«Les hôtels de 3 à 5 étoiles renouvellent leurs matelas tous les trois à quatre ans», appuie Jérémie Adjedj, cofondateur et dirigeant d’Ecomatelas, fabricant montpelliérain de literie reconditionnée. En France, tous secteurs confondus, entre 4 et 5 millions de matelas sont jetés au rebut chaque année – mais après dix voire douze années de bons et loyaux services en moyenne. Les tests de matelas de l’UFC-Que Choisir montrent que la grande majorité des références tiennent très bien cette durée.
Cet article est issu de la série Label Vert, une collaboration entre Vert et
Que Choisir.
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Une sortie de route au bout de trois à quatre ans seulement peut donc être considérée comme prématurée et tourne vite au gâchis quand cette ressource finit à l’incinérateur. «C’est le cas encore pour 40% des 4 millions de matelas usagés que nous récupérons, les 60% étant en suffisamment bon état pour être au moins recyclés», indique Louis-Paul Laclaire, directeur adjoint d’Ecomaison, le principal éco-organisme agréé pour la collecte et le recyclage des matelas.
Il y a dix ans, le tableau était bien plus noir encore, les matelas au rebut finissaient alors le plus souvent à la décharge, enfouis – de loin la pire des fins de vie. À cette époque, avec son oncle, gérant d’un magasin de literie à Agde (Hérault), Jérémie Adjedj livrait les hôtels de la région en matelas neufs et les débarrassait des usagés. «Puisqu’ils étaient pour la plupart en excellent état, nous nous sommes mis à les revendre sur Leboncoin à faible prix», se souvient le Montpellierain.
Les consommateurs hésitent à se tourner vers la seconde main
C’étaient les débuts d’Ecomatelas, fondé en 2017 et racheté depuis par un autre acteur de la filière, Recyc Matelas Europe. Les affaires marchaient plutôt bien, au moment même où l’entreprise Back Market commençait à percer sur le reconditionnement de téléphones portables. Un déclic pour Jérémie Adjedj. Dans la literie, plus encore que sur les smartphones, «la plupart des consommateurs hésitent à se tourner vers l’occasion, pointe-t-il. Il nous fallait lever ce verrou psychologique, aller plus loin que la simple vente de matelas d’occasion.»

Ecomatelas a ainsi planché sur une chaine de reconditionnement des matelas. D’artisanale en 2018, celle que fait visiter Jérémie Adjedj, près de Montpellier, est bien plus professionnalisée. Les matelas usagés ne viennent plus seulement des hôtels alentour. «Il nous a fallu élargir le périmètre et la source de nos approvisionnements, explique l’entrepreneur. C’est un enjeu clé dans le reconditionné. Nous utilisons trois matelas usagés pour un Ecomatelas.»
L’entreprise montpelliéraine récupère aussi désormais les matelas de plusieurs fabricants qui leur sont retournés par leurs clients dans le cadre de nuits d’essai. Surtout, depuis 2022, les vendeurs de literie sont obligés de récupérer les vieux matelas des clients qui le demandent. Ecomaison récupère 700 000 matelas chaque année de cette façon. «Nous leur achetons ceux en meilleur état», reprend Jérémie Adjedj.
L’hygiénisation, une étape clé
Quelle que soit leur origine, ces matelas ont déjà plusieurs années de vie et en portent les stigmates, même une fois délestés de leurs housses : zones d’affaissement, couleurs ternies, traces… «Mais le noyau, lui, est intact», assure le fondateur d’Ecomatelas. C’est à partir de ce noyau que débute le reconditionnement.
À la fin de ce processus vient l’étape cruciale qui doit garantir l’hygiénisation des matelas. Pour ce faire, Ecomatelas a conçu une machine que l’entreprise a brevetée. À l’intérieur de cette caisse en métal, les matelas subissent un traitement aux rayons UV, puis l’air chaud pulsé à 85°C. Il assure l’élimination des bactéries, acariens et autres punaises de lit, explique Jérémie Adjedj. Enfin, ces parasites sont évacués par aspiration. Ce procédé permet d’éliminer 99,9% des bactéries, assure Ecomatelas, qui l’a fait certifier par l’organisme Bureau Veritas.
