Guillaume Martin-Guyonnet, coureur du Tour de France 2026 : «Je suis devenu asthmatique à force de rouler exposé à la pollution»

Grimpeur au ventre.
Le cycliste normand de l’équipe Groupama-FDJ United a pris le départ de sa dixième Grande boucle, le 4 juillet. Pour Vert, il revient sur l'empreinte environnementale de son sport et raconte comment les années de course au contact de la pollution ont nui à sa santé.
Domérat (Allier), le 8 juin 2025. Guillaume Martin-Guyonnet lors du critérium du Dauphiné. © Anne-Christine Poujoulat/AFP

Dans le cyclisme professionnel, Guillaume Martin est l’une des rares voix qui portent sur les enjeux écologiques. Depuis plusieurs années, le grimpeur de la formation Groupama-FDJ United décrit «une forme de culpabilité» face à l’impact environnemental de son sport.

Le 4 juillet, celui qui avait décroché une honorable huitième place au Tour de France 2021 est reparti à l’assaut des routes tricolores. Sa dixième participation à la Grande boucle. Alors que cette édition est marquée par des températures caniculaires, Vert l’a interrogé sur la difficile adaptation au changement climatique du cyclisme professionnel. Le Normand est aussi revenu sur ses prises de positions passées contre la montée du climatoscepticisme et du Rassemblement national.

En 2023, vous évoquiez auprès de l’AFP l’impact environnemental du cyclisme professionnel. La situation s’est-elle améliorée depuis ?

Objectivement, non. Je prends toujours davantage l’avion que la plupart de la population. J’ai un mode de vie et un métier basés sur la consommation. Le principe même du sport est de dépenser des calories inutilement. Ma culpabilité n’a pas changé.

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En revanche, je ne veux pas être dans une attitude autoflagellatrice. Heureusement, aussi, qu’on fait des choses dans la vie qui ne sont pas forcément utiles. Mais j’essaie de faire au mieux.

Quel regard portez-vous sur l’empreinte carbone du Tour de France, estimée par l’organisation à 216 000 tonnes d’équivalent dioxyde de carbone en 2021 ?

Tout se polarise un peu autour de la Grande boucle. En vérité, ce n’est pas la seule course ni le seul «grand tour» qui existe [il y a aussi le tour d’Italie et le tour d’Espagne, NDLR]. Certes, c’est la plus grosse organisation et celle qui a le plus d’impact, mais l’organisateur [Amaury sport organisation, aussi propriétaire du quotidien sportif L’Équipe, NDLR] a entamé une réflexion sur l’empreinte carbone.

«Il y a beaucoup de choses auxquelles j’assiste que je trouve gênantes, notamment au niveau du gaspillage.»

Les équipes RSE [Responsabilité sociétale des entreprises, NDLR] du Tour m’ont déjà contacté pour échanger à ce sujet. Ils essaient de mettre en place des choses pour réduire les émissions, y compris auprès des coureurs. C’est toujours difficile de distinguer ce qui relève de l’image et ce qui est sincère, mais c’est au moins un début.

Cela fait dix ans que vous courez au plus haut niveau. Comment le cyclisme professionnel a-t-il évolué dans sa façon de considérer les enjeux écologiques ?

L’évolution est lente, surtout au sein des équipes : c’est là que ces sujets sont le moins pris en compte. Pourtant, elles ont tout autant une responsabilité que l’organisateur. Elles choisissent les modes de déplacement, les achats alimentaires… Il y a beaucoup de choses auxquelles j’assiste ou auxquelles j’ai pu assister que je trouve gênantes, notamment au niveau du gaspillage.

Guillaume Martin-Guyonnet et Quentin Pacher, coureurs de l’équipe Groupama-FDJ United, au départ du Tour de France 2026. © Anne-Christine Poujoulat/AFP

Le sujet n’est pas assez abordé dans les équipes car elles ne sont pas assez accusées. Or le sujet de l’empreinte environnementale du cyclisme est global. On ne peut pas se dire qu’on va trouver une solution pour la réduire en abordant le problème uniquement à travers un angle. Il faut y réfléchir comme un tout.

Certaines équipes sont sponsorisées par des entreprises polluantes (TotalEnergies, Ineos…), parfois issues de l’industrie pétrolière. Qu’est-ce que cela signifie ?

Il y a deux lectures. On peut se dire que ces entreprises s’engagent dans une voie plus vertueuse à travers le cyclisme ou que c’est du greenwashing. L’identité du sponsor a toujours été un critère essentiel lors de mes choix d’équipes [Wanty-Groupe Gobert, Cofidis, puis Groupama-FDJ, NDLR]. Mais ce n’est pas forcément évident pour tout le monde.

«À force de rouler en hyperventilation dans un environnement pollué, il y a de vraies conséquences sur notre santé.»

