
«Plus de tutelle, moins d’expertise de proximité, moins de moyens, moins d’autonomie.» Didier Gabarda Oliva, délégué syndical CGT de l’Agence de la transition écologique (Ademe), dresse une longue liste des pressions que subissent les établissements publics. De Santé publique France (SPF) à l’Ademe, en passant par l’Office français de la biodiversité (OFB) ou encore Météo-France, les salarié·es de toutes ces agences s’insurgent contre la remise en cause de leurs missions par le gouvernement. Ce jeudi, un collectif intersyndical organise une manifestation sur la place des Invalides, à Paris.
Selon les syndicats, nombre de ces établissements voient leur budget diminuer. Entre 2013 et 2024, 30% des effectifs de Météo-France ont été supprimés ; quant à l’Ademe, son Fonds vert notamment destiné à l’adaptation des écoles et des hôpitaux au réchauffement climatique a été réduit de 20% début juin.
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Autre inquiétude des agent·es : que leurs actions soient de plus en plus supervisées par les différents ministères. Le 25 juin, le gouvernement a toutefois annoncé qu’il renonçait à son plan de réorganisation de l’Ademe. Son projet de loi «visant à renforcer l’État local» prévoyait, à l’article 7, un démembrement des antennes régionales. La mesure, qui risquait de provoquer des départs de salarié·es ainsi qu’une baisse d’expertise, avait déclenché une levée de boucliers des employé·es.
L’Ademe et Santé publique France en première ligne
«Le projet de réforme de l’Ademe suscitait de l’incompréhension», constate l’entourage de Monique Barbut, ministre de la transition écologique. «Ce retrait permettra de retrouver un climat d’apaisement.» «Avec de nombreux collègues, nous avons été soulagés d’apprendre ce retrait de la mesure, mais nous voulons réitérer notre solidarité aux autres agences et notamment à Santé publique France», raconte une employée de l’Ademe qui a préféré rester anonyme.
En plein épisode de chaleurs précoces du mois de mai, l’établissement de prévention sanitaire n’avait pas pu publier son dispositif de prévention dans les temps. En cause : la refonte en cours de la stratégie de communication de l’État, sous l’égide du premier ministre. «Depuis ce chantier, l’État doit valider chacune de nos campagnes, on a des niveaux de validation qui n’existaient pas avant ; tout ceci a engendré un énorme retard alors qu’on avait transmis les éléments à temps», explique Olivier Delmer, syndicaliste CGT de Santé publique France.
Une situation qui fait écho à un épisode similaire à l’Ademe. «Un de nos guides à destination des nouveaux élus locaux et municipalités a aussi été censuré, explique une salariée*. Y figurait un tas de projets clés en main sur la végétalisation d’écoles, la gestion des déchets, la voirie, la transition énergétique… avec à chaque fois des retours d’expérience, le coût et le gain environnemental. Cette tutelle politique, c’était quelque chose qu’on n’avait jamais vue jusque-là.» Le document a été retiré du site de l’Ademe sur demande du premier ministre.
La manifestation qui se tient ce jeudi était initialement prévue mercredi dernier, mais a été reportée en raison de la canicule. Une symbolique qui n’a pas échappé aux syndicats. Un employé* membre de la CGT de l’Institut géographique national (IGN) rappelle que «notre capacité collective à lutter contre le réchauffement climatique dépend de la survie des agences».
«Une mobilisation sans commune mesure»
«Remettre en cause ces agences environnementales et sanitaires est un reniement de l’histoire», a ajouté l’un de ses collègues de Santé publique France. Cette institution a été créée à la suite de scandales sanitaires comme celui du sang contaminé ou celui du chlordécone. Or une mission de l’inspection générale interministérielle des affaires sociales (Igas) a été mise en place pour savoir si les campagnes de prévention de l’établissement, autrefois validées à la marge par le gouvernement et réalisées en toute indépendance, pouvaient être prises en charge par le ministère de la santé ou l’Assurance maladie, explique Olivier Delmer. «L’heure est grave ! Nous ne faisons pas de la publicité pour l’action du gouvernement, mais des campagnes de prévention fondées sur la science», s’insurge l’un de ses collègues.
Résultat, au sein de SPF, «il y a une mobilisation sans commune mesure avec ce qu’on a pu connaître par le passé. Pour la première fois de notre histoire, on a atteint plus de 43% de taux de participation de grévistes le 7 avril dernier», appuie-t-il. Au printemps déjà, le personnel s’était mobilisé pour réaffirmer la nécessité d’indépendance de l’établissement face à ce projet de réorganisation.
La revendication d’une garantie d’autonomie scientifique est au cœur de la mobilisation des employé·es de toutes les agences, ce jeudi. «Ce qui se joue dépasse largement une réorganisation administrative, a insisté Didier Gabarda Oliva, de l’Ademe, lors d’une conférence de presse mercredi dernier. Ce qui est en cause, c’est la place du service public dans la transition écologique et sanitaire.» S’il partage le soulagement de ses confrères et consœurs sur le renoncement à une réforme de son institution, il redoute le budget qui sera voté à la fin de l’année après les discussions sur la loi de programmation des finances publiques 2027. Selon lui, ce sera une nouvelle occasion pour le gouvernement de raboter les budgets des agences.
*Ces personnes ont souhaité garder l’anonymat.










