Google, Meta, Amazon… Comment sortir des Gafam et pourquoi c’est si compliqué ?

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Les menaces commerciales de Donald Trump ont brutalement rappelé à l’Europe l’ampleur de sa dépendance aux technologies étasuniennes. Des alternatives aux produits développés par les Gafam existent, mais la sortie s’annonce longue et introspective. Vert vous explique.
L’Europe est dépendante des services numériques étasuniens, notamment de ceux développés par les Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft). © Lokman Vural Elibol/AFP

💻 Cet article est le premier épisode de notre série pour sortir de notre dépendance aux Gafam. Moteurs de recherche, boîtes mail, GPS… On vous aide à trouver les meilleures alternatives aux produits développés par Google, Apple, Amazon, Facebook ou Microsoft.

2026 aura-t-elle été l’année où l’Europe a découvert qu’elle vivait sous perfusion technologique étasunienne ? Depuis janvier, le président des États-Unis, Donald Trump, n’a cessé de rappeler aux Européen·nes combien leur autonomie restait théorique, entre menace d’annexion du Groenland (qui dépend du Danemark), pressions commerciales et sanctions. Sur ce dernier point, le cas du juge français Nicolas Guillou est symbolique.

Sanctionné par Washington le 20 août 2025, le magistrat avait autorisé l’émission de mandats d’arrêt contre le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou et son ancien ministre de la défense, Yoav Gallant. Depuis, il est interdit d’entrer aux États-Unis et se retrouve privé d’une partie de sa vie numérique. Il ne peut plus utiliser de carte bancaire ni accéder à certains services de plateformes étasuniennes comme Amazon, Netflix ou Airbnb.

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Paris et Bruxelles ont depuis accéléré leurs travaux sur la «souveraineté numérique», entre commission d’enquête parlementaire et plans européens. Ce vendredi, la commission des finances a adopté un amendement pour augmenter la taxe sur les géants du web. Rien ne garantit qu’il sera ensuite voté par le Parlement.

Le rapport de force reste largement en faveur des États-Unis. Fin juin, Donald Trump a menacé d’imposer des droits de douane massifs aux pays qui envisageaient de taxer les services numériques étasuniens. Dans le même temps, il a contraint la start-up d’intelligence artificielle (IA) Anthropic, pendant près de trois semaines, à suspendre l’accès des ressortissant·es étranger·es à ses modèles d’IA les plus puissants, au nom de la «sécurité nationale».

Alors, comment sortir de la dépendance numérique aux géants étasuniens de la technologie, à commencer par les Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) ?

Une dépendance totale

Après avoir présidé pendant cinq mois, de février à juillet 2026, la commission d’enquête sur les dépendances de la France au numérique, le député Philippe Latombe (Les Démocrates) dresse un constat sévère. «La dépendance commence par les infrastructures, des semi-conducteurs [des puces électroniques qui conduisent le flux de courant, NDLR], aux ordinateurs, dont nous n’avons pratiquement plus de constructeurs en Europe. Viennent ensuite les logiciels et le cloud», soit les serveurs mondiaux connectés à internet, conçus pour stocker, gérer et traiter des données.

L’État lui-même n’y échappe pas. Le rapport de la commission révèle que plusieurs ministères, à commencer par celui de la justice, utilisent Microsoft Office 365. Certaines données y sont ainsi hébergées, sans bénéficier des garanties de protection qui auraient dû leur être accordées.

«Il faut reconnaître que la difficulté est structurelle. Lorsqu’un outil est adopté par tout le monde, il devient presque incontournable, nuance Lorraine de Montenay, experte en numérique responsable. Le numérique favorise naturellement des situations de monopole, notamment en raison des effets de réseau. Les plateformes ont donc intérêt à rendre leurs services faciles à rejoindre mais difficiles à quitter.»

À l’origine de la dégooglisation

L’association Framasoft, spécialisée dans les logiciels libres, a fait figure de pionnière en matière de sortie des Gafam. Dès 2014, elle s’est engagée sur cette voie, un an après les révélations d’Edward Snowden sur la surveillance de masse. Ancien employé de la Central intelligence agency (CIA) et de la National security agency (NSA), il a mis en lumière les liens entre les services de renseignement étasuniens et les géants du numérique. La NSA a notamment mis en place un programme, nommé Prism, pour collecter massivement les données personnelles des utilisateur·ices de Google, Apple et consorts.

