
🌡️ Climat : le prochain exécutif devra faire (beaucoup) plus
En dix années au pouvoir, Emmanuel Macron a souvent eu l’occasion de défendre son action en matière d’écologie. «Personne n’a autant fait que nous depuis trois ans», expliquait-il dès 2020, avant que toute la macronie n’en fasse un mantra.
Le deuxième quinquennat d’Emmanuel Macron touche bientôt à sa fin. Quelques mois avant l’élection présidentielle de 2027, Vert revient sur ses dix années au pouvoir à travers une série rétrospective intitulée «C’était Macron». Pour ce troisième épisode, focus sur son héritage écologique et démocratique, en graphiques.
De fait, les émissions de gaz à effet de serre ont baissé comme jamais entre 2017 et 2026, de 3,15% par an en moyenne, contre -0,6% par an entre 1990 et 2016. Mais cela ne suffit pas à mettre la France sur les bons rails, alertent les expert·es année après année, notamment parce que les baisses constatées ont souvent résulté de crises – Covid-19, guerres en Ukraine et au Moyen-Orient… – et pas de transformations structurelles.

En juillet 2026, le gouvernement a officialisé l’ambitieuse trajectoire de baisse des émissions qu’il lègue au prochain exécutif. Mais le dernier rapport du Haut Conseil pour le climat estime que les moyens n’ont pas été mis en œuvre pour qu’elle soit respectée, pointant notamment un «affaiblissement des dispositifs liés à l’action climatique en 2025 et 2026», conjugué à des «financements sous-dimensionnés».
⛽ Énergie : le pouvoir d’achat plombé comme jamais
«Il faut nous désintoxiquer des énergies fossiles», affirmait le chef de l’État en 2018 dans un discours consacré à la transition écologique. Sept ans plus tard, «la question n’est plus que climatique, elle touche désormais à l’intérêt national», abonde son premier ministre, Sébastien Lecornu.
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Ces dernières années, la France a payé très cher sa dépendance aux énergies fossiles importées : l’invasion de l’Ukraine par la Russie (2022), puis le conflit déclenché par les États-Unis et Israël en Iran (2026), ont fait s’envoler les prix de l’énergie, plombant l’économie et le pouvoir d’achat des Français·es. Les salaires réels (lorsque l’on tient compte de l’inflation) sont en baisse depuis 2019, une première depuis 1983-1985. D’après des calculs de l’Institut français d’économie (IFE), réalisés pour Le Monde, la chute du pouvoir d’achat depuis 2024 correspond à une perte de 1 200 euros par famille en moyenne.

Pourtant, entre ces deux dates, trop peu a été fait pour décarboner l’économie française. En avril dernier, le gouvernement a lancé un plan d’électrification des usages, qu’il compte financer «sans argent nouveau» mais en réorientant des sommes jusqu’ici allouées aux économies d’énergie. Quant à la filière des énergies renouvelables, elle est plongée dans une profonde crise à cause des reniements du gouvernement.
💀 Santé et agriculture : l’usage des pesticides n’a pas diminué
Dans son programme présidentiel de 2017, Emmanuel Macron avait promis de placer la France «en tête du combat contre les perturbateurs endocriniens et les pesticides». Motif : «ils sont l’une des principales causes de l’augmentation des cancers des enfants depuis vingt ans», expliquait-il alors. Las, le poids du réel – et des lobbys – a eu raison de cette promesse. Un exemple parlant : l’interdiction du glyphosate, l’herbicide le plus utilisé en France et classé «cancérigène probable» par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ). Après avoir annoncé en novembre 2017 son interdiction «au plus tard dans trois ans», le président est revenu sur sa promesse en janvier 2019.

Au global, les ventes de pesticides sont restées stables sous ses deux mandats, même si celles des produits les plus dangereux pour la santé ont nettement reculé. Dans l’intervalle, de plus en plus d’études ont confirmé les liens entre pesticides et cancers.
🏛️ Politique : l’extrême droite aux portes du pouvoir
Au soir de sa première élection, en mai 2017, Emmanuel Macron (66%) avait déclaré à propos des électeur·ices de Marine Le Pen (34%) : «Je ferai tout durant les cinq années qui viennent pour qu’ils n’aient plus aucune raison de voter pour les extrêmes.»
Raté. Les résultats des échéances électorales qui ont suivi dessinent au contraire un marchepied pour l’extrême droite. En témoignent les scores du Rassemblement national (et de ses allié·es) aux élections législatives de 2017 (13,2%), 2022 (18,7%) et 2024 (29,3%), ou encore la fulgurante progression de Marine Le Pen aux élections présidentielles : battue à 34% au second tour en 2017, elle réalise 41,45% en 2022.

