DuckDuckGo, Qwant, Ecosia… Quel moteur de recherche choisir pour sortir de la dépendance à Google ?

Poker moteur.
Plus de neuf recherches internet sur dix passent par Google, au prix d’une collecte massive de nos données. Des alternatives plus respectueuses de la vie privée existent pourtant, dont plusieurs sont européennes. Vert passe au crible six d’entre elles.
Le moteur de recherche Qwant se positionne comme l’un des plus ambitieux en termes de «souveraineté numérique» européenne. © Capture d’écran Qwant

C’est quoi le problème ?

Google est le leader incontesté de la recherche en ligne. Le géant étasunien détient près de 90% des parts de marché mondiales, loin devant les 5% de son concurrent Bing, propriété de Microsoft. Les autres acteurs se partagent les miettes. Cette domination repose sur un algorithme puissant, qui fournit des réponses rapides et pertinentes – même si la qualité des résultats est de plus en plus critiquée, notamment depuis l’irruption des résumés «AI Overviews», dopés à l’intelligence artificielle.

💻 Cet article fait partie de notre série qui vous aide à sortir de la dépendance aux Gafam (Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft). Dans cet épisode, on se penche sur les moteurs de recherche, un marché dominé de la tête et des épaules par Google. 👉 Cliquez ici pour découvrir d’autres articles qui vous aident à fuir les Gafam.

Cette efficacité se paie en cédant l’accès à une partie de notre vie privée. Google, comme Microsoft, collecte massivement nos données : localisation, historique de recherche, type d’appareil, habitudes de navigation… Elles servent à vendre aux annonceurs une publicité ultraciblée, selon le genre, l’âge, la profession ou encore les centres d’intérêt de l’internaute.

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Via les enchères publicitaires en temps réel, dont Google est le premier acteur, les données d’un·e internaute européen·ne sont diffusées en moyenne 376 fois par jour à des entreprises tierces, d’après un rapport de l’Irish council for civil liberties de 2022.

Autre problème, l’algorithme de Google entraîne un effet de «bulle de filtre». Les résultats sont adaptés en fonction du profil de l’internaute pour le ou la maintenir engagé·e, ce qui tend à conforter ses croyances et ses préférences.

D’autres moteurs de recherche existent, mais rares sont ceux qui disposent de leur propre index, cet immense annuaire du web constitué par des robots qui parcourent les pages en continu. Le construire coûte une fortune : la plupart louent donc celui de Bing ou de Google, en adaptant les résultats à leur propre algorithme. «Ces moteurs de recherche servent de barrière entre le géant du web et l’utilisateur ou utilisatrice. Cela permet de mieux protéger ses données par rapport à une utilisation directe de Google ou Bing», explique Gaëtan Chabert, référent communication chez Framasoft, une association qui promeut les logiciels libres.

DuckDuckGo, le principal concurrent

Fondé en 2008 à Paoli, en Pennsylvanie (États-Unis), DuckDuckGo a fait de la confidentialité son cœur de métier. Il n’y a ni suivi de l’utilisateur·ice, ni profilage, ni personnalisation des recherches : chaque internaute obtient les mêmes résultats pour une même requête, ce qui limite l’effet de bulle. Pour les recherches, il s’appuie sur l’index de Bing, complété par son robot maison, DuckDuckBot. Le partenariat avec le russe Yandex a été suspendu après l’invasion de l’Ukraine par Moscou en mars 2022.

Le moteur vit des publicités liées à la requête, et non au profil de l’utilisateur·ice, et des abonnements. Depuis peu, il propose des réponses générées par l’IA. «Ce qui est positif, c’est que l’on peut désactiver l’IA, comme les publicités. C’est facilement modifiable dans les paramètres, contrairement à Google», où c’est plus compliqué, souligne Gaëtan Chabert, qui estime que DuckDuckGo a fait ses preuves en termes de confidentialité et d’efficacité. C’est d’ailleurs le principal concurrent des géants du web, avec 0,74% de parts de marché. Bémol : soumise au droit étasunien, l’entreprise peut être contrainte de coopérer avec l’administration Trump.

Startpage, Google sans le pistage

Héritier d’Ixquick, né à New York en 1998 puis passé sous pavillon néerlandais, Startpage est l’un des seuls moteurs de recherche alternatifs à s’appuyer sur les résultats de Google. Il bénéficie donc de la puissance du géant – bien que les résultats mettent un peu plus de temps à s’afficher – mais sans pistage, ni collecte de données (adresse IP, localisation, historique de recherche). Cette particularité peut plaire aux internautes habitué·es à Google et qui peineraient à utiliser autre chose.

Volontairement sobre, Startpage propose peu de services associés et n’intègre pas d’IA à ses réponses. Point de vigilance : en 2019, Privacy One Group, filiale de l’américain System1, spécialiste de la publicité en ligne, a pris le contrôle majoritaire de l’entreprise. Startpage assure que ses fondateurs gardent un droit de veto sur toute modification menaçant la vie privée et, jusqu’à présent, aucun changement majeur n’a été constaté.

