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Mécènes de ménage

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L’ENS multiplie les liens avec les entreprises. Jusqu’à se retrouver sous emprise ?


LVMH, Capgemini, Axa… À l’École normale supérieure, étudiants et chercheurs combattent l’influence des grandes entreprises

Normale à l'aise. Durant tout le mois d’avril, élèves et scientifiques se sont mobilisé·es à l’École normale supérieure de Paris pour protester contre la multiplication des liens entre leur établissement et des entreprises de l’armement ou soutenant les énergies fossiles.

Au mois de janvier dernier, le scandale des meurtres, arrestations et raids de l’ICE, la police de l’immigration étatsunienne, créait un électrochoc. Au cœur de l’hiver, la France a découvert qu’une filiale du cabinet de conseil français Capgemini, spécialisée en informatique, travaillait pour cette unité controversée. Or, Capgemini est l’un des mécènes de l’École normale supérieure (ENS) de Paris, établissement renommé de l’enseignement supérieur. Un collectif d’étudiant·es appelé Transparens s'est alors monté au sein du campus pour protester contre ce bienfaiteur privé devenu un peu trop gênant. «Ce n’est pas possible, ce n’est pas en accord avec nos valeurs», s’insurge auprès de Vert une scientifique qui travaille au sein de l’établissement.

Le PDG de LVMH, Bernard Arnault, en 2017. À L'ENS, Louis Vuitton détient une chaire qui finance la recherche sur l'IA. © Wikimedia

À la mi-avril, leur pétition «L’ENS n’est pas à vendre» a récolté plus de 200 signatures en interne, dont 30% de chercheur·ses. Les pétitionnaires demandent à la direction plus de transparence sur la nature des liens entre l’ENS et les entreprises privées, notamment en rendant publics les contrats de partenariats et mécénats. «Aujourd’hui, il est impossible de savoir si les contrats passés avec l’ENS intègrent une clause de non-dénigrement», soulève une étudiante. En 2024, Libération a révélé que le pacte de mécénat entre TotalEnergies et l’École des mines de Nancy (Meurthe-et-Moselle) contenait cet engagement à ne pas critiquer l’entreprise.

Les élèves exigent aussi la mise en place de critères précis pour sélectionner les financeurs de l’école. Parmi ces garde-fous : l’exclusion des secteurs de l’armement, de l’industrie fossile et des pesticides, y compris les banques, assureurs et fonds d’investissement qui les soutiennent. Autre veto : les entreprises condamnées par la justice pour atteinte à l’environnement et aux droits humains, ainsi que les responsables de procédures bâillons visant à censurer des chercheur·ses ou journalistes.

👉 Cliquez ici pour lire la suite de cet article de Mathilde Picard.

· Ce jeudi après-midi, les député·es examinent deux amendements visant à prolonger l’exploitation d’hydrocarbures en France «si les intérêts fondamentaux de la nation le justifient». Ajoutés au projet de loi de programmation militaire par une ancienne ministre d’Emmanuel Macron, la députée Modem Geneviève Darrieusecq, ces amendements visent à détricoter la loi Hulot adoptée en 2017 pour mettre fin à l’exploitation d’hydrocarbures en France au plus tard en 2040.

· Selon une étude publiée ce jeudi par l’ONG Transport & Environment, les émissions de dioxyde de carbone (CO2) de l’aviation civile ont atteint un niveau record en Europe en 2025 : 195,3 millions de tonnes émises par des vols commerciaux au départ de l’Europe (le rapport). Soit une hausse de 4% par rapport à 2024. Une progression qui s’explique par une augmentation de 3% du nombre de mouvements d’avions, à 8,6 millions de vols. - Le Monde

· La quasi-totalité de la superficie de l’Amazonie pourrait se transformer en savane – pauvre en arbres – dès que la planète atteindra entre 1,5 et 1,9 degré de réchauffement global par rapport à l’ère préindustrielle (vers 1850), d’après une étude parue mercredi dans la revue Nature. «La déforestation rend l’Amazonie bien moins résiliente que ce que nous avions anticipé», avertit Nico Wunderling, auteur principal, ce qui pourrait entrainer des bouleversements mondiaux. - Vert

Vue aérienne de l’Amazonie bolivienne. © Jonathan Lewis/Wikimedia

· Mercredi, le porte-parole du collectif Bassines non merci, Julien Le Guet, a été condamné en appel par la cour de Poitiers (Vienne) à six mois de détention à domicile pour des faits commis à Sainte-Soline (Deux-Sèvres) en 2022. Il était notamment jugé pour «participation à un groupement, menace de destruction, vol d'une pelle et des inscriptions sur un panneau». Le militant est aussi interdit de paraître à Sainte-Soline et à Mauzé-sur-le-Mignon (Deux-Sèvres) pendant trois ans. - Ici Poitou

Brest-Bordeaux, Lille-Rennes… Air inter région, la nouvelle compagnie aérienne qui propose des vols intérieurs ultracourts

Business crasse. Prendre l’avion pour une durée de vingt minutes ? Vous n’y pensiez pas. Air inter région l’a fait. Le 29 avril, son fondateur, Franck Crépin, a annoncé le lancement de cette nouvelle compagnie aérienne avec de premiers vols prévus début 2027. L’ancien pilote vise «des liaisons directes, interrégionales, sur des distances courtes de moins de 500 kilomètres et de moins de deux heures de vol». Le tout avec des avions à faible capacité, entre neuf et treize sièges. Certains trajets envisagés, comme Le Touquet-Lille, ne nécessitent qu’environ deux heures de train. «Développer ce nouveau service semble à contre-courant quand on sait que pour des trajets très courts, la consommation de carbone par voyageur est plus élevée», souligne Jérôme du Boucher, responsable aérien de l’ONG Transport & Environment. Les phases de décollage et de montée, les plus énergivores, représentent une part proportionnellement plus importante des émissions par kilomètre et par passager lors des vols court-courriers.

👉 Cliquez ici pour lire ce décryptage de Lilou Hiver dans son intégralité.

Les avions d’Air inter région embarqueront neuf à treize passager·es. © Capture d’écran Air inter région

«Contrer le rire fasciste», un manuel d’autodéfense pour résister dans la bonne humeur

Troll de guerre. Saluts nazis goguenards, mèmes cyniques et vidéos absurdes générées par l’intelligence artificielle… Dans un essai combatif, Contrer le rire fasciste, Denis Saint-Armand, chercheur qualifié du Fonds de recherche scientifique (FNRS), décrypte les mécanismes de cet «humour» fondé sur le mépris et la domination, devenu la marque de fabrique de Donald Trump… et pas que.

👉 Cliquez ici pour lire la chronique de Théo Mouraby.

«Contrer le rire fasciste», Denis Saint-Amand, Rue de l’échiquier, mai 2026, 128 pages, 14 euros.

+ Rémy Calland, Lilou Hiver, Théo Mouraby, Anne-Claire Poirier, Antoine Poncet et Sanaga ont contribué à ce numéro.