«Ceux qui nous gouvernent sont allés trop loin» : après l’été infernal, les pompiers entament une grève d’un mois

Pompier bon œil.
Xavier Boy est porte-parole de l’intersyndicale des pompier·es, qui entament aujourd’hui leur premier jour de grève, pour un mois. Les soldat·es du feu réclament davantage de moyens humains et matériels, ainsi qu’un meilleur suivi sanitaire de leur exposition aux fumées toxiques des incendies. Entretien.
Paris, le 13 août 2026. Xavier Boy, porte-parole de l’intersyndicale des pompier·es (à droite), lors de sa rencontre avec le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez. © Carine Schmitt/Hans Lucas via AFP

Durant cet été 2026, marqué par des incendies exceptionnels, les pompier·es ont alerté à de multiples reprises sur la difficulté d’exercer leurs missions en toute sécurité. Premier·es exposé·es aux fumées toxiques des incendies, elles et ils demandent un meilleur suivi sanitaire tout au long de leur carrière, ainsi qu’un financement plus pérenne. L’ensemble des syndicats a appelé à la grève à partir de ce mardi 8 septembre et ce jusqu’à la fin du mois.

Quelles sont vos principales revendications après l’été suffocant que nous venons de vivre ?

L’inspection générale de l’administration a constaté que 32 millions d’heures de garde dans les casernes étaient effectuées par des pompiers volontaires. Pour que ce temps de travail soit couvert par des professionnels, il faudrait recruter 21 000 personnes.

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Nous réclamons également davantage de matériel, dont des camions-citernes pour les feux de forêts : on en a perdu près d’un millier sur dix ans. La livraison annoncée par Emmanuel Macron à l’issue des incendies de l’été 2022 n’a pas permis de développer le parc, seulement de le renouveler, car les véhicules arrivaient à leur limite d’âge.

«Si le gouvernement souhaite un fonctionnement optimal de la sécurité civile, il doit assumer financièrement.»

On l’a vu en Gironde cet été : des camions destinés aux feux urbains ont été utilisés à la place. Nos dirigeants continuent de nous dire qu’il n’y a pas eu de problèmes de moyens cet été. Ont-ils vu les civils éteindre les incendies ? Je n’avais jamais vu ça en France. Ce sont les agriculteurs qui ont dû venir nous aider avec leurs tracteurs. Les pompiers s’engagent dans la lutte contre les feux de forêts pendant leurs congés. Ça signifie que, si on se blesse ou qu’on se tue sur nos congés, on n’est pas reconnu comme blessé ni mort au travail.

Nous sommes coincés entre les politiques locales qui se plaignent de devoir tout payer pour la sécurité civile, et le gouvernement qui, lui, nous dit qu’il donne les moyens aux collectivités locales mais qu’elles ne gèrent pas correctement leur budget. Finalement, c’est sur nous que ça retombe : nous restons en bout de chaîne, à souffrir de cette situation.

Si le gouvernement souhaite un fonctionnement optimal de la sécurité civile, il doit assumer financièrement. Elle s’est dégradée ces dernières années. Aujourd’hui, avec la fermeture de certaines urgences et le manque de médecins, les pompiers ont davantage de gens à visiter et à emmener à l’hôpital.

Alors que les pompier·es sont exposé·es à des fumées toxiques tout au long de leur carrière, l’intersyndicale dénonce le manque de suivi sanitaire…

Nous sommes exposés à toutes sortes d’éléments toxiques car nous intervenons partout. Particules fines, benzène, amiante… Les gaz de combustion contiennent des millions de substances différentes. Un meuble qui brûle contient des produits retardateurs de flammes, par exemple. Or leur efficacité n’est pas prouvée et ces retardateurs se transforment en des milliers de molécules que l’on retrouve ensuite dans le sang des pompiers, car ils les absorbent par la peau.

«Je connais des jeunes pompiers d’une trentaine d’années qui ont des cancers de la prostate, de la vessie ou encore des testicules.»