«À l’époque, Framasoft utilisait encore la messagerie Gmail, des listes Google et Google Forms. Nous nous sommes alors dit que nous étions nous-mêmes trop dépendants de ces outils et avons commencé par “dégoogliser” l’association», raconte Pierre-Yves Gosset, coordinateur des services numériques de Framasoft.

En 2014, l’association lance la campagne «Dégooglisons internet». L’objectif était d’identifier les 20 ou 30 services les plus répandus sur le web et de proposer des alternatives libres. Parmi elles, Framaforms pour créer des questionnaires, PeerTube comme alternative à YouTube ou encore Framapad pour l’écriture collaborative. Aujourd’hui, Framasoft estime à 2,5 millions le nombre d’utilisateur·ices de ses différents services.

Pour Gaël Duval, fondateur de Murena, qui développe un système d’exploitation mobile pour s’émanciper d’Android (développé par Google), la question n’est plus seulement celle du respect de la vie privée. «Quand on voit des personnes visées par des sanctions se retrouver privées du jour au lendemain de services américains, on mesure une forme de violence que l’on aurait difficilement imaginée il y a encore quelques années», souligne-t-il. Les tensions géopolitiques semblent d’ailleurs transformer cette inquiétude en marché. Gaël Duval assure être en bonne voie pour doubler le chiffre d’affaires de Murena par rapport à l’année précédente.

Même phénomène chez Mailo. Le service français de messagerie a multiplié par quatre son chiffre d’affaires au moment où Donald Trump menaçait d’annexer le Groenland, selon son chef de produit, Sébastien Roussel. «Dès qu’un service essentiel transite par une entreprise soumise au droit américain, il faut se demander quelles conséquences cela peut avoir sur la souveraineté et sur la maîtrise des données», prévient-il.

Mailo assure ainsi stocker ses données auprès d’un hébergeur cloud 100% français. «La localisation physique d’un centre de données en France ne suffit pas. Si l’entreprise qui l’opère est américaine, elle peut rester soumise à la législation américaine», prévient toutefois Lorraine de Montenay. La souveraineté suppose donc de savoir qui administre les données, qui peut y accéder et sous quel droit elles se trouvent.

Changer d’habitudes par étapes

L’enjeu est également environnemental. Pour Cyrielle Chatelain (Les Écologistes), rapporteure de la commission d’enquête sur les dépendances au numérique, l’expansion des Gafam entraîne une hausse de la consommation d’électricité et d’eau dans leurs centres de données. «Les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre qu’ils se sont fixés ne sont toujours pas tenus. Dans certains cas, leurs émissions augmentent même sous l’effet du déploiement massif des data centers, parfois alimentés par des énergies fossiles», précise l’élue.

La dépendance commence avant tout sur les bancs de l’école, avance Cyrielle Chatelain. «On apprend à utiliser Microsoft Word et à chercher sur Google. En réalité, on n’apprend pas le numérique en général, mais seulement certains services numériques», dénonce la députée iséroise. Dans son rapport, elle défend un objectif de «zéro Microsoft» à l’école.

Quitter les Gafam ne signifie pas pour autant tout remplacer du jour au lendemain. «Sortir de Gmail, par exemple, peut prendre du temps. Il faut donc accepter une transition progressive», reconnaît la parlementaire. Changer de moteur de recherche ou de messagerie peut constituer une première étape. Encore faut-il veiller à la portabilité des données, c’est-à-dire à la possibilité de récupérer ses données personnelles pour les stocker ailleurs ou les transférer vers une autre plateforme. Et à l’interopérabilité des services, c’est-à-dire à la capacité des systèmes ou logiciels à échanger des données sans restriction.

«Il fallait sans doute un électrochoc pour mesurer la nécessité de reprendre en main notre destin», estime Gaël Duval. Mais, pour l’entrepreneur, nul grand soir numérique à espérer : «C’est un projet européen de long terme, probablement sur quinze ou vingt ans.»

D’une canicule à l’autre, nous oublions collectivement ce que nous avons subi. Une amnésie qui conduit beaucoup d’entre nous à élire celles et ceux qui aggravent la crise climatique.

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