Sous la pression de l’extrême droite, le Parlement européen reporte (encore) l’application de sa loi phare anti-déforestation

Cours, déforeste, cours !
Ce mercredi, le Parlement européen a approuvé le report d'un an de l'entrée en vigueur de sa loi contre la déforestation. Pour la deuxième fois en 15 jours, l’extrême droite et la droite se sont alliées pour affaiblir un texte environnemental. On vous explique.

Comme une impression de déjà-vu. Pour la deuxième fois en 15 jours, au Parlement européen (Strasbourg, Bas-Rhin), la droite et l’extrême droite se sont alliées pour permettre un recul environnemental. Le 13 novembre, ces deux groupes avaient voté la directive Omnibus. Adoptée, elle acte plusieurs reculs sociaux et écologiques. Ce 26 novembre, ils se sont alliés contre un règlement ambitieux pour lutter contre la déforestation. Et c’est une nouvelle victoire pour eux.

Sous pression, le Parlement européen a approuvé le report d’une année de l’entrée en vigueur du règlement sur la «déforestation importée». Ce texte doit interdire la commercialisation en Europe de produits issus de forêts tropicales déboisées après 2020, comme le cacao, le soja, le café, le bois ou l’huile de palme.

Jordan Bardella, lors d’un discours au Parlement européen, en décembre 2022. © European union/Flickr

Présentée initialement en 2022, cette loi aurait dû entrer en vigueur en 2024. Mais son application avait été reportée une première fois, de 2024 à fin 2025. À l’époque, c’était déjà à cause des voix des eurodéputé·es de droite et d’extrême droite. La décision de ce mercredi marque donc un deuxième report. Désormais, la mise en œuvre de la loi n’est pas prévue avant fin 2026. Le Parlement européen a même validé une clause de revoyure en avril 2026, pour se pencher de nouveau sur cette loi anti-déforestation – et peut-être repousser l’échéance une troisième fois.

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Ces multiples délais suscitent la colère des organisations environnementales, qui remettent en cause la volonté de l’Union européenne (UE) de mettre en place ce texte. «Les tentatives incessantes visant à réviser voire à détruire» cette loi sont «une farce», estime l’ONG Fern, spécialisée dans la protection des forêts.

L’extrême droite en force depuis 2024

Après avoir adopté pendant plusieurs années des mesures ambitieuses, l’Union européenne a mis un coup de frein à certaines de ses dispositions sur le climat. Adopté en 2019, son Pacte vert, ou «Green deal» – l’ensemble de textes qui doivent permettre à l’Europe d’éliminer les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050 –, est la cible régulière des attaques de l’extrême droite.

Jordan Bardella, président du Rassemblement national (RN) et leader du groupe «Patriotes pour l’Europe» au Parlement européen, avait annoncé vouloir s’attaquer aux lois environnementales de l’UE en janvier 2025. Il avait notamment réclamé la suspension immédiate du Pacte vert.

Depuis qu’il a remporté de nombreux sièges aux élections européennes de juin 2024, le RN est le parti d’Europe qui compte le plus d’eurodéputé·es. Son groupe parlementaire «Patriotes pour l’Europe» est le troisième plus important derrière les sociaux-démocrates et la droite.

Combien d’années d’inaction politique ? Combien de victimes ?

Après les scandales de l’amiante, du plomb, ou du chlordécone, l’histoire semble se répéter aujourd’hui avec les PFAS, le cadmium, les pesticides toxiques, les perturbateurs endocriniens et tant d’autres nouvelles substances.

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