J’ai eu la chance d’avoir une position de leader, de ne pas galérer à avoir des contrats et de pouvoir faire ces choix. Quand vous êtes un coureur en fin de contrat, en fin de carrière, ou un jeune qui galère et que vous n’avez pas trop d’options, quelles que soient vos convictions, vous allez où vous pouvez.

En dix ans, avez-vous observé des changements concrets sur votre pratique sportive liés au changement climatique ou à la pollution ?

Sur les températures, cela a évolué, même si en dix ans on ne se rend pas forcément compte. Ce qui est frappant, par contre, c’est notre exposition à la pollution : je suis devenu asthmatique à force de rouler exposé à la pollution, ce n’était pas le cas avant. De plus en plus de cyclistes souffrent d’asthme à cause de la pratique du vélo. À force de rouler en hyperventilation dans un environnement pollué, il y a de vraies conséquences sur notre santé.

Estimez-vous que le monde du cyclisme s’engage suffisamment sur ces questions, notamment sur l’adaptation des courses ?

Il y a une amorce sur la santé, avec des protocoles concernant les conditions météorologiques extrêmes, mais c’est minimal. Trop souvent, lorsque j’écoute la radio le matin, j’entends qu’il y a un pic de pollution ou de chaleur, que le préfet déconseille fortement d’aller faire du sport en extérieur, et pourtant on maintient notre course ! Il y a quand même une tradition qui nous colle à la peau dans le cyclisme : celle d’un sport difficile, qui doit braver toutes les météos. On nous demande d’accepter et de faire le dos rond car c’est l’essence même du vélo.

Pensez-vous qu’à terme, les grands évènements sportifs, qu’ils soient cyclistes ou non, seront compatibles avec un monde en surchauffe ?

Dans un avenir proche, j’ai du mal à imaginer un monde sans Jeux olympiques, sans Coupe du monde. Il faut aussi se dire que les rencontres internationales apportent des choses. Il y a une vraie internationalisation du cyclisme depuis quelques années, avec l’émergence de coureurs et coureuses du continent africain. On peut le voir comme quelque chose de positif.

«J’ai vu les conséquences des quelques paroles engagées que j’ai pu avoir, avec des insultes et des messages haineux.»

Par exemple, l’an dernier, les championnats du monde de cyclisme sur route ont été organisés au Rwanda. D’un point de vue écologique, cela a imposé pas mal de déplacements. Mais cette organisation avait aussi du sens, de mon point de vue. C’est une voie d’émancipation pour certains athlètes et l’occasion de populariser davantage notre sport. Après, à un moment donné, des contraintes feront que tous ces évènements devront davantage s’adapter.

Pour le cyclisme, comment mieux adapter les courses ?

On peut essayer de regrouper au maximum les épreuves par proximité géographique sur l’année, ce qui est déjà un peu le cas. Il faut essayer de limiter les déplacements, y compris des camions qui transportent nos vélos par la route. Si on a une course une semaine au Portugal, puis la suivante en Italie et ensuite en Espagne, cela fait des déplacements insensés, tant d’un point de vue écologique qu’au niveau de la fatigue.

De plus en plus de sportifs et sportives prennent la parole, comme vous, sur les questions écologiques. Quel impact cela peut-il avoir dans le débat public ?

Je me demande parfois si ce n’est pas contre-productif, si cela ne polarise pas davantage le débat, et si finalement on ne convainc pas uniquement ceux qui sont déjà convaincus. En même temps, nous avons la chance, en tant qu’athlètes, d’avoir une tribune médiatique. Ce serait indécent de ne pas l’utiliser. Les jeunes peuvent être plus facilement sensibles à nos discours.

«Le courant de pensée climatosceptique m’inquiète : c’est effrayant de voir le pouvoir qu’il peut avoir.»

Mais c’est compliqué aussi, j’ai vu les conséquences des quelques paroles engagées que j’ai pu avoir [en 2024, il s’était prononcé contre le Rassemblement national à quelques jours des législatives, affirmant que «les valeurs de l’extrême droite ne sont pas celles du sport», NDLR], avec des insultes et des messages haineux sur les réseaux sociaux.

Le Rassemblement national, qui porte régulièrement des critiques contre le monde scientifique et tient des propos climatosceptiques, n’a jamais été aussi proche du pouvoir. Cette situation vous inquiète-t-elle ?

Je ne veux pas parler d’un parti politique en particulier. En revanche, le courant de pensée climatosceptique m’inquiète : c’est effrayant de voir le pouvoir qu’il peut avoir. Je trouve cela fou de tenir de tels discours avec les données scientifiques dont on dispose et ce que l’on peut observer.

D’une canicule à l’autre, nous oublions collectivement ce que nous avons subi. Une amnésie qui conduit beaucoup d’entre nous à élire celles et ceux qui aggravent la crise climatique.

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