Reportage

«Les éoliennes, c’est la preuve par l’exemple» : dans le Maine-et-Loire, des initiatives citoyennes pour accélérer la transition énergétique

Tisser des éoliens. Dans l'ouest de la France, la communauté de communes des Mauges ambitionne d'être indépendante en énergies renouvelables d'ici 2050. Main dans la main avec les élu·es, des collectifs citoyens ont fleuri pour s'emparer de projets éoliens et en partager les retombées sur le territoire.
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Au milieu des champs à perte de vue, cinq géants blancs font la fierté des habitant·es de Chemillé-en-Anjou (Maine-et-Loire) et des alentours. En service depuis 2020, les éoliennes de l’Hyrôme (du nom de la rivière locale) ne sont pas tout à fait comme les autres : elles ont été cofinancées par plus de 370 habitant·es de ce territoire rural, dans le but d’en partager localement les bénéfices.

De gauche à droite : Camille Bellois, Sébastien Cesbron, Pascal Varin, Isabelle Treneau et Christophe Travers, membres de l’association Atout vent en Chemillois. © Esteban Grépinet/Vert

«De l’extérieur, elles ressemblent aux autres, sourit Sébastien Cesbron, habitant de la commune et président du parc de l’Hyrôme, debout au pied de l’un des immenses mâts. Leur particularité, c’est qu’elles appartiennent au territoire.» «On aurait dû les peindre en vert pour les distinguer !», plaisante à ses côtés Pascal Varin, qui a investi 20 000 euros dans le projet.

«Avoir une dynamique collective locale pour essayer de racheter des parcs éoliens»

Au sud d’Angers et des méandres de la Loire, les terres des Mauges sont l’un des berceaux de la cinquantaine de projets éoliens citoyens qui ont fleuri en France cette dernière décennie. Devenu une communauté de communes en 2016, après la fusion de nombreux villages, ce territoire s’est fixé pour objectif de produire 40% de l’énergie qu’il consommera en 2030 grâce à des énergies renouvelables locales (éolien, solaire…), cruciales pour sortir des fossiles et lutter contre le changement climatique. Le ratio doit atteindre 100% d’ici 2050.

Les Mauges comptent aujourd’hui une dizaine de parcs éoliens. Les premiers projets ont été lancés par des entreprises privées à la fin des années 2000. Devant cet élan, une association, Atout vent en Chemillois, a été créée en 2011 par un collectif d’habitant·es – notamment des agriculteur·ices, qui s’étaient déjà regroupé·es pour investir dans le solaire.

L’objectif était simple, se souvient Sébastien Cesbron : «Avoir une dynamique collective locale pour essayer de racheter des parcs éoliens.» Au démarrage, l’association a reçu un soutien financier des communes. «Pour réussir une transition, cela ne doit pas forcément venir d’en haut, explique Luc Pelé, adjoint bâtiment et transition énergétique à Chemillé-en-Anjou et conseiller communautaire en charge des énergies renouvelables. Ce sera mieux accepté si ça vient des gens du territoire.»

Rapidement, les plus motivé·es distribuent des flyers et organisent des réunions publiques pour sensibiliser à la transition énergétique et convaincre les habitant·es d’investir entre 1 000 et 20 000 euros dans un parc éolien. «À l’une des premières réunions, il y avait plus d’organisateurs que de gens dans la salle, ça faisait bizarre !», plaisante Sébastien Cesbron. De village en village, l’association arrive tout de même à engranger les soutiens.

371 habitant·es des Mauges ont investi dans le parc éolien de l’Hyrôme. © Esteban Grépinet/Vert

«Il y avait des écolos, des gens un peu neutres, des qui se disaient que c’était plutôt un bon placement…», liste Xavier Perdriau, ingénieur et «passionné d’énergies» qui a rejoint l’association dès ses débuts. Agricultrice retraitée qui s’occupait d’un élevage 120 000 poules, Isabelle Treneau reconnaît qu’elle est «un peu moins dans les sphères écolos que beaucoup» dans ce projet : «C’est le côté citoyen qui m’a le plus attirée, l’attachement au territoire, que les gens se fédèrent pour créer quelque chose.» À ses côtés, Christophe Travers est un critique du nucléaire : «Je suis allé à une réunion par curiosité, pas plus ; et ça a été une belle surprise. J’ai découvert l’ampleur du projet, des chiffres, et ça m’a mis en relation avec des gens inspirants.»

