Édition du 16 octobre 2026

Y en a crustacé

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Crever les yeux des crevettes pour qu’elles se reproduisent plus vite, à qui ça profite ?



On leur arrache les yeux pour plus de productivité : la face cachée des crevettes de supermarché

Plutôt crevette ! Un rapport de l’ONG International council for animal welfare (Icaw) publié ce vendredi dénonce l’épédonculation des crevettes, soit la mutilation des tiges oculaires des femelles reproductrices. Plusieurs enseignes françaises de supermarchés se sont déjà engagées pour mettre fin à cette pratique.

Le capitalisme dans sa plus grande cruauté. Pour produire plus, de très nombreux élevages de crevettes sectionnent les pédoncules oculaires – soit la tige qui relie l’œil de l’animal au reste du corps – des femelles reproductrices. En théorie, cette mutilation est censée jouer sur le système hormonal des petits crustacés et favoriser des pontes plus rapides, donc une meilleure production.

L’épédonculation est censée jouer sur le système hormonal des petits crustacés et favoriser des pontes plus rapides. © We Animals

Cette pratique pose des questions évidentes de bien-être animal – les crustacés à cinq paires de pattes sont reconnus comme «capables d’éprouver la douleur et la détresse» par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) depuis 2005. Mais elle interroge aussi quant à son efficacité. «Il y a quelques années, une étude a montré que l’épédonculation avait des effets extrêmement négatifs sur la crevette, mais aussi sur sa progéniture», pointe Justine Audemard, responsable des négociations au sein de l’International council for animal welfare (Icaw).

La branche française de l’ONG publie ce vendredi un rapport inédit destiné à informer le grand public de la «cruauté des méthodes d’élevage actuelles». Depuis plusieurs années, l’Icaw mène une campagne auprès d’enseignes françaises de supermarchés pour leur demander d’encourager leurs fournisseurs à mettre fin à l’épédonculation et à l’abattage des crevettes par plongée dans des bains de glace. Le groupement Mousquetaires (Intermarché, Netto…) est le premier à s’être engagé sur le sujet, en septembre 2025.

👉 Cliquez ici pour lire la suite de ce décryptage d’Esteban Grépinet et découvrir quels supermarchés français s’engagent contre ces pratiques.
 

 

· Jeudi, la cour administrative d’appel de Lyon a refusé de suspendre les travaux de l’autoroute A412 qui doit relier Thonon-les-Bains à Machilly (Haute-Savoie). Elle était demandée par les opposant·es au projet, dont 21 associations et syndicats, 40 riverain·es et 7 exploitations agricoles qui dénoncent l’artificialisation de 180 hectares.

· Jeudi encore, le tribunal correctionnel d’Auch (Gers) a condamné Bertrand Venteau, le président du syndicat agricole Coordination rurale, pour avoir appelé en novembre 2025 à «faire la peau aux écolos». Les associations parties civiles (France nature environnement et Générations futures, entre autres) se disent satisfaites de la décision… et relancent une action en justice après de récentes saillies de l’agriculteur. – Notre article

Bertrand Venteau, président national de la Coordination rurale, prend la parole devant le tribunal d’Auch avant son procès, jeudi 3 septembre. © Théo Mouraby/Vert

· Jeudi, le conseil régional du Grand Est a adopté une «écocontribution poids lourds» visant à taxer les véhicules de plus de 3,5 tonnes circulant sur les axes nationaux gérés par la région. Prévue pour entrer en vigueur au 1er avril 2027, elle permettra de financer la rénovation des routes. L’exécutif régional n’a pas reculé, malgré la mobilisation des Jeunes Agriculteurs de la Marne devant l’hôtel de région, jeudi matin. Le syndicat redoute que l’écotaxe se répercute sur les tarifs des transporteurs.

· Jeudi toujours, le Parlement du Groenland a voté en faveur d’une loi pour interdire l’exploitation minière des fonds marins jusqu’à fin 2029. Le gouvernement devra encore élaborer le texte et pourra prolonger le moratoire par tranches de deux ans. Les habitant·es craignent les risques qu’entraîneraient des forages, alors que la pêche et la chasse sont des piliers de l’économie du pays.
 


300

PFAS contre terre. Plus de 300 microgrammes de PFAS par litre d’eau (µg/l) ont été relevés dans les nappes situées sous l’usine chimique de Lubrizol à Rouen, a annoncé la préfecture de Seine-Maritime fin septembre. Un gigantesque incendie l’avait ravagé en 2019, ainsi que l’entrepôt Normandie logistique à ses côtés. Si cette eau n’est pas destinée à la consommation, la quantité découverte n’en est pas moins plusieurs dizaines de fois supérieure aux normes en vigueur. Pour être buvable, une eau ne doit pas contenir plus de 0,5 µg/l de PFAS. Sept polluants persistants différents ont été retrouvés, tous utilisés dans les mousses anti-incendies des pompier·es depuis une dizaine d’années. Des indices, mis en lumière par Ici Normandie, qui incitent à penser que l’extinction de l’incendie du bâtiment serait responsable de cette contamination conséquente. La mobilité et la persistance de ces substances rendent la dépollution compliquée et soulèvent de potentiels risques de déplacement de cette contamination.
 


Après un été caniculaire, les glaciers français en grande souffrance

L’âge déglace. Ce vendredi matin, Libération a dévoilé les dernières mesures des glaciers témoins des Alpes et des Pyrénées, réalisées par l’association Moraine et l’Université Grenoble Alpes. Conséquence directe des épisodes caniculaires de l’été, les cinq glaciers étudiés ont perdu en moyenne 3,5 mètres de glace en 2026. L’Argentière (Haute-Savoie) n’a ainsi connu aucune température négative entre le 15 juin et la mi-septembre, empêchant tout regel nocturne. Après le glacier de Sarenne (Isère), qui s’est éteint en 2023, l’Ossoue (Hautes-Pyrénées) n’aurait plus qu’une dizaine d’années de sursis, tandis que Saint-Sorlin (Savoie) devrait disparaître d’ici à 2050.

Le glacier d’Argentière (Haute-Savoie) n’a connu aucune température négative entre le 15 juin et la mi-septembre 2026. ©  Wikimedia  


«Reprendre la mer» : un manifeste percutant pour couler la «contre-pêche»

Navire de bord. Dans cet essai incisif, la militante écologiste Claire Nouvian, le philosophe Baptiste Morizot et le scientifique Daniel Pauly décryptent la pêche et son contraire, la «contre-pêche», ces navires démesurés qui dévorent les ressources marines. En une grosse centaine de pages, les trois auteur·es nous embarquent à bord des premières barques… et des chalutiers de 100 mètres de long.

👉 Cliquez ici pour lire la chronique d’Esteban Grépinet.

«Reprendre la mer», de Claire Nouvian, Baptiste Morizot et Daniel Pauly, Les Liens qui libèrent, septembre 2026, 144 pages, 12,90€. © Les liens qui libèrent

+  Rémy Calland, Mathilde Picard, Antoine Poncet et Hicham Zemrani ont contribué à ce numéro.