En préparation depuis le début de l’année, le plan électrification du gouvernement, censé réduire notre dépendance aux fossiles (passer de la voiture thermique à l’électrique, du chauffage au fioul/gaz à la pompe à chaleur, etc.), était initialement attendu «avant l’été» 2026.
Mais la guerre au Moyen-Orient et l’envolée des prix à la pompe ont eu raison du calendrier. C’est que «la question n’est plus que climatique, elle touche désormais à l’intérêt national», écrivait récemment Sébastien Lecornu à ses émissaires pour leur demander de presser le pas.

Vendredi soir, le premier ministre a donc officialisé avec quelques semaines d’avance son plan pour «électrifier la France», même si, comme il l’a opportunément précisé, «les annonces de ce soir ne sont qu’une première étape». Pour l’heure, quelques (fausses) annonces et des objectifs vagues masquent mal une feuille de route encore très inaboutie.
Véhicule électrique : les précaires sur le bas-côté
Sur l’accès des plus précaires au véhicule électrique, le premier ministre se contente ainsi d’annoncer la troisième édition, en juin, du leasing social, un dispositif datant de 2024 et qui permet chaque année à 50 000 foyers modestes (moins de 16 300 euros de revenus annuels) d’accéder à une voiture électrique à loyer modéré.
«50 000 foyers dans un pays où 3,6 millions de Français déclarent être en précarité carburant. Est-ce vraiment sérieux ? On ne cible ainsi qu’1,4% de la population dans le besoin», avait réagi Lucas Chancel, codirecteur du laboratoire sur les inégalités mondiales, il y a quelques mois. Il estimait ainsi qu’«il faudrait viser un million de voitures en leasing social pour être à la hauteur». De son côté, le cabinet d’analyse économique I4CE suggérait de quadrupler le dispositif pour mettre au moins 200 000 foyers à l’abri dès cette année.
Dans le même ordre d’idée, le premier ministre a annoncé une aide spécifique à destination de 50 000 «gros rouleurs» sur plusieurs millions : «les aides à domicile, les aides-soignantes, les infirmières, les artisans, et plus globalement tous les salariés ou agents publics de notre pays», a-t-il égrené. «Pour eux, on va faciliter l’acquisition de véhicules électriques, avec une aide à l’achat qui ira jusqu’à 9 500 euros. Cela vise ceux qui touchent entre 2 000 et 3 000 euros nets par mois», a complété la ministre de l’énergie, Maud Bregeon, dans un entretien au Parisien.
Elle a également promis d’accompagner «les artisans et les commerçants, qui sont souvent les propriétaires d’utilitaires et consomment beaucoup de carburant […], avec une aide à l’achat qui passera de 5 000 à 9 500 euros pour cette gamme de véhicules». Le gouvernement vise ainsi un objectif de 50% d’utilitaires électriques vendus en 2030, contre 10% en 2025.
Fin des chaudières au gaz : une annonce qui n’en est pas une
Sur le logement, le premier ministre a fait sensation en annonçant une «bascule claire : dès la fin de cette année 2026, il ne sera plus possible d’installer des chaudières au gaz dans les constructions neuves». Une interdiction déjà en vigueur depuis 2022 pour les logements individuels et 2025 pour les logements collectifs.
Du reste, la construction neuve ne représente qu’environ 1% des logements existants. En revanche, le gaz approvisionne toujours 36% des logements et pas moins de 422 000 chaudières gaz/fioul ont encore été installées en 2025, selon le syndicat Uniclima, qui représente les professionnel·les du secteur.
Dans son entretien au Parisien, Maud Bregeon a confirmé que «la réglementation de 2022 proscri[vait] déjà les chaudières à gaz, mais que des pompes à chaleur hybrides, donc mêlant chauffage électrique et chauffage à gaz, étaient encore autorisées». L’interdiction devrait donc faire très peu de remous : Uniclima considère que «la pompe à chaleur hybride demeure, à ce stade, un marché de niche, sans dynamique significative».
En parallèle, le premier ministre a annoncé «l’installation d’un million de pompes à chaleur par an d’ici à 2030». Un objectif déjà atteint, si l’on en croit les chiffres officiels. Toutefois, Sébastien Lecornu compte bien «remplacer les chaudières au gaz et au pétrole», ce que seules les pompes à chaleur de type air/eau sont techniquement à même de faire, car elles injectent les calories dans le réseau d’eau existant. Or il ne s’en est vendu que 180 000 en 2025.
De son côté, la ministre de l’énergie, Maud Bregeon, a vanté la mise en place prochaine d’un leasing social sur les pompes à chaleur pour les foyers qui se chauffent actuellement au gaz. «On travaille sur un dispositif avec les énergéticiens qui permettra de garantir que la mensualisation de votre pompe à chaleur et de l’électricité nécessaire au chauffage sera inférieure à vos anciennes factures de gaz», a-t-elle promis sur France culture, indiquant en être au stade des discussions «très positives» avec les acteurs censés financer ce nouveau dispositif.
Financements : déshabiller la sobriété pour financer l’électricité
Pour financer ces actions, Sébastien Lecornu a annoncé que «le soutien à l’électrification sera multiplié par deux, et passera de 5,5 milliards d’euros à 10 milliards d’euros par an». Une somme «absolument considérable», selon lui. «Pour autant, cela ne se fera pas avec de l’argent nouveau», a-t-il immédiatement précisé, en «fixant cette priorité : les différentes aides publiques seront réorientées vers l’électrification».
A priori, l’argent – y compris public – est largement disponible pour cette réorientation. En 2019, le Réseau action climat estimait que les aides publiques qui financent la destruction du climat et de l’environnement atteignaient 19 milliards d’euros.
Pourtant, Maud Bregeon a indiqué au Parisien que ces mesures seront en fait «entièrement financées par du redéploiement, notamment au sein des certificats d’économie d’énergie», un dispositif abondé par les fournisseurs d’énergie pour financer les économies d’énergie. En clair, l’argent actuellement destiné au financement de la sobriété sera désormais fléché vers l’électrification des usages. De fait, la rationalisation de nos consommations d’énergie est, à ce stade, totalement absente du plan gouvernemental. Comme si passer du baril à la prise suffisait à éviter la décharge.
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