Édition du 10 septembre 2026

Mémoire déforme

Chères toutes et chers tous,

🎤 Mercredi, notre journaliste spécialiste de l’énergie, Anne-Claire Poirier, était à «La Terre au carré», sur France Inter, pour la chronique hebdomadaire de Vert consacrée aux bonnes nouvelles et aux solutions. Écoutez son passage sur la baisse des émissions de CO2 en Chine en cliquant juste ici.


À force d’oublier la réalité d’été en été, nous risquons fort de finir comme la grenouille… ébouillantés. 


Les Français face à l’amnésie climatique : combien de temps trouverons-nous ces étés caniculaires anormaux ?

Thermomètre sous le tapis. Cet été, le plus chaud jamais enregistré en Europe, a été un choc pour nombre d’entre nous : près de la moitié de l’Hexagone a dépassé au moins une fois les 40°C. À tel point que nous nous réjouissions lorsque le mercure n’indiquait «que» 30°C. Sommes-nous condamné·es à normaliser les effets du changement climatique ?

«Les changements extrêmes de température modifient notre compréhension culturelle de ce qu’est le changement climatique, ce n’est plus abstrait», explique à Vert George Adamson, chercheur en représentations culturelles du climat à l’université King’s College London (Angleterre). 

Arcachon (Gironde), le 24 juillet 2026. Le monde brûle et nous risquons de nous y habituer. © Maximilien Lamy/AFP

C’est pour cette raison, que selon lui, «nous devons utiliser ce moment, là tout de suite, pour rendre la dureté de ce que nous avons vécu très claire : il faut rappeler que ces chaleurs provoquent des morts, avant que ce ne soit normalisé par la répétition d’étés similaires.»

En raison de la variabilité climatique, des canicules aussi intenses et aussi longues que celles de l’été 2026 ne surviendront peut-être pas l’année prochaine ni celle d’après. Toutefois, le changement climatique rend les vagues de chaleur plus fréquentes, plus intenses et plus longues. «Les prochains épisodes de chaleur risqueront de nous faire dire que ces extrêmes ne sont pas si bizarres», alerte le géographe.

«Les changements de températures liés au dérèglement climatique sont rapidement normalisés par les populations», rappelle-t-il. Selon une étude publiée en 2019 dans la revue internationale Sustainability Science, environ cinq ans suffisent à banaliser des températures exceptionnelles.

👉 Cliquez ici pour lire l’intégralité de ce décryptage de Mathilde Picard et comprendre le risque d’une banalisation des chaleurs intenses.

· Le mois d’août a été le plus chaud jamais enregistré à l’échelle mondiale, juste devant juillet 2023, rapporte ce jeudi le service météorologique européen Copernicus. Dans son bulletin mensuel, l’institution relève que nous avons dépassé +1,5 degré Celsius (°C) de réchauffement par rapport à l’ère préindustrielle (vers 1850) le mois passé, avec +1,65°C. Ce n’était pas arrivé depuis novembre 2025.

· 64 000 personnes n’ont toujours pas accès à l’eau du robinet sur le territoire hexagonal, a annoncé la ministre de la transition écologique, Monique Barbut, mercredi. Pour boire, manger ou se laver, les habitant·es sont approvisionné·es par camions-citernes ou avec des bouteilles d’eau. Selon le ministère, la sécheresse estivale a fragilisé la ressource en eau potable de 6,4 millions de personnes à travers le pays.

· Depuis lundi, des militant·es et citoyen·nes tentent d’empêcher le passage des abatteuses sur le chantier de la décriée autoroute du Chablais, à Perrignier (Haute-Savoie). Mercredi matin, des travailleurs ont coupé des arbres sur le tracé : quatre véhicules de la gendarmerie mobile et une entreprise de sécurité privée étaient sur place. Les travaux de ce projet jugé inutile par ses opposant·es ont débuté le 1er septembre. La mise en service de la voie de seize kilomètres est prévue pour 2029.

Perrignier (Haute-Savoie), le 9 septembre 2026. Sur le chantier de l’autoroute A412, les abattages d’arbres ont commencé. © Kim Vaillant/Vert

Où habiter en 2050 ? Les pistes du géographe Guillaume Faburel, des collines normandes aux Préalpes

Exode à la joie. Au cœur de cet été caniculaire, nombre d’habitant·es des grandes villes disaient étouffer dans leur logement et envisager de partir. Déménager, mais pour aller où ? Le géographe Guillaume Faburel répond.


Où faut-il aller, pour fuir les températures extrêmes ?

Nous avons identifié sept territoires exemplaires par leur capacité d’adaptation et d’atténuation face au réchauffement climatique. Il ne s’agit pas de refuges où l’on serait protégé de tout. Ce sont des espaces qui offrent davantage de possibilités pour vivre de manière nourricière, dans la proximité et dans la solidarité. Il y a d’abord trois espaces de collines : bretonnes, normandes et poitevines. Viennent ensuite quatre ensembles de moyenne montagne : la partie centrale des Pyrénées, notamment l’Ariège, ainsi que les plateaux du Massif central, le Morvan (jusqu’aux côtes de Meuse) et les Préalpes.

👉 Cliquez ici pour lire la suite de cet entretien mené par Zoé Moreau et comprendre comment ces territoires ont été identifiés.

Pour identifier ces espaces, une trentaine d’indicateurs ont été croisés par les géographes du mouvement post-urbain. © Tana éditions

171 millions

Les évènements climatiques extrêmes ont perturbé la scolarité de plus de 171 millions d’enfants dans 106 pays en 2025, révèle l’Unicef dans un rapport publié ce jeudi. Canicules, incendies et inondations ont entraîné la fermeture d’établissements scolaires, prolongé les vacances et même causé la destruction d’écoles, comme aux Caraïbes avec l’ouragan Melissa. Des catastrophes qui «mettent en péril la vie et l’avenir des enfants», déplore l’Unicef. Les élèves originaires de pays à faible revenu sont souvent dépourvus des ressources nécessaires pour poursuivre l’apprentissage et finissent par se déscolariser. Les filles sont exposées à «un risque accru de décrochage scolaire» par rapport aux garçons car, lors d’événements météorologiques intenses, elles «assument des responsabilités supplémentaires». Elles s’occupent plus de leur famille et ont davantage de risques de subir un mariage forcé précoce.

L’intelligence artificielle, faux ami ou vrai ennemi du climat ? «Chaleur humaine» questionne ses usages

IA du boulot. L’intelligence artificielle (IA) est paradoxale : elle représente un coût environnemental important tout en étant présentée comme un outil capable d’accélérer la transition écologique. Dans ce nouvel épisode du podcast du Monde, le journaliste Nabil Wakim et la professeure en informatique Anne-Laure Ligozat explorent le rôle de l’IA face au changement climatique.

©  Le Monde

+ Rémy Calland, Louise Deshautels, Margot Desmons, Lilou Hiver, Zoé Moreau, Antoine Poncet, Sanaga et Kim Vaillant ont contribué à ce numéro.