
«Ici, c’est ombragé, alors que dans certains parcs, on crame», résume Maëva, sous le feuillage des immenses platanes de la cour de l’école Robert-Doisneau, dans le 1er arrondissement de Lyon (Rhône). Ce lundi 13 juillet, alors que midi approche, les arbres et l’architecture encaissée des bâtiments protègent des rayons du soleil et réduisent la sensation de chaleur. Lyon vit son septième jour d’affilée en vigilance orange canicule. Maëva apprécie de pouvoir venir se mettre au frais là où sa fille de 9 ans est scolarisée. Cette dernière s’éclate sur son vélo, pas perturbée par le fait d’être «à l’école» pendant les vacances.
Depuis le 10 juillet et jusqu’au 9 août, la cour de ce groupe scolaire est ouverte au public tous les jours de 8 heures à 22 heures. Cette expérimentation a été reconduite par la municipalité après un premier test concluant l’été dernier. Elle offre un îlot de fraîcheur, accessible gratuitement, en plein cœur de la ville. Habitante du quartier, Maëva a vu passer l’information sur un post du média en ligne Hugo Décrypte et s’est dit «pourquoi pas».
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Pour la majorité écologiste et divers gauche au pouvoir à Lyon, il s’agit d’ouvrir un maximum de lieux frais, accessibles gratuitement. Elle a cartographié (voir la carte) plus de 700 «refuges dans la ville en cas de forte chaleur» : cette cour d’école donc, mais aussi des équipements publics climatisés, des églises, des fontaines… C’est l’une des mesures de son plan «objectif fraîcheur», censé aider les Lyonnais·es à mieux vivre les épisodes de chaleur à répétition dans une ville particulièrement vulnérable. Selon un décompte du journal Le Monde, le Rhône est de loin le département qui a connu le plus de jours passés en vigilance canicule depuis 2004 (197 au 24 juin 2026).
«Ce sont des mesures d’urgence, comme s’il y avait un incendie»
La première version de ce plan a été déployée en 2023, après l’été record de 2022. En 2026, il a été déclenché plus tôt que prévu, au moment de l’épisode caniculaire exceptionnel de la fin mai. «On l’améliore d’année en année, notamment en augmentant le nombre de lieux frais», souligne Gautier Chapuis, adjoint au maire de Lyon en charge du climat (Les Écologistes). Il est en lien avec l’Agora Lyon 2030, qui rassemble plus de 170 structures du territoire mobilisées en faveur de la transition écologique. «Il y a encore plein d’endroits à exploiter, avec des partenaires publics comme privés. Nous souhaitons offrir un maillage suffisant pour les personnes qui ne peuvent pas se déplacer beaucoup», poursuit l’élu.

C’est le cas de Milka, venue souffler un peu avec ses quatre petit·es. La famille habite juste en face de l’école. «Les enfants prennent l’air sans faire beaucoup de trajet», sourit-elle, alors que sa fille Lucia et ses deux petits frères virevoltent sur leurs trottinettes. «Rester toute la journée à l’appartement, ça risquerait de faire trop pour eux, et moi ça m’arrange de ne pas aller trop loin», ajoute la dentiste de formation, arrivée du Congo en 2019. Milka ne partira pas en vacances cet été, «alors c’est super de pouvoir prendre l’air», appuie-t-elle.
Hormis son ombre, la cour de l’école Robert-Doisneau n’a rien de particulièrement accueillant. Il y a peu d’assises, pas d’herbe où s’allonger pour lire, aucune chaise longue ou autre installation temporaire donnant envie de s’y poser pour la journée. «Ce n’est pas le but, assume Gautier Chapuis. L’objectif, c’est d’être agile, en trouvant des solutions rapides, efficaces et sobres : ouvrir une cour d’école, ça ne demande rien à part un peu de gardiennage.» Pour l’élu, il s’agit de multiplier les possibilités de «repli climatique», des lieux où l’on vient trente minutes, en traversant la rue. «Ce sont des mesures d’urgence, comme s’il y avait un incendie», illustre-t-il.
Une ville «bientôt plus vivable»
Outre cette carte des lieux frais, le plan «objectif fraîcheur» prévoit une série d’actions spécifiques, en fonction du niveau de vigilance (jaune, orange, rouge) et de l’intensité de l’épisode caniculaire. Dès la vigilance orange, l’entrée de certains musées – celui des Beaux-Arts, par exemple – devient gratuite. La fermeture des grands parcs, comme celui de la Tête d’Or, est repoussée à 23h30 ou minuit (au lieu de 20h30 ou 22h30, selon la saison). En cas de vigilance rouge, ce qui n’a pas encore été le cas à Lyon cette année, le parc Blandan (7ème arrondissement) est même ouvert toute la nuit pour que les riverain·es puissent dormir à la belle étoile dans une zone dédiée.
Gautier Chapuis sait que ces mesures d’adaptation pourraient devenir obsolètes sans un travail d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre, responsables de la hausse des températures. «On est sur une ville qui ne sera bientôt plus vivable si on ne change rien», alerte l’adjoint au maire. Une manière de rappeler à l’État ses responsabilités, alors que le gouvernement est régulièrement pointé du doigt pour son action trop timide face au réchauffement climatique.









