Édition du 29 septembre 2026

Désherbant des accusés

Chères toutes et chers tous,

💚 Notre journaliste Sophie Roland participera à une table ronde lors du Greener Festival, le samedi 3 octobre à 15 heures à Lyon, sur le thème «Mieux s’informer face à la désinformation climatique». Elle échangera avec Célie Caraty, chargée de plaidoyer national chez QuotaClimat, et Robin Saxod, co-fondateur de Coop-médias. Pour réserver votre place (prix libre), c’est par ici. 


La ministre de l’agriculture prend la clé des champs et réautorise un dangereux désherbant.


La France réautorise le triallate, un pesticide interdit en raison d’un «risque inacceptable» pour l’eau

Orge sèche. Depuis le 23 septembre, le ministère de l’agriculture autorise cet herbicide par une dérogation de 120 jours pour les cultures d’orge d’hiver. Tous les produits à base de triallate ont pourtant été retirés du marché en 2023. L’association Générations futures va porter plainte.

Même interdites en raison des risques qu’elles font peser sur la santé ou l’environnement, des substances toxiques peuvent être épandues dans les champs. C’est le cas de l’Avadex Factor, un pesticide interdit en France depuis 2023, qui vient de bénéficier d’une dérogation de 120 jours, signée mardi dernier par les services du ministère de l’agriculture.

Commercialisé par l’entreprise étatsunienne Gowan, cet herbicide pourra être utilisé du 23 septembre 2026 au 21 janvier 2027 dans les champs d’orge, l’une des principales céréales cultivées dans l’Hexagone. Le produit contient principalement du triallate, une substance encore utilisée dans une poignée de pays européens, et dont l’ensemble des usages est interdit en France depuis trois ans.

La ministre de l’agriculture, Annie Genevard. ©  Quentin de Groeve/Hans Lucas via AFP

Garante de la mise sur le marché des produits pesticides, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a identifié en 2023 un «risque inacceptable de contamination des eaux souterraines» lié à la dégradation du triallate dans l’environnement.

«Avec cette procédure d’urgence, la ministre est en train de détourner les avis de l’Anses, qui a évalué de manière approfondie ces produits et a clairement montré que les risques sont inacceptables», dénonce Pauline Cervan, toxicologue auprès de l’association Générations futures, qui annonce ce mardi qu’elle va saisir la justice via un recours en référé.

👉 Cliquez ici pour lire la suite de cet article d’Esteban Grépinet et découvrir qui est à l’origine de cette dérogation.

· Lundi, les autorités ont officiellement déclaré le mégafeu de Saumos (Gironde) «éteint». Fin juillet, il avait parcouru 42 000 hectares, du jamais vu en France depuis 1949. Depuis, il était maîtrisé mais continuait de couver dans le sous-sol tourbeux, cette matière spongieuse issue de la décomposition végétale. Des fumerolles s’échappaient encore de la terre et restaient sous haute surveillance.

· Vendredi, France 3 Lyon a révélé que l’industriel Daikin allait émettre une tonne d’un nouveau PFAS dans l’air chaque année. Selon le document d’évaluation des risques sanitaires du groupe, ce nouveau produit se dégradera en TFA, le plus petit de cette grande famille de substances chimiques ultra-persistantes. Il a été classé «présumé toxique pour la reproduction humaine» par l’Agence européenne des produits chimiques (Echa).

· Au Kazakhstan, deux premiers poulains de Przewalski viennent de naître naturellement dans un centre de réintroduction, alors que l’espèce est classée en danger critique d’extinction. Cela faisait 200 ans qu’un de ces chevaux sauvages n’avait pas vu le jour sur le sol kazakh. Depuis trois ans, des programmes de conservation ont transporté 22 animaux depuis les zoos de Prague et de Berlin afin de tenter de les réinstaller dans les steppes.

Le cheval de Przewalski mesure 1,30 mètres au garrot. ©  Claudia Feh/Wikimédia

«On vit un paradoxe terrible» : trahie par le gouvernement, la filière des énergies renouvelables s’enfonce dans la crise

Les doigts dans la crise. Ce mardi, en marge du 27ème colloque annuel du syndicat des énergies renouvelables (SER) à Paris, des salarié·es de la filière organisent une manifestation. Elles et ils déplorent que «plus de 20 000 emplois dans le solaire et l’éolien ont été supprimés ou menacés au cours des deux dernières années». Comment en est-on arrivé là ? «En 2022-2023, le gouvernement nous a dit : “Allez-y !” ; tout le monde a beaucoup embauché», explique Camille Girard, directeur de la communication de Valorem, qui développe des projets solaires et éoliens. Depuis, l’exécutif a enchaîné les revirements. Dans la version finale de la programmation pluriannuelle de l’énergie qu’il a publiée en début d’année, les objectifs de développement des renouvelables ont été sabrés de 10 à 20% selon les filières.

👉 Cliquez ici pour lire la suite de ce décryptage d’Anne-Claire Poirier et tout comprendre à la colère des salarié·es des renouvelables.

Paris, le 10 février 2026. Des salarié·es des énergies renouvelables avaient manifesté pour la première fois, en début d’année. © Adnan Farzat/NurPhoto via AFP

L’ONG Bloom veut faire interdire les chalutiers de plus de 33 mètres de long, «aux pratiques les plus destructrices pour l’océan»

Navire moi ça de là. Ce mardi, l’ONG de protection des océans Bloom demande à l’Union européenne d’interdire aux chalutiers de plus de 33 mètres de prendre la mer. Alors que Bruxelles s’apprête à voter son budget, plusieurs député·es, dont David Cormand (Les Écologistes) et Emma Fourreau (La France insoumise), portent des amendements en ce sens. Selon l’association, ces bateaux concentrent les pratiques les plus destructrices. 84% d’entre eux utilisent des engins traînants comme les sennes, qui raclent les fonds marins, ou des chaluts, qui capturent la faune de manière indifférenciée. Ces bateaux ne représentent qu’1% de la flotte européenne mais captent la majorité des subventions. Ils fragilisent la pêche artisanale en capturant la moitié des stocks de poissons.

Manque de moyens, PFAS, taux de cancers plus élevés… Pourquoi les pompiers sont-ils en grève ?

Des cendres dans l’arène. Depuis le 8 septembre, l’ensemble des syndicats de sapeurs-pompiers a entamé une grève générale à travers la France. Ce mardi, ils sont mobilisés aux côtés du reste de la fonction publique pour réclamer plus de moyens et une meilleure protection de la santé des soldat·es du feu. Vert fait le point sur les raisons de leur colère.

©  Moncef Arbadji/Vert

+ Moncef Arbadji, Rémy Calland, Mathilde Picard, Anne-Claire Poirier et Antoine Poncet ont contribué à ce numéro.