Destruction d’espèces protégées en Sologne : cinq ans de prison avec sursis requis contre le milliardaire Olivier Bouygues

Charnier l’évidence.
Ce mardi, le tribunal correctionnel d’Orléans a également requis 750 000 euros d’amende à l’encontre de l’héritier de la famille Bouygues. Aux côtés de cinq autres prévenus, employés dans son domaine de chasse, il était jugé depuis lundi pour «atteinte illicite en bande organisée à la conservation d’une espèce animale protégée».
Pendant tout son procès, Olivier Bouygues a nié sa responsabilité dans la chasse des oiseaux protégés dont les cadavres ont été retrouvés sur sa propriété. © Alain Jocard/AFP

Amende maximale pour le milliardaire. Le tribunal correctionnel d’Orléans reconnait la responsabilité d’Olivier Bouygues dans la destruction d’espèces protégées sur son domaine de chasse de la Ferté-Saint-Aubin (Loiret). Ce mardi, l’institution judiciaire a requis cinq ans de prison avec sursis contre le fils de Francis Bouygues, fondateur du groupe de BTP, de télécoms et de médias du même nom. S’ajoutent à cette peine une amende de 750 000 euros, le maximum prévu pour ce type d’infraction, et une interdiction d’exercer une activité en lien avec la chasse pendant cinq ans.

Le milliardaire était jugé pour «atteinte illicite en bande organisée à la conservation d’une espèce animale protégée ou à son habitat» et «destruction, transport et détention illicites d’une espèce animale non domestique», aux côtés de cinq autres prévenus : le régisseur de sa propriété et quatre gardes forestiers. À l’encontre de ces derniers, des peines d’un à quatre ans d’emprisonnement avec sursis ont été demandées, accompagnées d’amendes de 5 000 à 20 000 euros et de retraits temporaires du permis de chasse.

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Pour l’avocat d’Olivier Bouygues, Éric Grassin, les réquisitions sont «excessives». L’homme d’affaires n’a cessé de nier toute responsabilité depuis le début du procès. «J’ai d’autres chats à fouetter que de gérer au quotidien» les affaires de la propriété, a-t-il affirmé à la barre. En ouverture de son procès, lundi, il a même évoqué sa «surprise» à l’annonce de l’ouverture de l’enquête l’année dernière.

Pièges à mâchoires et pelleteuse

Rembobinons. Le 5 mars 2025, une source anonyme assure avoir vu des cadavres d’espèces protégées sur la propriété d’Olivier Bouygues. Des perquisitions sont menées et de nombreux oiseaux morts sont découverts : buses, grands cormorans, grandes aigrettes et faucons crécerelles. Des oiseaux qu’il est pourtant interdit de chasser. La tuerie ne se limite pas là. Les enquêteur·ices de l’Office français de la biodiversité (OFB) déterrent également des chats domestiques et sauvages.

Outre les cadavres, les visites de la propriété ont permis de retrouver du matériel de chasse prohibé tel que des pièges à mâchoires ou encore une pelleteuse qui servait à l’enfouissement des animaux. Preuve supplémentaire : des documents listant les espèces protégées comme «nuisibles» à éliminer sont exposés, ainsi qu’un «système de prime» pour ceux qui parviendraient à éliminer les oiseaux ciblés. Selon les déclarations du régisseur du domaine, Olivier Bouygues «ne voulait pas que ça soit rendu public».

Selon la procureure de la République d’Orléans, Emmanuelle Bochenek-Puren, la chasse de ces oiseaux était réalisée avec l’objectif de «préserver les parties de chasse organisées régulièrement en enlevant les prédateurs du petit gibier». Selon les éléments de l’investigation, les pratiques mises en cause se produisaient «en toute saison, avec une intensification au printemps», ont précisé le parquet et l’OFB, chargés de l’enquête.

Une affaire à «valeur d’exemple»

Cinq des six prévenus ont reconnu les faits, à l’exception d’Olivier Bouygues, donc, qui a martelé n’avoir «jamais vu» ce charnier. Il a tout de même reconnu en connaître l’existence, préférant parler de «fosse écologique». De son côté, le régisseur du domaine a évoqué des «pratiques ancestrales», réfutant toute accusation de «destruction» et évoquant une «régulation d’espèces qui menacent notre gibier ou notre poisson».

La procureure de la République d’Orléans a dénoncé une «organisation qui perdure», avec à sa tête «le même propriétaire». Pour autant, tous les prévenus ont rejeté la responsabilité du propriétaire dans les destructions, ainsi que la qualification de «bande organisée».

Une quinzaine d’associations de protection de l’environnement se sont constituées parties civiles. Parmi elles, la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), dont le président Allain Bougrain-Dubourg a assuré lundi prendre part à un procès «symbolique, car il illustre une situation totalement inédite», «avec des gens qui sont pétés de thunes, qui s’exonèrent du respect de la biodiversité». Selon lui, cette affaire doit avoir «valeur d’exemple» et «rappeler à l’ordre d’autres» personnes «qui pourraient avoir des idées analogues». À l’issue des réquisitions, les associations ont réclamé plusieurs dizaines de milliers d’euros en réparation du préjudice écologique et moral. La date du délibéré n’est pas encore connue.

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