Microsoft Word, Excel, Google Drive… Comment sortir de la dépendance aux géants du web au travail ?

Fais Gafam.
Microsoft et Google règnent presque sans partage sur nos logiciels de bureau. Mais cette dépendance coûte cher, fragilise notre souveraineté numérique et n’a rien d’une fatalité. Des alternatives libres et européennes existent. Vert fait le point.
Microsoft se cache derrière Word, Excel ou PowerPoint. © Adobe stock

Le constat donne le vertige. Sur les quelque deux milliards d’euros que représente le marché français des outils bureautiques – type Word, Excel et PowerPoint – Microsoft capte 80 à 90% des parts et Google près de 10%. C’est ce qu’expliquait Alain Garnier, président de Jamespot, éditeur français de logiciels pour entreprises, lors de son audition à l’Assemblée nationale, dans le cadre d’une commission d’enquête parlementaire consacrée à la souveraineté numérique, le 29 avril.

💻 Cet article fait partie de notre série qui vous aide à sortir de la dépendance aux Gafam (Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft). Dans cet épisode, on se penche sur les suites bureautiques, un marché écrasé par Microsoft. 👉 Cliquez ici pour découvrir d’autres articles qui vous aident à fuir les Gafam.

Cette domination pèse sur les finances publiques. Dans un rapport publié le 22 octobre, la Cour des comptes estime que l’État pourrait économiser 30 à 65 millions d’euros par an en adoptant davantage de logiciels libres. Une broutille, comparée aux estimations de la commission d’enquête parlementaire. Elle évalue à au moins 1,5 milliard d’euros par an les dépendances des administrations aux éditeurs étatsuniens et estime qu’un milliard pourrait être réorienté vers des alternatives open source. En d’autres termes, des alternatives dont le code informatique est accessible à toutes et tous, modifiable et redistribuable librement.

Cet article est en accès libre.

Je fais un don

La dépendance commence souvent sur les bancs de l’école. «Dès le lycée et l’université, de nombreux utilisateurs sont familiarisés avec les produits des grandes entreprises technologiques», explique Sophie Gauthier, fondatrice de The Document foundation, qui pilote LibreOffice, une suite bureautique gratuite et libre.

Des enjeux de confidentialité et de souveraineté

À cette habitude s’ajoute un réflexe de confiance envers les multinationales, même lorsque leurs solutions ne sont pas les meilleures. Le piège se referme ensuite sur les organisations. «Les utilisateurs se retrouvent enfermés dans des solutions dont ils ne maîtrisent ni l’évolution ni les conditions commerciales», alerte Bertille Mazari, cofondatrice de Lasuite.coop, suite bureautique issue d’une coopérative française.

S’ajoutent les enjeux de confidentialité et de souveraineté. Même hébergées en Europe, certaines données confiées à des entreprises étatsuniennes peuvent relever du Cloud Act : cette loi permet aux autorités américaines d’en demander l’accès, sous conditions. Bertille Mazari évoque également «le risque de coupure d’accès à un service, parfois qualifié de “kill switch”, dans un contexte de sanctions ou de décisions politiques».

Changer de suite bureautique ne se résume pas à installer un nouveau logiciel. «Il faut définir précisément le périmètre du projet, inventorier les fonctionnalités utilisées, identifier les différences de fonctionnement entre les solutions, préparer la communication et les formations, puis organiser le déploiement», liste Sophie Gauthier, qui rappelle que toute migration a un coût financier.

Mais rester dépendant aussi, souligne Bertille Mazari. Car si une organisation perd brutalement l’accès à ses outils, les conséquences économiques peuvent être beaucoup plus importantes. Et changer d’application peut devenir l’occasion de repenser ses méthodes de travail tout en soutenant des emplois et des compétences européennes. Alors, quelle solution choisir à la place de Microsoft 365 et Google Workspace ? Voici cinq alternatives.

Infomaniak, pour une suite complète et aboutie

Infomaniak est une entreprise suisse qui, en plus d’offrir une boîte mail gratuite de 20 gigaoctets (Go) sans publicité, hébergée dans ses propres centres de données, propose une suite complète, kSuite. Celle-ci comprend un espace de stockage, kDrive ; un outil de visioconférence, kMeet ; une messagerie instantanée, kChat ; un agenda et des outils bureautiques.

L’entreprise, dont une fondation détient la majorité des droits de vote depuis mai 2026, est transparente sur le plan environnemental. Elle publie ses bilans carbone, mise sur de l’électricité renouvelable, récupère la chaleur des serveurs et revendique une compensation de ses émissions à hauteur de 200% depuis 2017.