Brave Search, l’indépendant

Lancé aux États-Unis en 2021 par l’éditeur du navigateur Brave, c’est le seul de cette sélection à reposer entièrement sur son propre index : il a cessé d’utiliser Bing en 2023. Une option, désactivée par défaut, permet toutefois d’interroger anonymement Google quand le nombre de résultats qui s’affichent est insuffisant.

Brave Search assure lui aussi sur la confidentialité et la protection de la vie privée de ses utilisateur·ices. Par ailleurs, il a misé très tôt sur l’intelligence articifielle : comme chez Google, une synthèse boostée à l’IA apparaît en haut des résultats de recherche et les utilisateur·ices du navigateur peuvent discuter avec l’agent conversationnel Leo. Le navigateur Brave propose aussi d’afficher, si on le souhaite, des publicités. En échange, l’internaute reçoit 70% des revenus générés, sous forme de «Basic Attention Tokens» (BAT), une cryptomonnaie que l’on peut dépenser en ligne ou convertir en argent.

«De mon côté, je ne préconise pas Brave en raison des positions homophobes de son PDG et cofondateur», souligne toutefois Gaëtan Chabert. Avant de prendre la tête de Brave en 2014, Brendan Eich avait dû quitter la direction du navigateur web libre Mozilla. Cela faisait suite à la révélation d’un don qu’il avait fait, quelques années plus tôt, à la campagne californienne contre le mariage homosexuel.

Qwant, l’ambition souveraine

Lancé en 2013 et aujourd’hui contrôlé par Octave Klaba, fondateur du leader européen des services d’hébergement OVHcloud, le moteur de recherche français a longtemps dépendu de l’index de Bing. Avec l’allemand Ecosia, il développe depuis 2024 un index européen, Staan. Celui-ci fournit une part croissante des résultats en français depuis 2025. «Cette initiative va dans le bon sens, en défendant une souveraineté européenne face aux entreprises américaines», estime Damien Van Achter, spécialiste du numérique et chargé des programmes d’innovation à l’Institut des hautes études des communications sociales.

Là encore, l’entreprise met la confidentialité au cœur de son modèle : pas de traçage publicitaire ni de revente de données. Depuis 2018, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) a toutefois adressé à Qwant plusieurs rappels à ses obligations légales en matière de protection des données. L’entreprise a corrigé sa politique de confidentialité en 2020.

Ecosia, le moteur qui plante des arbres

Fondé à Berlin en 2009, Ecosia reverse l’intégralité de ses bénéfices à des projets climatiques, surtout de reforestation : plus de 250 millions d’arbres ont déjà été plantés, selon l’entreprise, avec des espèces indigènes et en évitant la monoculture. Ce sont les clics sur les annonces, liés à la recherche et non au profil de l’internaute, qui financent le modèle. Toutefois, comme Vert l’a déjà souligné, ses promesses écologiques sont à relativiser : par la multiplication des infrastructures, Ecosia participe au fort impact environnemental du numérique mondial.

Ses résultats de recherche proviennent de Bing, Google et de l’index Staan, codéveloppé avec Qwant. En plus de l’aspect environnemental, Ecosia s’attache à protéger la vie privée de ses utilisateur·ices, en chiffrant les recherches et en collectant uniquement les données nécessaires à son fonctionnement. L’internaute peut toutefois accepter une expérience de navigation plus personnalisée, avec des annonces ciblées.

Lilo, le solidaire

Créé en France en 2014, Lilo transforme les recherches des internautes en «gouttes d’eau» que l’on attribue à des projets sociaux ou environnementaux. Selon Lilo, qui signifie «généreux» en hawaïen, plus de 5 millions d’euros ont été reversés à des organismes et associations depuis sa création.

Si l’entreprise collecte certaines données nécessaires à son fonctionnement et à son modèle, elle reste respectueuse de la vie privée de ses utilisateur·ices : leurs données ne sont pas revendues à des tiers. Ses résultats de recherche s’appuient encore majoritairement sur Bing. Mais son rachat par Qwant, en mai 2025, devrait l’orienter vers l’index européen.

Qu’en est-il du navigateur ?

En plus du moteur de recherche, il peut être intéressant de changer de navigateur, le logiciel conçu pour surfer sur le web. Là encore, Google assoit sa domination : près de 70% des internautes dans le monde utilisent son navigateur maison, Chrome. Par ailleurs, Edge (Microsoft), Opera ou Brave se basent eux aussi sur Chromium, la version libre de Chrome, bien qu’ils adaptent le navigateur à leurs spécificités. Safari, de son côté, repose sur la technologie d’Apple.

Pour sortir des Gafam, il vaut donc mieux se tourner vers Mozilla Firefox, le dernier grand moteur de navigation indépendant des géants du web, comme le souligne Gaëtan Chabert : «Utiliser Firefox, plus qu’une question technique, est une question politique. Cela permet de montrer qu’il n’y a pas uniquement la vision de Google sur internet : il en existe d’autres, plus communautaires.»

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