Plus inquiétant, plusieurs textes reprenant des positions de l’extrême droite ont été adoptés à l’Assemblée nationale grâce aux voix conjuguées du bloc présidentiel et du RN. C’est le cas de la loi «pour contrôler l’immigration», promulguée début 2024 (le détail des votes), ou de la proposition de loi «visant à reconnaître une présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre» (rebaptisée «permis de tuer» par ses détracteur·ices), votée en juillet 2026.
✊ Mouvements sociaux : la contestation de plus en plus réprimée
Des Gilets jaunes au mouvement lycéen, les deux quinquennats d’Emmanuel Macron ont été émaillés de mouvements sociaux, dont certains ont été férocement réprimés. À tel point que l’État français a reçu les avertissements de nombreuses institutions, dont le Défenseur des droits, la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH), l’ONU ou encore le Conseil de l’Europe.
À propos du mouvement lycéen, toujours en cours, «la politique agressive de la police contre la jeunesse n’a jamais connu une telle ampleur, on n’a jamais eu autant de mutilés», constatait auprès de Vert le sociologue Sebastian Roché, spécialiste de la gestion des foules par la police.

Les défenseur·es de l’environnement, de plus en plus criminalisé·es, ne sont pas en reste. Outre la tentative inédite de dissoudre les Soulèvements de la Terre en mars 2023, l’association MDSE (Mouvement de soutien aux défenseur·es de l’environnement) constate un nombre de procès en augmentation constante : 52 ont été recensés en 2023, 93 en 2024, et déjà 80 en juillet 2025.
🗳️ Institutions : la défiance au plus haut
Alors que le candidat Emmanuel Macron martelait en 2016 la «nécessité d’une révolution démocratique en France», le président et ses allié·es ont, à l’inverse, régulièrement été accusé·es de contourner les contre-pouvoirs, de pousser les institutions à leurs limites ou de rompre avec des usages démocratiques.
Parmi les cas emblématiques : le refus d’Emmanuel Macron de nommer un·e premier·e ministre de gauche en dépit de la victoire du Nouveau Front populaire aux élections législatives de 2024 ; ou encore les manœuvres du camp présidentiel pour empêcher les débats parlementaires sur certains textes controversés, dont la loi agricole Duplomb.

Résultat, le niveau de confiance dans les institutions politiques s’est effondré en dix ans. Selon le baromètre annuel du Cevipof (Centre de recherches politiques de Sciences Po Paris), la confiance accordée au président de la République n’a jamais été aussi basse. Même chose pour l’Assemblée nationale. Et 77% des sondé·es estiment que la démocratie ne fonctionne «pas très bien» ou «pas bien du tout». Du jamais-vu.
💼 Emploi : la fabrique de travailleurs pauvres
S’il y a bien un héritage qu’Emmanuel Macron compte assumer, c’est celui-ci : sous sa présidence, le taux de chômage a baissé. Supérieur à 10% avant son élection, il a atteint un plus bas historique en 2022-2024, autour de 7%. Avant de repartir à la hausse depuis 2022.
Le chef de l’État n’a pas lésiné sur les moyens pour y arriver : assouplissement du code du travail, multiples réformes de l’assurance-chômage, subvention de l’apprentissage, généreuses aides aux entreprises (166 milliards d’euros en 2024). Mais cette politique de flexibilisation et de baisse du coût du travail a surtout produit de la précarité.

De fait, le taux de pauvreté n’a jamais cessé d’augmenter depuis son élection. En 2017, 8,5 millions de personnes vivaient sous le seuil de pauvreté en France (fixé à 60% du niveau de vie médian), soit 13,8% de la population. Elles étaient 1,3 million de plus en 2024, dont près d’un tiers en emploi. D’après l’Insee, le taux de pauvreté en France est aujourd’hui à son plus haut niveau depuis 1996, année où il a débuté ses mesures.
💰 Les inégalités au plus haut depuis au moins trente ans
Réduire la fiscalité du capital et des entreprises pour augmenter l’investissement privé : tel a été le pari d’Emmanuel Macron tout au long de ses deux quinquennats. En témoigne la baisse de l’impôt sur les sociétés, passé de 33,33% à 25% ; l’instauration d’une flat tax (un prélèvement à taux unique) de 30% sur les revenus du capital (contre jusqu’à 45% sur ceux du travail) ; ou encore la suppression de l’impôt sur la fortune (ISF, qui taxait l’ensemble du patrimoine), remplacé par un simple impôt sur la fortune immobilière (IFI).
Hélas, cette politique n’a pas eu les effets de «ruissellement» escomptés. La France est rapidement devenue championne du versement de dividendes, avec des montants payés aux actionnaires en hausse de 43% entre 2017 (52,1 milliards de dollars) et 2024 (74,2 milliards de dollars), selon le gestionnaire d’actifs Janus Henderson.

Selon Oxfam, la fortune des milliardaires français·es a doublé depuis son arrivée au pouvoir. Les 53 milliardaires tricolores sont désormais plus riches que plus de 32 millions de Français·es réuni·es, soit près de la moitié de la population. À l’inverse, selon l’Insee, les inégalités sont aujourd’hui à leur niveau le plus élevé depuis qu’il a débuté les mesures il y a trente ans.
💸 L’explosion de la dette publique : un héritage toxique
Du côté des finances publiques, cette politique fiscale a conduit à une sévère baisse des recettes qui, conjuguée à la hausse des dépenses en temps de crise (Covid-19, guerre en Ukraine…), a provoqué une dangereuse explosion de la dette publique, passée de 98% du PIB en 2017 à 119% au deuxième trimestre 2026 (Insee). Un héritage toxique pour le prochain exécutif, car il empêche les investissements publics futurs.