Avant, nous avions des visites médicales tous les ans, puis tous les deux ans. Aujourd’hui, elles ont lieu tous les quatre ans. Nous avons une visite intermédiaire avec un infirmier tous les deux ans et devons attendre le double pour voir un médecin. Ça va à l’encontre de tout ce qu’on découvre sur notre santé ces dernières années ! Plus on a chaud, plus le gouvernement met le chauffage.

Je connais des jeunes pompiers d’une trentaine d’années qui ont des cancers de la prostate, de la vessie ou encore des testicules. On appelle ça des «cancers de fumeurs» mais, eux, ils n’ont jamais fumé. On n’est pas chercheurs, mais on se doute bien que ça vient des fumées des feux. Nous ne sommes pas assez soumis à des études, or nos dirigeants s’appuient sur des analyses scientifiques pour financer nos équipements. Nous sommes exposés à des substances cancérogènes sans aucune protection. On pourrait les avoir, mais on ne nous les achète pas. On nous traite comme si nous étions plus forts que les autres et que nous avions de meilleurs poumons.

En plus de l’équipement, il faudrait limiter le temps d’exposition. Si on avait un suivi médical régulier, on pourrait contrôler les doses assimilées. On ferait des analyses régulières et, en cas de trop grande exposition, soit on n’effectuerait plus d’interventions le temps que le corps se régénère, soit, si ce sont des molécules persistantes, on arrêterait tout simplement les expositions aux fumées pour éviter de tomber malade. Pour cela, il faut plus de personnel, c’est comme une course de relais.

Quelle forme prendra la grève ?

Nous assurerons un service normal. Comme en milieu hospitalier, les pompiers sont soumis à un service minimum obligatoire. Nos missions seront réalisées de la même manière qu’en temps normal. La grève consistera à poser des banderoles sur nos casernes et à porter le brassard «En grève».

«Ça fait dix ans que nous alertons sur le niveau de sécurité civile de plus en plus préoccupant et que nous ne sommes pas écoutés.»

Le 29 septembre, un rassemblement est prévu au Champ de Mars, à Paris ; ça devrait être une mobilisation d’ampleur, avec des déplacements de pompiers de tous les départements. Des rassemblements statiques seront aussi organisés sur le même lieu, les 27 et 28 septembre. Un peu partout en France, les pompiers sont à l’initiative de rencontres citoyennes devant les mairies, les préfectures ou sur les places de marché. L’idée est d’expliquer aux gens pourquoi nous sommes en grève. J’en ai fait une à Poitiers [dans la Vienne, NDLR], la semaine dernière ; une autre est prévue le 11 septembre à Orléans [Loiret], par exemple.

Lors de ces actions, nous nous mettons à la disposition du public, des citoyen·es et des parlementaires pour leur expliquer la situation de la sécurité civile aujourd’hui. C’est l’occasion de parler de nos 600 heures travaillées gratuitement par an [par les pompier·es volontaires, NDLR], de notre exposition à des substances cancérogènes sans protection et de nos conditions de travail de manière générale.

Cette mobilisation est inédite. Ceux qui nous gouvernent sont allés trop loin. Ça fait dix ans que nous alertons sur le niveau de sécurité civile de plus en plus préoccupant et que nous ne sommes pas écoutés. Souvent, les syndicalistes sont perçus comme des gens qui ne sont jamais contents. Nous ne demandons même pas un plus gros salaire ou davantage de confort. Nous souhaitons juste que les Français, quand ils ont des problèmes, puissent être pris en charge par les pompiers.

D’une canicule à l’autre, nous oublions collectivement ce que nous avons subi. Une amnésie qui conduit beaucoup d’entre nous à élire celles et ceux qui aggravent la crise climatique.

Chez Vert, l’écologie est à la Une tous les jours et pas seulement quand il fait chaud.

Climat, biodiversité, santé et désinformation : vous pouvez compter sur nous pour rafraîchir la mémoire de tout le monde quand viendront les élections. On n’y arrivera qu’avec vous !

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