Cette année, la participation aux élections municipales a atteint presque 50% à 17h, en hausse de dix points par rapport au scrutin de 2020, en pleine pandémie de Covid-19. Un pourcentage en baisse de près de 5 points par rapport à 2014. Les élections de 2020 avaient traduit un intérêt marqué pour l’écologie, avec l’arrivée en tête, dans de nombreuses villes, de listes qui en faisaient une priorité. Cette année, les citoyen·es que Vert a rencontré·es étaient partagé·es sur l’importance à accorder aux enjeux environnementaux au moment de glisser leur bulletin dans l’urne.

«La pollution de l’air à Paris a joué dans mon choix», assure Amélie*, la vingtaine, à la sortie du bureau de vote de l’école Cécile Rol-Tanguy, dans le 20ème arrondissement de la capitale. À quelques pas de l’énorme échangeur autoroutier de Bagnolet, elle est venue voter au premier tour des municipales, pour elle et pour une amie dont elle avait la procuration.
Ici, les habitant·es se sont habitué·es aux nuisances de ce nœud routier, sur lequel passent 300 000 voitures par jour. 35 000 personnes vivent à proximité et sont exposées à des niveaux de pollution supérieurs au seuil fixé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Pour Houria Hamdache, «la pollution de cet échangeur est une catastrophe, mais je fais confiance au candidat que j’ai choisi sur cette question», affirme la quarantenaire. En 2024, les villes de Paris et Bagnolet (Seine-Saint-Denis), avec d’autres acteurs publics, ont lancé un projet de partenariat d’aménagement pour tenter de réduire la pollution et de végétaliser la zone. De premières études sont en cours.
De l’autre côté du périphérique, à Bagnolet, nombre d’électeur·ices se sont habitué·es à cette nuisance et la lutte pour une meilleure qualité de l’air n’est pas un critère pour choisir leur candidat·e. «L’échangeur a toujours été là», souffle l’un d’entre elles et eux dans un haussement d’épaules.
À Ivry-sur-Seine, l’incinérateur de déchets inquiète
En face de l’incinérateur d’Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), le plus grand et vieux d’Europe, il n’y a pas foule devant l’école Dulcie September pour glisser son bulletin dans l’urne. Difficile d’échapper au panache de fumée blanche qui monte dans le ciel bleu juste au-dessus du bureau de vote. «Les enfants viennent à l’école ici et respirent ces fumées, on a bien conscience de la pollution, déplore Nathalie*. On espère que les gens pour qui on vote auront un impact sur Suez, l’opérateur de l’incinérateur, pour qu’il y ait plus de transparence concernant les rejets.»
Fin 2025, des études ont révélé des taux conséquents de polluants persistants (dioxines, PFAS et métaux lourds) dans l’air, le maire communiste Philippe Bouyssou a saisi l’Autorité régionale de santé pour demander des analyses complémentaires et évaluer les risques sanitaires pour les habitant·es.

Boubou, 9 ans, a accompagné sa maman voter dans son école Guy-Moquet, non loin du site de traitement des déchets. L’incinérateur, elle le connaît bien, elle a même fait un exposé dessus et a pu rencontrer le maire de la ville pour lui en parler. «Mais même quand les enfants interpellent, on n’a pas de réaction satisfaisante, regrette sa mère. On commence à savoir qu’il y a des problèmes de santé chez certains habitants à cause de l’incinérateur, donc bien sûr que ça joue dans notre vote, mais on n’est pas vraiment convaincu par les candidats.»
Pour Joséphine, «le sujet de l’incinérateur montre comment les élus font de la politique. Il révèle leur stratégie : certains à droite instillent la peur, d’autres à gauche proposent des solutions concrètes», pense-t-elle.
Alors qu’il sort du bureau de vote, Wilene, la cinquantaine, est plus nuancé. Il ne s’indigne plus de cette pollution et elle n’a pas été un critère pour choisir son candidat·e. «Les dioxines, il y en a partout de toute façon, lance-t-il, il faut bien traiter les ordures quelques part, ma famille vit dans les Ardennes ; là-bas, ils sont contaminés aux PFAS : la contamination vient de multiples sources !» Comme lui, d’autres électeur·ces se montrent moins inquiet·es, habitué·es à la présence du site en bordure de Seine : «Je sais que certains ne l’aiment pas, mais moi j’ai pris le parti d’acheter pas loin ; il est là, c’est comme ça», lâche Laure à la sortie du bureau de vote.
Près de l’aéroport de Roissy, l’ombre du trafic aérien
À 72 ans, Jean envisage de quitter Roissy-en-France (Val-d’Oise) après quarante ans passés dans la commune. Il y a quelques mois, le groupe Aéroports de Paris (ADP) a présenté un projet d’extension de l’aéroport international Roissy-Charles-de-Gaulle. Un chantier estimé à 6 milliards d’euros, qui permettra d’accueillir 14 millions de passager·es supplémentaires d’ici 2034, avec à la clé 74 000 vols additionnels chaque année. «Évidemment que la pollution m’inquiète, confie-t-il. L’aéroport a des impacts évidents qu’on ne peut pas ignorer.»
Le 18 février dernier, un collectif d’élu·es à l’échelle locale et nationale s’y était d’ailleurs opposé, dans une tribune publiée dans Le Monde. Le transport aérien est l’un des modes de déplacement les plus polluants : il représente à lui seul 6,8% des émissions de CO2 en France, un gaz directement responsable du réchauffement climatique.
Ce projet constitue aussi «une menace pour la santé et la qualité de vie de millions de Franciliens déjà durement exposés aux nuisances sonores et aux polluants rejetés par les avions», écrivaient les signataires de la tribune. Jean confie ne pas compter particulièrement sur sa future maire pour porter sa voix, mais espère tout de même que le projet d’extension ne verra jamais le jour : «Vous savez, ici, c’est un atterrissage toutes les cinquante secondes, jusqu’à deux heures du matin. J’ai compté moi-même depuis ma fenêtre ! Plus d’avions, ce serait trop.»
«L’écologie, j’en ai rien à cirer»
Comme lui, une vingtaine de jeunes, retraité·es et autres habitant·es se pressent ce dimanche devant l’unique bureau de vote de Roissy-en-France, cette commune de 2 600 âmes. À leurs uniformes bleu marine frappés des lettres «ADP», certain·es semblent même arriver tout droit de l’aéroport Charles-de-Gaulle, où elles et ils ont travaillé cette nuit.

Pour nombre d’entre elles et eux toutefois, l’écologie est loin d’être une priorité. «En toute honnêteté, j’en ai rien à cirer», confie Karim, entrepreneur de 45 ans. Nasser, restaurateur, et sa voisine France, 57 ans – elle travaille «dans les affaires» –, partagent son avis. «Nous, ce qu’on veut, c’est que cette ville tourne de nouveau. Que nos jeunes restent, que la mairie soutienne les commerçants. On aspire à autre chose que vivre dans une ville-dortoir !», témoigne cette dernière.
Nasser, lui, se dit davantage préoccupé par la pollution que pourrait provoquer ce trafic supplémentaire : «Parce que je cours énormément.» Contre ce projet d’extension, une pétition a vu le jour il y a quelques mois, et rassemble déjà près de 30 000 signatures. D’Ivry-sur-Seine à Roissy-en-France en passant par Bagnolet, il faudra attendre 20 heures pour savoir à quel point l’écologie a été une préoccupation des électeur·ices.
*Le prénom a été modifié.
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