Les succès de l’équipe de France contre les «lions de la Teranga» du Sénégal et les «lions de Mésopotamie» de l’Irak, l’exploit des «requins bleus» du Cap-Vert face à l’Espagne, la qualification historique des «éléphants» de la Côte d’Ivoire en phases finales… La Coupe du monde de football 2026 bat son plein depuis deux semaines, et la biodiversité est partout dans cette compétition pourtant bien peu écologique.
«Les équipes de sport mobilisent l’imaginaire animal pour différentes raisons, retrace Ugo Arbieu, socio-écologue à l’université Paris-Saclay. Souvent pour des critères esthétiques, comme les “zèbres” de la Juventus de Turin et leur maillot noir et blanc. Aussi pour un héritage culturel : les ducs de Bretagne utilisaient l’hermine dans leurs armoiries, ce qui a inspiré beaucoup de logos locaux comme celui du Stade rennais. Ou pour représenter des caractéristiques qu’on veut donner au club : puissance, agilité, rapidité…»
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La marchandisation du secteur a beaucoup joué, complète le chercheur : «Quand le sport s’est professionnalisé, il a fallu créer des marques, des logos, des symboles qui génèrent de la valeur et des revenus.» De ce constat, le scientifique a créé avec d’autres le projet The Wild league («La Ligue sauvage», en anglais), destiné à sensibiliser les supporteur·ices et à encourager les clubs et fédérations à financer la protection de ces espèces omniprésentes dans leur imaginaire.

À l’occasion de la Coupe du monde de football 2026, qui se déroule en Amérique du Nord du 11 juin au 19 juillet, les scientifiques ont calculé qu’un peu plus de la moitié des 48 sélections qualifiées pour la compétition ont un animal ou une plante comme symbole (sur leur maillot ou dans leur surnom). Parmi ces espèces, treize sont menacées de disparition à l’échelle de la planète.
🦁 Pays-Bas, Maroc, Angleterre, Sénégal… Le lion, roi des symboles
Oubliez Messi, Ronaldo et Mbappé : la star de la Coupe du monde, c’est incontestablement le lion. Le fauve, symbole de puissance et de domination, est le symbole de neuf équipes qualifiées. C’est le cas du Maroc, du Sénégal et de l’Irak, mais aussi de contrées où l’espèce n’a jamais vécu : l’Angleterre (les joueurs sont d’ailleurs surnommés les «Three Lions»), l’Espagne, la Norvège, la République tchèque…
Pourquoi ce tropisme européen ? Selon l’historien Michel Pastoureau, l’Église catholique a imposé le lion comme «roi des animaux» au cours du Moyen Âge, afin de détrôner l’ours, trop païen à son goût. Le symbole s’est installé dans les cours royales, et se retrouve encore aujourd’hui sur de nombreux blasons nationaux, comme celui de l’Espagne. «En Europe, on a quasiment exterminé tous les prédateurs de nos écosystèmes, ajoute Ugo Arbieu. Nous empruntons nos symboles dans des écosystèmes lointains, où ils disparaissent eux aussi.»
«Depuis que Sadio Mané est né, nous avons perdu quasiment 50% des populations de lions en Afrique.»
Pantera leo est classé «en danger» dans la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). «Depuis que Sadio Mané [star de l’équipe du Sénégal, NDLR] est né, nous avons perdu quasiment 50% des populations de lions en Afrique, a calculé Ugo Arbieu. En imaginant que la surface d’un terrain de foot représente l’aire de distribution originelle des lions, à l’heure actuelle ils n’existeraient plus que dans le rond central.» Certaines sous-espèces ont même déjà disparu à l’état sauvage, à l’image du lion de l’Atlas, surnom bien connu des footballeurs marocains.
🦅 Léopards du Congo, condors de l’Équateur ou tigres de Corée : d’autres animaux emblématiques menacés
Parmi les espèces symboles de la Coupe du monde, le lion n’est pas le seul à être menacé. On peut citer l’éléphant de savane d’Afrique, symbole fort de la Côte d’Ivoire. Le pachyderme est lui aussi «en danger» d’extinction à l’échelle de la planète. La population ivoirienne s’est effondrée au cours du 20ème siècle à cause de la chasse et de la déforestation, et il ne reste aujourd’hui plus que quelques centaines d’individus dans le pays.
Du côté des fauves, la République démocratique du Congo a pour emblème le léopard d’Afrique, classé «vulnérable» sur la liste rouge mondiale. Qualifiés pour les seizièmes de finale, les joueurs de la sélection ont d’ailleurs débarqué aux États-Unis avec des tenues… motif léopard. L’équipe de Corée du Sud arbore quant à elle un tigre sur son maillot. Symbole national du pays, le tigre de Sibérie y a pourtant disparu depuis des décennies – seules quelques centaines d’individus survivent à l’extrême-orient de la Russie.
Symboles de puissance et d’agilité, les rapaces ne sont pas en reste, avec le condor des Andes – stylisé sur le maillot de l’Équateur – ou encore le faucon sacre, symbole national de l’Arabie saoudite. Éliminés dès les phases de poules, les «faucons verts» pourraient aussi voir disparaître leur emblème : l’oiseau est «en danger» à cause des captures illégales et de la dégradation de son habitat.
🌿 Fougères endémiques, requins bleus et corbeau à trois pattes
Chez les autres mascottes du football mondial, certaines sont aussi de précieux témoignages de la richesse de la biodiversité. C’est le cas des espèces endémiques, qui ne vivent que dans une zone géographique précise : le kangourou et l’émeu, animaux emblématiques de l’Australie, ou encore la fougère argentée de Nouvelle-Zélande. Symbole national repris de la culture maorie, cette plante se retrouve aussi sur le maillot des célèbres rugbymen et rugbywomen «All Blacks».

Un autre végétal affiche ses ramages sur les terrains de football : la protée. Fièrement arborée par l’Afrique du Sud, qui s’est qualifiée pour la première fois de son histoire en phase finale, cette majestueuse fleur est devenue le symbole des sélections nationales depuis la fin de l’apartheid (elle s’est ajoutée au springbok). Il en existe plus de 300 variétés, dont la moitié sont aujourd’hui menacées de disparition. «Des milliers d’insectes et d’oiseaux ont des relations spécialisées avec ces plantes, complète Ugo Arbieu. Si elles disparaissent, c’est l’écosystème qui s’effondre.»
D’autres espèces moins menacées mais toutes aussi passionnantes peuplent cette Coupe du monde. C’est le cas des «fennecs» de l’Algérie, typiques des déserts du Sahara, des «requins bleus» du Cap-Vert, une espèce de squale encore très répandue, ou encore des «loups» de l’Ouzbékistan. Allemagne, Tunisie, Mexique… Plusieurs sélections arborent aussi des aigles royaux, classés en «préoccupation mineure» à l’échelle du globe par l’UICN, mais dont les populations restent localement sensibles aux destructions d’habitats, aux empoisonnements ou encore aux électrocutions.
Dans les curiosités animales du football mondial, on peut enfin citer les espèces domestiques, comme le fameux coq de l’équipe de France et le canari brésilien, ou encore l’étonnant corbeau à trois pattes du Japon – une créature issue de la mythologie locale. Au-delà de la Coupe du monde, de nombreux clubs sportifs ont des espèces animales ou végétales comme symboles, à découvrir sur cette carte interactive du projet The Wild league.










