Élection présidentielle au Brésil : Flávio Bolsonaro, un climatosceptique aux portes du pouvoir

Brésil de la tentation.
Dimanche, Flávio Bolsonaro affrontera le sortant Lula au second tour de la présidentielle brésilienne. Une accession au pouvoir du fils de l’ancien président d’extrême droite menacerait l’Amazonie et les peuples autochtones. On vous explique.
São Paulo, le 18 octobre 2026. Flávio Bolsonaro lors d’un débat avec Lula dans l’entre-deux-tours. © Tuane Fernandes/NurPhoto

Tel père, tel fils. Lors du premier tour de l’élection présidentielle brésilienne, le 4 octobre, le sénateur Flávio Bolsonaro a créé la surprise en arrivant en tête avec 47,03% des voix. Il a devancé le président de gauche sortant, Lula da Silva (45,16%). Dimanche, ils se feront face dans un duel final qui promet d’être disputé.

Depuis le début de sa campagne, Flávio marche dans les pas de son père, Jair Bolsonaro, ancien président d’extrême droite condamné à vingt-sept ans de prison pour tentative de coup d’État, et inéligible.

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Dans son programme, point de mention du changement climatique. Dans une interview à la chaîne Globo le 28 août, il privilégie la formulation «événements climatiques extrêmes». «Il y a des périodes cycliques où il fait plus chaud, des périodes où il fait plus froid. Et je ne pense pas que cela soit directement lié uniquement à l’influence de l’être humain», développe-t-il.

Monétiser la nature

De son enfance passée à écumer les plages de Barra da Tijuca, la banlieue chic de Rio de Janeiro, Flávio Bolsonaro a conservé un goût pour le surf. Ces vagues, où il a construit ses souvenirs de jeunesse, il ne les conçoit pas comme une ressource à protéger, mais plutôt… «comme un actif financier exploitable à des fins touristiques», d’après Cristiana Losekann, coordinatrice du Laboratoire de recherche en politique environnementale et justice de l’université fédérale d’Espírito Santo.

Élu à l’Assemblée législative de Rio de Janeiro à seulement 21 ans, Flávio Bolsonaro y enchaîne quatre mandats consécutifs. En 2018, il profite de la percée de l’extrême droite qui propulse son père à la présidence et obtient un siège au Sénat. Quatre ans plus tard, il devient rapporteur de la controversée «PEC das Praias», un texte prévoyant de transférer certains terrains du littoral appartenant à l’État fédéral à des collectivités ou à des particuliers.

Jair Bolsonaro (au centre) aux côtés de son fils Flávio (à sa gauche), en mars 2025, à Brasilia (Brésil). © Roque de Sá/Agência Senado

En août 2026, en campagne à Angra dos Reis, à quelques heures de Rio de Janeiro, Bolsonaro fils défend la relance de la centrale nucléaire locale et l’accélération des autorisations environnementales pour de grands projets immobiliers. Son rêve le plus fou ? Faire de ce petit paradis naturel «un nouveau Cancún».

Data centers et fracturation hydraulique

Le candidat climatosceptique souhaite permettre aux Brésilien·nes de s’enrichir… sur le dos de la planète. «Il présente l’installation de data centers et la vente de terres rares – notamment à l’Amérique de Trump – comme une source d’emploi», analyse Sofia Vizcarra Castillo, coordinatrice du Laboratoire d’études politiques sur l’action climatique de l’université fédérale du Rio Grande do Sul.

En parallèle, Flávio Bolsonaro soutient la fracturation hydraulique pour extraire du gaz de schiste, malgré les risques de contamination des eaux. Dans son projet, «il considère que les règles environnementales sont un frein à l’activité économique et aux investissements, une vision partagée par de nombreux dirigeants d’extrême droite en Amérique latine», détaille la chercheuse.

En août dernier, pendant un déplacement de campagne, le candidat promet de «mettre fin à ces entraves», y compris pour les peuples autochtones. «Ils ne veulent plus être des animaux de zoo que les touristes paient pour les regarder danser et faire du feu avec du bois», lâche-t-il lors d’une interview au podcast Market Makers.

Les autochtones en danger

En avril, le sénateur avait promis qu’aucun territoire autochtone ne serait reconnu et homologué en cas d’accession au pouvoir, s’inscrivant dans la continuité de la politique menée par son père entre 2019 et 2022. «Les invasions illégales de nos terres avaient alors augmenté et le territoire yanomami était devenu le symbole d’une tragédie humanitaire», se remémore Sônia Guajajara.

