
Le capitalisme dans sa plus grande cruauté. Pour produire plus, de très nombreux élevages de crevettes sectionnent les pédoncules oculaires – soit la tige qui relie l’œil de l’animal au reste du corps – des femelles reproductrices. En théorie, cette mutilation est censée jouer sur le système hormonal des petits crustacés et favoriser des pontes plus rapides, donc une meilleure production.
Cette pratique pose des questions évidentes de bien-être animal – les crustacés à cinq paires de pattes sont reconnus comme «capables d’éprouver la douleur et la détresse» par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) depuis 2005. Mais elle interroge aussi quant à son efficacité. «Il y a quelques années, une étude a montré que l’épédonculation avait des effets extrêmement négatifs sur la crevette, mais aussi sur sa progéniture, qui a un système immunitaire beaucoup plus faible, avec des taux de mortalité beaucoup plus élevés», pointe Justine Audemard, responsable des négociations au sein de l’International council for animal welfare (Icaw).
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La branche française de l’ONG publie ce vendredi un rapport inédit destiné à informer le grand public de la «cruauté des méthodes d’élevage actuelles». La crevette est le fruit de mer le plus consommé en France, à hauteur de neuf milliards d’animaux vendus chaque année. La quasi-totalité est importée, notamment depuis les élevages d’Asie et d’Amérique latine.
Quatre enseignes de supermarchés déjà pleinement engagées
«Contrairement à d’autres animaux élevés pour la consommation humaine, les consommateurs ignorent souvent les conditions d’élevage et d’abattage des crevettes, ces processus se déroulant à l’autre bout du monde», explique le rapport. L’Icaw documente une deuxième pratique douteuse : l’abattage des crevettes par plongée dans des bains de glace, censé les étourdir puis les tuer rapidement.
Pour Juliette Audemard, «c’est une méthode très peu fiable car elle dépend de nombreux facteurs imprévisibles, comme la température de l’eau, celle de l’extérieur, la densité de crevettes immergées en même temps». Une récente étude anglaise a montré que les animaux mettaient environ quatre minutes à perdre leur sensibilité dans une eau à -2,5 degrés Celsius (°C), et que cette durée d’agonie s’allongeait considérablement quand l’eau est moins froide.
Depuis plusieurs années, l’Icaw mène une campagne auprès d’enseignes françaises de supermarchés pour leur demander d’encourager leurs fournisseurs étrangers à mettre fin à l’épédonculation et à privilégier l’étourdissement électrique, réputé plus efficace pour insensibiliser les animaux lors de leur mise à mort. En septembre 2025, le groupement Mousquetaires (Intermarché, Netto…) est devenu le premier acteur à s’engager sur ces deux domaines (pour, respectivement, 2026 et 2030). À ce jour, Coopérative U, Auchan et Aldi ont aussi rejoint le mouvement.
«Au Royaume-Uni, plusieurs distributeurs majeurs ont déjà éliminé l’épédonculation.»
Dans son rapport, l’ONG recense quatre autres chaînes qui ont déjà mis fin (ou sont en train de le faire) à l’épédonculation des crevettes vendues dans leurs rayons (mais pas encore à l’abattage dans l’eau glacée) : Carrefour, Lidl, Casino et Biocoop. Dans la grande distribution, seul E. Leclerc n’a jamais répondu favorablement aux demandes de l’association. Contactée, l’entreprise n’a pour l’instant pas répondu à nos sollicitations.
Est-ce que les Français·es pourront un jour s’assurer que les crevettes qu’ils et elles consomment n’ont pas subi mutilations et lente agonie ? «Nous avons mené une campagne similaire au Royaume-Uni, où les crustacés ont vu leur sensibilité reconnue légalement en 2022, nous avons réussi en moins de trois ans à obtenir que l’ensemble des onze distributeurs s’engagent publiquement sur ces deux thématiques. Plusieurs distributeurs majeurs ont déjà éliminé l’épédonculation.»