Cinq millions d’euros par an

À l’issue d’une première levée de fonds, l’association est parvenue à financer l’implantation de cinq premières éoliennes. Exploitées depuis 2016 sur la commune de Chemillé-en-Anjou, elles sont entièrement possédées par des citoyen·nes : 380 habitant·es sont actionnaires, et s’y ajoute la participation du collectif Énergie partagée, qui collecte de l’épargne volontaire partout en France.

«Nous sommes à 100% d’acteurs locaux.»

Deux ans plus tard, Atout vent en Chemillois réitère l’expérience en se positionnant pour reprendre le parc de l’Hyrôme, mis en vente par son fabricant peu avant sa construction. Les délais étaient beaucoup plus serrés, alors les citoyen·nes ont été rejoint·es par la communauté de communes et le département. Mission réussie : les cinq nouvelles éoliennes ont vu le jour à l’été 2020. Elles sont financées et détenues à moitié par 371 habitant·es (et Énergie partagée), et à moitié par les collectivités locales.

Les éoliennes de l’Hyrôme produisent de l’électricité depuis 2020. © Esteban Grépinet/Vert

«Un beau projet, se réjouit Luc Pelé. Nous sommes à 100% d’acteurs locaux, c’est notre volonté depuis longtemps d’avoir une gouvernance locale de ces projets.» Pour les habitant·es, cette initiative citoyenne permet de garder les bénéfices de ces éoliennes sur le territoire, plutôt que de les voir filer dans les mains d’investisseur·ses parfois étranger·es.

Concrètement, le seul parc éolien de l’Hyrôme produit l’équivalent de la consommation en électricité de près de 30 000 personnes (hors chauffage et eau chaude), soit davantage que celle de la commune de Chemillé-en-Anjou. La vente de cette énergie génère environ cinq millions d’euros par an, dont une grande partie est ensuite partagée entre les différents acteurs – les citoyen·nes et les collectivités locales. De quoi «lutter contre les faux arguments», résume Sébastien Cesbron : «Les gens disent que ça ne rapporte pas d’argent, que ça consomme de l’électricité plutôt que d’en produire… Là, on voit que le bilan est rentable !»

Voitures électriques et panneaux pédagogiques

Cinq ans plus tard, les éoliennes citoyennes de Chemillé-en-Anjou tournent toujours, malgré les attaques à répétition contre les énergies renouvelables au niveau national (notre article). Le projet a même fait des petits : de nouvelles associations se sont lancées dans les autres communes des Mauges, et trois nouveaux parcs citoyens ont vu le jour. Dans le territoire voisin du Layon, Pascal Varin a par exemple créé la société Solyseol pour porter de nouveaux projets solaires et éoliens.

Dans l’association originelle, difficile de maintenir la dynamique maintenant que les deux projets d’éoliennes se sont achevés : les assemblées générales ne rassemblent qu’une centaine de personnes, sur les plus de 600 habitant·es actionnaires de l’un des deux parcs. Les plus motivé·es ont décidé de se tourner vers de nouvelles actions, explique Sébastien Cesbron : «Nous nous sommes dits que nous allions utiliser les bénéfices des éoliennes pour faire vivre la transition énergétique.»

Financé par la production des éoliennes de l’Hyrôme, le minibus électrique est utilisé par les clubs sportifs locaux. © Esteban Grépinet/Vert

Chaque année, la production du parc de l’Hyrôme apporte directement plus de 30 000 euros à Atout vent en Chemillois pour financer de nouvelles actions : installation de panneaux pédagogiques, ateliers et formations sur l’écologie, aide aux personnes en situation de précarité énergétique… L’association a aussi acheté une voiture électrique en 2019. «Elle était prêtée à chaque actionnaire pendant une semaine pour tester et montrer qu’on peut rouler autrement sur les routes de campagne», raconte Camille Bellois, salariée de l’association.

L’initiative a rapidement convaincu : nombre de familles ont acheté leur propre véhicule électrique. Depuis, l’association a aussi investi dans un minibus électrique – prêté aux associations sportives locales (basket, randonnée…) – et développé un système d’autopartage entre habitant·es, pour éviter d’acheter de nouvelles autos. «On essaie de convaincre, d’amener des billes, résume Xavier Perdriau. Les éoliennes, c’est la preuve par l’exemple !»

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