Canicules, mégafeux, sécheresse extrême : plus de 15 millions de Français éco-anxieux pendant cet été apocalyptique, un record

Le pire est avenir.
15,1 millions de Français·es ont présenté cet été des symptômes de détresse mentale face aux enjeux environnementaux, soit 20% de plus qu’en 2024, selon une nouvelle enquête de l’Observatoire de l’éco-anxiété.
L’éco-anxiété a atteint un niveau inédit en France cet été. © Andrej Ivanov/AFP

C’est une détresse mentale face aux enjeux environnementaux qui peut se manifester par la peur, l’isolement social, voire une difficulté à dormir et à vivre sereinement. Au cœur de l’été, l’éco-anxiété a touché la population française à un niveau inédit. C’est ce que vient de conclure l’observatoire de l’éco-anxiété (Obseca). L’organisme avait réalisé en 2024 la première étude française de référence sur le sujet, en partenariat avec l’Agence de la transition écologique (Ademe). Il vient de renouveler l’enquête et en dévoile les premiers résultats, avant une publication définitive fin septembre.

Comme pour l’étude précédente, l’Obseca a utilisé «l’échelle d’éco-anxiété de Hogg» pour son analyse. Cette méthode permet de mesurer le niveau d’angoisse des sondé·es, selon l’intensité des symptômes (inquiétude, trouble du sommeil, sentiment de responsabilité personnelle, etc.). En tout, 1 019 personnes ont été soumises à un questionnaire en pleine troisième vague de chaleur de l’été, du 17 au 24 juillet (faire le test pour connaitre son propre niveau d’éco-anxiété).

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Les résultats, ensuite extrapolés à l’ensemble de la population, permettent d’estimer à 15,1 millions le nombre de personnes qui se reconnaissaient, au cœur de la troisième vague de l’été, dans les symptômes de l’éco-anxiété. Cela correspond à près d’un·e Français·e sur trois âgé·e de 15 à 64 ans. Un nombre en hausse de 20% par rapport à la précédente étude du genre conduite fin août 2024 – hors période de canicule.

«Le réchauffement climatique n’est plus un phénomène distant pour les Français»

Ces résultats sont le signe d’une «bascule», explique à Vert Pierre-Eric Sutter, psychologue et psychothérapeute, spécialiste de l’éco-anxiété et co-auteur de ces travaux. Ils montrent «que le réchauffement climatique n’est plus un phénomène distant pour les Français ; qu’ils ont compris qu’ils n’échapperaient plus à ses effets», poursuit-il.

Dans le détail, c’est la proportion de personnes «moyennement éco-anxieuses» et «fortement éco-anxieuses» qui a le plus augmenté (+2,6 millions). Le nombre de personnes «très fortement éco-anxieuses» est resté relativement stable – preuve de l’existence d’une éco-anxiété sévère «structurelle» dans la population, analyse Pierre-Eric Sutter. À l’autre bout de l’échelle, le nombre de personnes «très peu» à «peu» anxieuses a diminué, passant de 70% de la population en 2024 à 64% cet été.

Peu de différences selon le genre, le territoire ou la catégorie socio-professionnelle… «Tout le monde est concerné par l’éco-anxiété», atteste Pierre-Eric Sutter. La catégorie des 15-24 ans est toutefois la plus touchée et l’est «significativement plus que celle des 35-64 ans», détaille l’enquête. En tête des préoccupations des sondé·es : les incendies (très inquiétants pour 47% d’entre elles et eux), les canicules (44%) et l’extinction des espèces (41%). De manière générale, «plus vous vous intéressez à l’environnement, plus vous avez des chances de devenir éco-anxieux», analyse le psychothérapeute.

Transformer l’angoisse en action

L’étude a estimé à 420 000 le nombre de personnes présentant un «risque psychopathologique», soit celui de basculer vers une dépression ou un trouble anxieux. Un chiffre qui n’a pas augmenté sous l’effet des catastrophes de l’été, mais qui reste «alarmant», selon l’étude.

Pour faire face au sentiment d’angoisse, le meilleur remède est de «passer à l’action», conseille vivement Pierre-Éric Sutter. Et d’insister : «C’est ainsi qu’on évite de tomber dans une peur maladive qui sidère et empêche d’agir.»

D’une canicule à l’autre, nous oublions collectivement ce que nous avons subi. Une amnésie qui conduit beaucoup d’entre nous à élire celles et ceux qui aggravent la crise climatique.

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