Selon une enquête du journal Folha de S.Paulo, 286 procédures de reconnaissance de territoires autochtones actuellement en cours pourraient être bloquées en cas de retour du bolsonarisme au sommet de l’État. «Cela signifierait un retour à un scénario de violence, de destruction et de violations massives des droits humains et environnementaux», met en garde Dinamam Tuxá, coordinateur exécutif de l’Articulation des peuples autochtones brésiliens (APIB).

Une des seules mesures dédiées au climat dans le programme de Flávio Bolsonaro est la fin de la déforestation d’ici 2029… mais seulement si elle est illégale. Il instrumentalise l’Amazonie pour mettre en avant l’un des principaux axes de sa campagne : combattre la criminalité.

Ordre et progrès ?

Depuis 2002, Flávio Bolsonaro bâtit sa carrière sur les questions de sécurité publique. Pour lui, l’État doit être garant de l’ordre, y compris environnemental. «Distinguer le déboisement illégal et celui du petit producteur lui permet d’adopter un discours sécuritaire fort et un discours populiste qui plaît à ses potentiels électeurs», décrypte la politiste Sofia Vizcarra Castillo.

Pour lutter contre les crimes environnementaux, il prétend miser sur la surveillance par satellites et l’intelligence artificielle. «Tout ce qu’il a voté jusqu’à présent va dans le sens d’une augmentation de la déforestation», nuance Márcio Astrini, secrétaire exécutif de l’Observatoire du climat brésilien.

Flávio Bolsonaro compte aussi remanier plusieurs instances environnementales : l’Ibama, chargée des contrôles, la Funai, responsable des politiques autochtones, et l’ICMBio, qui gère les unités de conservation. Leurs budgets avaient déjà fondu sous Jair Bolsonaro. «La déforestation avait alors augmenté de plus de 60% en Amazonie», rappelle Márcio Astrini.

L’aîné de la fratrie Bolsonaro, surnommé «01» par son père, fait de son héritage familial son premier argument électoral : «J’ai l’air plus pacifique et modéré, mais ici coule le sang Bolsonaro», s’exclame-t-il en se frappant le torse le 25 juillet, lors de l’officialisation de sa candidature, à São Paulo.

C’est depuis sa détention à domicile que Jair Bolsonaro l’a choisi comme dauphin. «01» est le fils qui dispose de la plus longue expérience politique. C’est aussi celui qui traîne le plus de casseroles. Il est accusé d’avoir occupé un employé fictif et d’avoir participé à des détournements de salaires de collaborateur·ices parlementaires. Mais aussi d’avoir entretenu des liens avec des milices, ces groupes criminels composés d’anciens policiers qui contrôlent des pans entiers de Rio de Janeiro.

Affaires de famille

En cas de victoire, Flávio Bolsonaro a promis d’amnistier son père, o mito, «le mythe», comme l’appellent ses partisan·es. «Le retour de cette famille au pouvoir représente un risque très important, à la fois pour la nature et pour la démocratie», s’alarme Márcio Astrini.

Lors des élections parlementaires d’octobre 2026, quatre membres du clan Bolsonaro ont été élu·es : Michelle, belle-mère de Flávio, et son frère cadet Carlos ont fait leur entrée au Sénat, tandis que Renan, le plus jeune des fils Bolsonaro, a obtenu un siège à la Chambre des députés, aux côtés de son oncle Renato. Ces dernier·es ont été adoubé·es par le Parti libéral (PL), qui a renforcé sa position de première force politique du Parlement.

«Le bolsonarisme n’a pas disparu avec la défaite de 2022. Son idéologie reste profondément enracinée dans une partie du Congrès et de la société», déplore Dinamam Tuxá, coordinateur exécutif de l’APIB. L’Observatoire du climat brésilien classe le PL comme le parti présentant le bilan environnemental le plus faible parmi les grandes formations étudiées.

Après le premier tour, le nombre d’incendies détectés par satellite en Amazonie légale – région administrative composée de neuf États brésiliens – a presque doublé, passant de 1 854 à 3 695 en une semaine. Une flambée soudaine qui fait craindre aux communautés autochtones que les soutiens du bolsonarisme, galvanisés par la perspective d’un retour de l’extrême droite au pouvoir, se sentent autorisés à envahir leurs territoires et à y mettre le feu.

D’une canicule à l’autre, nous oublions collectivement ce que nous avons subi. Une amnésie qui conduit beaucoup d’entre nous à élire celles et ceux qui aggravent la crise climatique.

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