«Nous jetons par la fenêtre le principe de précaution» : le Parlement européen autorise définitivement les «nouveaux OGM»

Des gènes les passions.
Ce mercredi, les eurodéputé·es ont approuvé un texte majeur qui autorise les nouvelles techniques génomiques (NTG) pour les plantes dans l’Union européenne. Une «privatisation du vivant», selon la gauche, dont les amendements ont été rejetés.
Strasbourg (Bas-Rhin), le 17 juin 2026. Les eurodéputé·es ont voté l’autorisation des NTG pour les plantes dans l’UE. © Sébastien Bozon/AFP

Des plantes génétiquement modifiées pourront être cultivées et vendues plus facilement dans l’Union européenne. Les eurodéputé·es ont approuvé ce mercredi un texte qui autorise les nouvelles techniques génomiques (NTG) pour les végétaux. Cette mouture avait déjà été validée par les États membres en avril dernier, ouvrant la voie à son application dans l’Union européenne.

Pour leurs soutiens, ces technologies de laboratoire permettront de modifier une partie précise de l’ADN des plantes pour leur donner plus de rendement et de résistance aux aléas climatiques. Mais nombre de scientifiques, syndicats paysans et associations écologistes pointent des risques importants pour l’environnement, la viabilité de l’agriculture biologique (qui interdit les organismes génétiquement modifiés – OGM) ou encore l’information des consommateur·ices (notre article).

Tous les amendements ont été rejetés

«Le Parlement européen, la droite et l’extrême droite se sont couchés face aux lobbys agrochimiques américains et chinois, c’est une véritable capitulation», réagit auprès de Vert Christophe Clergeau (socialiste) à l’issue du scrutin. L’eurodéputé avait déposé une quinzaine d’amendements – tous rejetés – visant à rouvrir les négociations sur la question de la traçabilité des plantes génétiquement modifiées ou encore sur les brevets.

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Ces derniers sont des droits de propriété intellectuelle qui s’appliquent sur les technologies et les plantes «améliorées» qui en découlent. Les brevets doivent «permettre le décollage du marché, car pour la plupart des start-ups, il n’y a pas de modèle économique sans brevet, et donc pas de développement des NTG», soutient auprès de Vert l’eurodéputé Pascal Canfin (centriste), qui a voté pour le texte.

«Nous refusons une innovation sans règles, sans traçabilité et sans protections contre la privatisation du vivant.»

Mais de nombreux acteurs craignent une appropriation de ces brevets – et donc des semences – par les géants du secteur agrochimique. «Nous ne rejetons ni la science ni l’innovation, mais nous refusons une innovation sans règles, sans traçabilité et sans protections contre la privatisation du vivant, défend Christophe Clergeau.

«En rejetant des amendements pourtant pragmatiques, elles [la droite et l’extrême droite, NDLR] ouvrent la voie à une mise sous dépendance des agriculteurs et à l’étouffement des petits semenciers, au bénéfice de Bayer-Monsanto, Syngenta ou Corteva», complète-t-il. «Nous jetons par la fenêtre le principe de précaution, il n’y a pas de traçabilité, pas d’évaluation des risques, ce n’est pas quelque chose que nous pouvons accepter», a aussi dénoncé lors des débats Martin Häusling (Les Verts, Allemagne).

«Talibans de l’environnement»

«Nous avons aujourd’hui la possibilité de donner aux agriculteurs européens les outils dont ils ont besoin pour relever les défis de l’avenir : changements climatiques, maladies, instabilité mondiale…, a listé la rapporteuse du texte, Jessica Polfjärd (droite, Suède), devant un hémicycle rempli. Les NTG sont un élément de solution, nous pouvons de cette manière développer des cultures plus résilientes, réduire l’impact environnemental et renforcer la sécurité alimentaire européenne.»

«Il est important d’aller de l’avant dans le cadre de ces nouvelles techniques génomiques, qui représentent une solution pour les citoyens européens et pour les productions agricoles en réduisant l’utilisation de pesticides et d’autres produits», l’a rejoint Pietro Fiocchi (extrême droite, Italie). «Il s’agit de mettre un terme à cette campagne de manipulation de l’information qui provient des talibans de l’environnement habituels», a même attaqué l’eurodéputée Silvia Sardone (extrême droite, Italie), arguant que les plantes issues des NTG sont «tout à fait différentes» des OGM.

L’accord voté par le Parlement européen sépare les NTG en deux catégories : la première, où les végétaux modifiés sont autorisés au même titre que toute plante conventionnelle ; la deuxième, pour les mutations complexes (plus de 20 opérations), où les plantes sont considérées comme des OGM «classiques», avec un processus de surveillance, de traçabilité et d’étiquetage. Le temps de sa mise en place, cette nouvelle génération d’OGM, censée être plus fiable, devrait arriver d’ici quelques années dans les assiettes des Européen·nes.

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