«Un risque 150% plus élevé» : le lien entre l’exposition aux pesticides et les cancers enfin démontré

Une nouvelle étude scientifique, parue dans Nature Health, a établi mercredi un lien «solide entre le risque d’exposition aux pesticides dans l’environnement et l’incidence du cancer». Elle est le fruit d’une collaboration de six ans entre chercheur·ses péruvien·nes et français·es, et a été conduite au Pérou, pays «marqué par une agriculture intensive dans certaines régions, une grande diversité de climats et d’écosystèmes, ainsi que de fortes inégalités sociales et territoriales», précise l’étude.

31 pesticides différents ont été étudiés par les chercheur·ses. © Photo d’illustration Flickr

Pour parvenir à cette conclusion, les chercheur·ses ont d’abord élaboré un «modèle» qui reproduit le transport et la dégradation des pesticides depuis leur site d’application jusqu’aux zones de dépôt en aval. Ce modèle «calcule, à l’échelle nationale, le devenir environnemental des 31 pesticides les plus couramment utilisés dans le pays», notent les scientifiques. Cette carte a ensuite été croisée avec les données de patient·es atteint·es de cancer dans le pays, entre 2007 et 2020. En tout, 158 072 cas de cancers primaires (la première tumeur cancéreuse qui se forme) ont été recensés et cartographiés.

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Cette superposition a permis d’identifier 436 zones «où les populations sont à la fois plus susceptibles d’être exposées aux pesticides dans l’environnement et davantage touchées par certains cancers», note l’étude. C’est le cas dans les Andes, où des foyers sont apparus «dans les vallées interandines, où le relief escarpé accélère le ruissellement de surface des pesticides». Dans ces zones réparties sur l’ensemble du territoire, le risque de développer un cancer variait de +14 % à +838 %, avec une augmentation moyenne d’environ +150 %, selon l’étude.

«Effet cocktail»

Les cancers recensés dans ces clusters étaient ceux du système digestif (foie, intestin grêle), de la peau, des organes génitaux féminins (ovaire, endomètre, col de l’utérus…), du poumon et du rein. Cette prévalence s’explique par des «mécanismes multiples», d’après les chercheur·ses. Déjà, les pesticides «présentent des risques inhérents pour la santé humaine». Mais ces effets sont renforcés par les «mélanges complexes de substances actives» : le fameux «effet cocktail».

Cette étude est la première à établir un lien, en conditions réelles et à l’échelle d’un pays entier, entre l’exposition aux pesticides et le risque de cancer. D’ordinaire, les approches sont centrées sur l’évaluation des effets substance par substance.

Cette avancée est d’autant plus marquante qu’aucun des 31 pesticides étudiés n’est classé comme cancérogène par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ). Des combinaisons de pesticides, pourtant jugés sûrs séparément, peuvent donc être associées à des effets sanitaires graves. Ces résultats ont «des implications importantes pour les politiques de santé à l’échelle mondiale», insistent les scientifiques, qui soulignent «la nécessité urgente de mettre en place des mesures politiques ciblées».

Combien d’années d’inaction politique ? Combien de victimes ?

Après les scandales de l’amiante, du plomb, ou du chlordécone, l’histoire semble se répéter aujourd’hui avec les PFAS, le cadmium, les pesticides toxiques, les perturbateurs endocriniens et tant d’autres nouvelles substances.

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Zoé Moreau