Lasuite.coop, pour défendre un modèle économique alternatif

Et si les utilisateur·ices avaient leur mot à dire sur leurs logiciels ? C’est le pari de Lasuite.coop, projet lancé début 2025 par des acteurs de l’économie sociale et solidaire. Ici, client·es et partenaires peuvent devenir copropriétaires et participer aux orientations de l’entreprise. Une partie du chiffre d’affaires est reversée aux communautés du logiciel libre.

Si l’offre se construit progressivement, sans publicité ni traçage publicitaire, elle propose déjà des outils de visioconférence, de notes, de messagerie, de tableur et un gestionnaire de mots de passe. Ses données sont hébergées en Allemagne, avec des sauvegardes en Finlande.

Son talon d’Achille ? Une intégration encore imparfaite entre les outils. «L’expérience intégrée n’est donc pas encore aussi aboutie que celle de Google ou de Microsoft», reconnaît Bertille Mazari. Attention à ne pas confondre LaSuite.coop avec LaSuite numérique de l’État français, sans lien juridique ou commercial.

LibreOffice, la liberté avant tout

Gratuit, open source et utilisable sans connexion internet, LibreOffice est une valeur sûre pour rédiger des documents, créer des tableaux ou préparer des présentations. Disponible sur Windows, macOS et Linux, le logiciel permet de conserver ses documents localement, sans les transmettre automatiquement à un fournisseur cloud.

Il est né en 2010 d’une rupture avec OpenOffice, une suite logicielle de bureautique gratuite et libre qui a fini par intégrer le giron de l’Américain Oracle. La suite LibreOffice est pilotée par The Document foundation, fondation allemande indépendante et sans actionnaires. En 2025, plus de 90% de ses quelque 2,2 millions d’euros de recettes provenaient de dons. Notons que certains fichiers Microsoft complexes restent parfois difficiles à utiliser sur LibreOffice.

Linagora, pour défendre la souveraineté française

Fondée en 2000, Linagora est une entreprise française qui développe, intègre et accompagne des solutions open source. Avec Twake Workplace, elle réunit messagerie, stockage, communication et édition collaborative, avec des possibilités d’hébergement sur des infrastructures choisies par les client·es, notamment françaises ou européennes. Cette souveraineté n’exclut cependant pas les dépendances, Twake s’appuie sur des composants tiers, comme OnlyOffice (voir ci-dessous).

OnlyOffice, l’alternative la plus familière à Microsoft

Avec son interface moderne et sa bonne compatibilité avec Word, Excel et PowerPoint, OnlyOffice offre un changement en douceur aux habitué·es de Microsoft. La suite propose l’édition collaborative et peut être installée sur des serveurs privés pour mieux contrôler les données. Développée par une société lettone, OnlyOffice appartient indirectement depuis 2023 à une holding singapourienne.

Son histoire comporte également des liens avec l’écosystème russe, que l’entreprise affirme avoir rompus sur le plan opérationnel dès 2019. Ces relations avec la Russie ont conduit l’université technique de Berlin à mettre fin à sa relation commerciale avec OnlyOffice en 2023. Dans le même temps, son offre repose en partie sur les services cloud d’Amazon, AWS, et certains composants de suivi de Google sont présents dans son écosystème. De quoi poser quelques questions en matière de confidentialité.

En conclusion, Vert recommande Infomaniak et sa kSuite : une suite complète et relativement mature, avec un hébergement européen. Par ailleurs, les engagements environnementaux de l’entreprise sont bien documentés. Mais si l’absence d’édition collaborative en temps réel n’est pas un problème pour vous, Vert recommande LibreOffice. Ce dernier ne nécessite aucun compte, permet de conserver ses documents localement et fait de la confidentialité de vos documents une priorité.

Les alertes sur l’impact sanitaire et écologique des produits du quotidien se multiplient, une part croissante de la population veut consommer de manière plus saine et écologique et pourtant, les informations vitales manquent cruellement.

Chez Vert, nous croyons à un journalisme d’intérêt public. Contre le greenwashing et la désinformation, nous choisissons les faits scientifiques et les vraies solutions.

Dans notre rubrique Label Vert, nos journalistes analysent des produits, décryptent des tendances et répondent de manière sourcée aux questions que vous vous posez sur la consommation. À Vert, nous le savons : une bonne information, c’est bon pour la santé.

Pour faire cela en toute indépendance, libres des pressions économiques et politiques, nous avons fait le choix d’être financés par les dons de nos lecteurs et lectrices.

💚 Pour soutenir notre travail, 100% indépendant et à votre service, rejoignez le Club de Vert à partir de 5€ par mois.

C'est parti