
Un complexe de loisirs «hors normes» qui doit «confirmer la place de la France en tant que première destination touristique au monde». C’est ainsi qu’Emmanuel Macron a présenté le projet saoudien de trois parcs d’attractions à Cergy-Pontoise (Val-d’Oise), le 24 août, aux côtés du prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane. Le tout pour la bagatelle de six milliards d’euros. Pour l’heure, aucun calendrier précis n’a été communiqué : tout juste sait-on que l’un des parcs aura pour thème les mangas.
Cette annonce rappelle à Bernard Loup, militant du Collectif pour le Triangle de Gonesse, engagé contre l’urbanisation des terres agricoles, un projet avorté à une vingtaine de kilomètres plus à l’est : EuropaCity.
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«Tout le monde semble avoir oublié EuropaCity, mais je ne vois pas très bien en quoi cette nouvelle initiative est différente», souffle le militant octogénaire. En 2011, le groupe Auchan, deuxième distributeur français, annonce la création d’un vaste complexe de loisirs et de commerces de 80 hectares, pour un investissement de trois milliards d’euros. Il s’associe au groupe chinois Wanda, alors premier opérateur de parcs d’attractions en Chine. Un centre aquatique, une piste de ski, plus de 150 boutiques, une salle de concert et un complexe cinéma sont notamment prévus.
«Un projet d’une autre époque»
Le parc doit s’implanter sur les terres agricoles du Triangle de Gonesse (Val-d’Oise), au nord de Paris. «Des terres pourtant réputées comme exceptionnelles et parmi les plus fertiles d’Europe», souligne Stéphane Tonnelat, ethnographe au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et auteur de Sauver les terres agricoles (Seuil, 2026). Elles sont notamment précieuses dans un monde en proie au changement climatique puisqu’elles ne nécessitent pas d’arrosage. Grâce à leur grande profondeur, les sols peuvent stocker l’eau de pluie, qui remonte ensuite par capillarité lorsque les températures augmentent.

Pendant presque dix ans, Bernard Loup et son collectif se sont mobilisés pour faire annuler le projet et conserver ces terres agricoles. «On a fait de nombreux recours juridiques, on a occupé une partie du terrain, on a informé la presse et la population, on a même marché de Gonesse à Matignon… et ça a fini par payer», se remémore le militant. En 2018, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise annule l’arrêté de création de la zone d’aménagement.
Le gouvernement abandonne définitivement EuropaCity en novembre 2019, lors d’un conseil de défense écologique. Il s’agit d’un «projet d’une autre époque, fondé sur une consommation de masse d’objets et de loisirs. Nous souhaitons éviter autant que possible ce genre d’équipements, qui concentrent l’activité à l’écart des villes, dévitalisent les centres historiques et créent d’importants besoins de transports automobiles», avait déclaré Élisabeth Borne, alors ministre de la transition écologique.
145 hectares de terres agricoles urbanisées
«En quoi le parc à Cergy répond mieux à la situation actuelle ?», s’exaspère Bernard Loup. Pour Stéphane Tonnelat, ces nouveaux parcs prouvent que l’intérêt du gouvernement pour l’environnement n’existe plus. «On fait face aux mêmes problématiques qu’avec EuropaCity, mais avec un projet dont l’envergure est multipliée par deux», ajoute-t-il, exaspéré. Les parcs de Cergy doivent s’étendre sur 200 hectares, selon l’Élysée, dont 55 seront aménagés sur le site de l’ancien parc d’attractions Mirapolis, qui a fait faillite et est à l’abandon depuis 1991. Les 145 hectares restants doivent, eux, être pris sur des terres agricoles.
Sauf que celles-ci abritent des zones humides, nids de biodiversité. Si le complexe est construit, il se trouvera aussi à la lisière du parc naturel du Vexin, un plateau agricole classé dont les zones naturelles d’intérêt écologique couvrent près de 29% de la surface. «Le bruit et la lumière vont forcément perturber le quotidien de la quinzaine d’espèces protégées présentes», explique Tony Clavaud, cofondateur du collectif Mirapolis aux habitant·es, contre le projet. On y trouve notamment plusieurs chauves-souris et une libellule rare, l’agrion de Mercure.
Autre similitude avec EuropaCity, le gouvernement français collabore avec des investisseurs étrangers. Pour le nouveau parc, le président de la République a confirmé son financement par Qiddiya Investment Company, filiale du fonds souverain saoudien Public Investment Fund dédiée au divertissement, au sport et à la culture. «Que ce soit la Chine ou l’Arabie saoudite, à chaque fois ce sont des rapprochements avec des gouvernements autoritaires, ce qui est hautement questionnable», pointe l’ethnographe Stéphane Tonnelat.
Les débuts d’une mobilisation
Avec ces nouveaux parcs d’attractions, Emmanuel Macron promet la création de 22 000 emplois directs, «du jamais-vu depuis Disneyland Paris», s’est-il félicité sur X. «C’est un projet qui pourrait vraiment conforter l’attractivité touristique de l’Île-de-France», a renchéri sur TF1 Valérie Pécresse, la présidente de la région Île-de-France. Des arguments qui sonnent comme un disque rayé quand on sait que les perspectives d’attractivité économique et touristique étaient déjà mises en avant pour EuropaCity. «Sauf que, ce qu’ils ne disent pas, c’est que les emplois seront pour la plupart saisonniers, et que les personnes recrutées ne seront pas forcément du coin car, comme à Disneyland, il faut embaucher du personnel qui parle toutes les langues d’Europe», constate Bernard Loup.
Pour s’opposer à ce projet, lancé sans concertation avec les citoyen·nes concerné·es, le collectif Mirapolis aux habitant·es s’est rapidement constitué. Lors de sa première réunion, le 27 août dernier, une soixantaine d’habitant·es inquiet·es avaient fait le déplacement. Une pétition vient également d’être lancée. «Ce qu’on veut, c’est davantage d’informations et que les habitants soient consultés», réclame Tony Clavaud, cofondateur du collectif. «S’ils ont besoin d’aide pour lutter, les membres du Triangle de Gonesse viendront les soutenir. On est aussi passés par là», glisse amicalement Bernard Loup. Il est encore trop tôt pour savoir comment le projet évoluera. S’il suit son cours, un débat public devrait être organisé. Reste à voir si les parcs de Cergy connaîtront le même destin qu’EuropaCity.