Il ne reste plus qu’à revêtir ces matelas d’une housse neuve et le tour est joué. Dans sa nouvelle usine, le fabricant montpelliérain peut fabriquer jusqu’à 1 500 matelas reconditionnés par mois. Ils sont vendus entre 30 et 50% moins cher que les neufs de gammes équivalentes, avec des notes pour autant tout à fait correctes dans les tests de Que Choisir (voir encadré ci-dessous).
Des notes honorables aux tests de Que Choisir
À ce jour, Que Choisir a testé deux références d’Ecomatelas : L’Idéal, composé de mousse et de latex (329 euros en 140×190 cm) et Le Petit Nuage, alliant latex, mousse et une couche à mémoire de forme (439 euros).
Le premier s’en est très bien sorti avec une note de 14/20, le second moins bien avec une note de 12,6/20. Que Choisir avait notamment mesuré une densité de mousse inférieure à celle annoncée par Ecomatelas, impactant alors le soutien proposé par ce matelas, bien plus «souple» qu’«équilibré» comme promis. Faut-il y voir la difficulté, quand on fait du reconditionné, à sortir des matelas standardisés ? «Nous ne récupérons que les matelas usagés qui ont une densité de mousse égale ou supérieure à 35 kilos par mètre carré, explique Jérémie Adjedj. Il peut y avoir des erreurs dans la sélection, ce qui impacte alors la densité finale de nos produits. Mais elles sont très rares. Malheureusement, c’est tombé sur le matelas que vous avez analysé.»
Jérémie Adjedj insiste aussi sur le bilan carbone. «On économise en moyenne 170 kilos équivalent CO2 par rapport à un matelas neuf», indique-t-il, en reprenant l’analyse de cycle de vie (ACV) commandée à un cabinet indépendant.
Secondly, Emma… d’autres acteurs du matelas reconditionné
Ce critère devrait prendre de l’importance alors que l’affichage environnemental, construit essentiellement à partir de l’ACV des produits, doit devenir obligatoire dans l’ameublement – possiblement dès 2027. Signe qu’ils s’y préparent, de plus en plus de fabricants mettent en avant leurs efforts pour réduire l’impact environnemental de leurs matelas. Mais, majoritairement, cela consiste à intégrer des éléments issus du recyclage – principalement l’acier des ressorts – dans la composition du matelas. «C’est déjà une bonne chose, estime Louis-Paul Laclaire. Il nous faut trouver des débouchés aux mousses, latex et aciers récupérés sur les matelas usagés collectés pour être recyclés. Le reconditionnement n’est pas suffisant.»
Sur l’échelle de l’économie circulaire, le reconditionnement reste toutefois la meilleure des valorisations, avant le recyclage. Ecomatelas n’est pas le seul à s’y être mis. Louis-Paul Laclaire cite aussi les Lillois de Secondly. D’autres encore proposent également à la vente des matelas présentés comme «reconditionnés» via leur site internet, à l’instar d’Emma, l’un des mastodontes du secteur, qui le fait depuis 2023.

«Ces matelas viennent principalement des retours dans le cadre de la période des 100 nuits d’essai, explique Emma. Nous sélectionnons ceux retournés pour des raisons de préférences personnelles de nos clients : niveau de fermeté, erreur de taille ou de modèle. Ils sont déhoussés puis passés aux rayons UV-C pour les désinfecter jusqu’au cœur de leurs structures, puis équipés d’une nouvelle housse.»
Si cette initiative va dans le bon sens, Jérémie Adjedj tique tout de même sur l’emploi du terme «reconditionné». «On parle ici de matelas quasi neufs, nécessitant peu de transformation pour être remis dans le circuit, pointe-t-il. Emma devrait plutôt parler de matelas de seconde main.»