisé météo-climat ; des initiatives saluées par une grande partie de la profession, y compris à l’étranger. Charles Alloncle dénonce «une scénarisation militante ou une présentation orientée qui brouille la frontière entre information, sensibilisation et plaidoyer».

Pour ce faire, il ne s’appuie pas sur des extraits de cette émission, créée en 2023, mais sur un épisode d’Envoyé spécial datant de… 2019. La journaliste Elise Lucet y testait la teneur en glyphosate, herbicide jugé «cancérogène probable» par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), des cheveux de l’actrice Julie Gayet.

Le ton aurait-il été différent si la commission avait permis aux journalistes de répondre à ses questions ? Comme Vert l’avait raconté, ce sont François de Rugy, ex-ministre reconverti dans la défense des «polluants éternels», et Géraldine Woessner, rédactrice en chef au Point et contemptrice du service public, qui ont été invité·es à phosphorer sur le sujet. Eva Morel, secrétaire générale de l’ONG Quota Climat, également auditionnée, a disparu du rapport.

Cet odieux document révèle en toutes lettres, si la démonstration devait encore être faite, le sort que réservera l’extrême droite à l’information et aux faits si elle parvient au pouvoir.

On ne pourra pas dire qu’on ne savait pas.

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