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Des vaches découpées vivantes ou égorgées encore conscientes : L214 porte plainte contre un abattoir en Martinique

Une nouvelle enquête de l’association de défense des animaux met en lumière des dérives dans un abattoir martiniquais, où les règles d’abattage ne sont pas respectées et augmentent les souffrances animales. L214 a porté plainte et réclame la fermeture du lieu.
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Des vaches victimes de coups d’électricité abusifs, d’autres encore conscientes au moment d’être égorgées, et des animaux découpés vivants. Les images diffusées ce jeudi par l’association de défense des animaux L214 dans l’abattoir public du Lamentin, en Martinique, révèlent des «dysfonctionnements» sur les conditions d’abattage des bovins. Sur près de 2h30 de vidéos, l’association a relevé plusieurs infractions qui provoquent des souffrances supplémentaires chez les animaux tués. Elle a décidé de porter plainte auprès du procureur de la République au tribunal judiciaire de Fort-de-France pour «sévices graves et mauvais traitements sur les animaux» et réclame la fermeture immédiate de l’abattoir.

Malgré l’interdiction, l’aiguillon électrique est utilisé de façon répétée, y compris sur les veaux. © L214

L214 note d’abord des problèmes de structures. Les box de contention ne sont pas bien ajustés : c’est l’endroit où les bovins sont maintenus pendant l’étourdissement, le procédé qui permet aux animaux de moins ressentir la douleur avant leur saignée. Résultat, ils peuvent bouger et cherchent à se retourner. Ils sont donc moins bien placés pour être assommés efficacement par le pistolet à tige perforante. Parfois, des veaux se retrouvent même à trois dans le box, alors que cette pratique est interdite. Selon la réglementation, ils doivent être étourdis un par un et de façon isolée.

Des veaux se retrouvent à trois dans le box de contention alors que la réglementation l’interdit. © L214

Des problèmes de procédures ont également été observés. Sur les images, aucun test de conscience n’est effectué pour s’assurer que les bovins sont correctement étourdis. Des vaches se retrouvent donc à être égorgées vivantes. Certaines bougent encore au moment de la découpe. Avant l’étourdissement, elles subissent aussi des coups abusifs d’aiguillon électrique sur des zones pourtant interdites. Les décharges doivent rester exceptionnelles, limitées aux muscles des membres postérieurs des vaches adultes, et uniquement lorsqu’elles refusent d’avancer. Or les vidéos révèlent un recours répété à cette pratique, y compris sur les veaux.

Une demande d’audit et d’un moratoire

L’association espère que ses images auront un retentissement, afin «qu’elles déclenchent a minima une inspection des services vétérinaires, et qu’une enquête judiciaire soit ouverte», confie Sébastien Arsac, directeur des enquêtes de L214. À partir de décembre dernier, l’abattoir de Cosne-Cours-sur-Loire (Nièvre) a été fermé pendant plus de deux mois, après que l’association avait révélé les mauvais traitements des animaux.

«Nous demandons aussi au gouvernement de mettre en place un moratoire sur la construction de nouveaux abattoirs et un audit d’urgence», ajoute Sébastien Arsac. Le dernier audit date de 2016 et avait conclu que 80% des abattoirs présentaient des non-conformités, dont 31% de non-conformités «moyennes» et «majeures». Depuis, L214 a publié 18 enquêtes qui montrent que des dysfonctionnements sont toujours présents. «Un nouvel état des lieux est indispensable», assure l’association.

En janvier, au salon de l’agriculture, la ministre Annie Genevard a défendu la création de centaines de nouveaux élevages, ce qui implique d’augmenter les capacités d’abattage. «L’État n’est déjà pas capable de faire respecter la réglementation dans ceux qui existent, s’exaspère le directeur des enquêtes. En trois ans, nous avons fait condamner l’État sept fois pour manquement à sa mission de contrôle vétérinaire dans les abattoirs.» L’association essaie régulièrement d’échanger avec le ministère de l’agriculture mais, jusqu’à présent, ses courriers sont restés sans réponse. Contacté, l’abattoir du Lamentin a fait savoir qu’il ne voulait pas réagir. Ni les services vétérinaires de la préfecture de Martinique, ni le cabinet du préfet n’ont répondu à nos sollicitations pour le moment.

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