Chose promise, chose due – ou presque. En juin 2025, l’ancien ministre de la santé Yannick Neuder avait fait la promesse du remboursement, dès l’automne, du dépistage des Français·es au cadmium. Ce métal lourd contamine la population française à 98% par l’alimentation et fait courir des risques graves sur les reins, les os, la reproduction et augmente la probabilité, sur le long terme, de développer certains cancers.

Près d’un an plus tard, le dispositif arrive enfin. Mardi, les syndicats de laboratoires d’analyses ont confirmé à l’Agence France-Presse (AFP) qu’un accord tarifaire avait été trouvé avec l’Assurance maladie, ouvrant la voie à un remboursement au cours des prochaines semaines. Le test a été fixé à 27,50 euros, avec une prise en charge à 60% par la Sécurité sociale et à 40% par les complémentaires santé. «Cet accord a été trouvé mi-mars, dans le cadre de la commission de hiérarchisation des actes de biologie médicale», a précisé François Blanchecotte, président du Syndicat des biologistes (SDBIO). Sa publication au Journal officiel doit encore intervenir dans les prochaines semaines.
«Ce n’est pas parce que vous habitez dans le Jura que vous consommez des produits du Jura»
Un remboursement du dépistage, très bien, mais pour qui ? Selon le projet d’arrêté que Vert a pu consulter, seules les «personnes potentiellement surexposées au cadmium du fait de leur lieu de résidence» seraient éligibles à ce remboursement – confirmant les informations de Radio France de jeudi. Sont visées les zones «dont le sol a été préalablement reconnu par les autorités compétentes comme étant pollué[es] par le cadmium».
C’est une «ineptie», réagit le cardiologue Pierre Souvet auprès de Vert. «Ce n’est pas parce que vous habitez dans le Jura que vous consommez des produits du Jura. Ça ne tient pas debout ! À moins que ces tests ne s’adressent qu’aux personnes qui mangent des légumes de leur potager…», tonne-t-il.

Rappelons que le cadmium est naturellement présent dans l’environnement, mais est contenu surtout dans les engrais phosphatés, des fertilisants fabriqués à partir de roches contenant du phosphore que les agriculteur·ices (surtout en conventionnel) utilisent pour augmenter les rendements. Certaines zones, en France, sont davantage contaminées que d’autres – la Charente, le Jura, et le bassin parisien par exemple – pour des raisons géologiques mais aussi en raison de pratiques agricoles qui reposent plus ou moins sur l’utilisation de ces engrais.
«Nous envisagions de relancer une analyse des sols pour détecter une éventuelle hausse dans les zones de grandes cultures»
Autre limite majeure : l’absence de cartographie récente et précise. La seule carte nationale disponible remonte à 2011, établie par le Groupement d’intérêt scientifique Sol (Gis Sol) – rattaché à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement, l’Inrae –, à partir de prélèvements réalisés entre 2000 et 2009. Des données désormais vieilles, pour certaines, de plus de 25 ans.
Or la situation a très probablement évolué. Selon l’étude Esteban, publiée en 2021, l’imprégnation des Français·es au cadmium a doublé en une décennie. «Nous envisagions de relancer une analyse des sols pour détecter une éventuelle hausse dans les zones de grandes cultures», explique à Vert Claudy Jolivet, chef de projet du réseau de mesures de la qualité des sols au Gis Sol. Mais le projet est resté lettre morte : «Nous avons évalué le coût pour Santé publique France et indiqué que nous étions prêts à mener ces analyses. Il n’y a jamais eu de suite.»
Flou du ministère de la santé
Interrogé sur la restriction du dépistage à certains territoires, le cabinet de la ministre de la santé, Stéphanie Rist, assure qu’il ne s’agira pas «d’un zonage national prédéfini (type liste de régions ou de départements) ouvrant automatiquement droit au dépistage», mais d’un dispositif fondé sur «l’identification de situations individuelles d’exposition», sans en préciser les critères.
«Il est essentiel de savoir où et pour qui ces tests seront proposés»
Une position qui entretient le flou, alors même que les discussions initiales semblaient orientées vers une logique de restriction à certaines zones. Pour Pierre Souvet, la solution est pourtant simple : un remboursement généralisé, «pour tout le monde». Aujourd’hui facturé à environ 45 euros, le test reste peu accessible sans prise en charge. Selon lui, les réticences du gouvernement tiennent surtout à des considérations budgétaires : «Il craint un afflux trop important de demandes et un coût trop élevé.»
D’autres acteurs évoquent un risque politique. Boris Loquet, directeur des laboratoires d’analyses médicales Inovie, met en garde : «Le gouvernement pourrait se retrouver confronté à un scandale sanitaire. S’il freine le déploiement du dispositif, c’est peut-être aussi qu’il redoute les résultats de ces tests.»
Avant son entrée en vigueur, l’accord doit encore être publié au Journal officiel. Des précisions pourraient être apportées sur son périmètre d’application, indique à Vert Jean-Claude Azoulay, président du Syndicat national des médecins biologistes (SNMB). «Il est essentiel de savoir où et pour qui ces tests seront proposés», insiste-t-il.