
Ce n’est que le début du mois de juillet et la France affronte déjà son troisième épisode de fortes chaleurs. Jeudi, le mercure est grimpé jusqu’à 43 degrés Celsius (°C) dans le sud du pays. Depuis ce samedi, 24 départements sont en vigilance rouge canicule et 56 autres en orange. Cette nouvelle flambée fait craindre une augmentation des violences, notamment envers les femmes.
Bien que peu connu, le lien entre chaleur et comportements violents est établi par la recherche depuis une trentaine d’années. Les scientifiques ont démontré que les fortes températures entraînent une hausse des suicides, de la criminalité et des violences conjugales. En avril 2025, le programme Spotlight initiative, supervisé par les Nations unies, a publié un rapport qui révèle que chaque degré de réchauffement climatique (par rapport aux valeurs préindustrielles, vers 1850) est associé à une hausse de 4,7% du nombre de cas de violences conjugales. Dans un scénario à +2°C, d’ici 2090, 40 millions de femmes supplémentaires dans le monde risquent d’être victimes de violences chaque année.
Cet article est en accès libre.
C’est un engagement fort de notre équipe, pour permettre à tout le monde de s’informer gratuitement sur l’urgence écologique et de faire des choix éclairés. Si vous le pouvez, faites un don pour soutenir notre travail dans la durée et garantir notre indépendance.
Aucune étude n’a encore été menée à l’échelle de la France, mais certains indicateurs confirment cette dynamique. Au micro de France info, Pauline Vanderquand, présidente de l’application Umay, qui permet de signaler des agressions de rue, a indiqué avoir constaté «une hausse des signalements d’environ 30%» lors de l’épisode caniculaire de fin mai.
Des facteurs biologiques et sociaux
Pour Kévin Jean, épidémiologiste à l’École normale supérieure et auteur du livre À notre santé ! La lutte contre le changement climatique n’est pas celle que vous croyez (2026, Payot) : «La chaleur abaisse le seuil à partir duquel une personne peut devenir violente.» Il explique ce phénomène par des effets biologiques : «Les fortes chaleurs perturbent la régulation des hormones comme la sérotonine et la dopamine qui régulent l’humeur.» Le cerveau est également moins bien oxygéné, puisque le cœur pompe davantage de sang pour mieux évacuer la chaleur. Les nuits sont aussi plus difficiles et moins reposantes. «Tout cela favorise l’irritabilité, la fatigue… et augmente le risque que des interactions deviennent conflictuelles», détaille encore l’épidémiologiste.
À ces mécanismes s’ajoutent des aspects sociaux et comportementaux. Les épisodes de chaleur bouleversent le quotidien : les sorties se font plus rares et de nombreuses personnes restent confinées chez elles pour se protéger du soleil. Un environnement favorable aux violences conjugales. D’après une étude espagnole de 2018, les fortes températures augmentent les risques de féminicide de 28%. «La chaleur exacerbe la violence, mais les auteurs sont évidemment les seuls et uniques responsables», rappelle Adéa Guillot, porte-parole de l’ONG Care France, qui lutte contre les inégalités et la pauvreté.
Le nombre d’actes de violence envers les femmes n’est pas pour autant supérieur dans les pays chauds par rapport aux régions au climat plus tempéré. Peu importe la zone, c’est la hausse des températures comparée à la moyenne locale qui influe sur le nombre de cas de violences.
Un manque de sensibilisation et d’actions
Plus globalement, tous les évènements météorologiques extrêmes liés au dérèglement climatique attisent les violences faites aux femmes. Sécheresses, inondations ou incendies créent des instabilités qui renforcent le système de domination patriarcal et les normes genrées. «Le changement climatique est sexiste», déplore Adéa Guillot. Elle cite l’exemple de l’Éthiopie où, lors de la sécheresse de 2022, le nombre de mariages forcés a augmenté de 119%. Les mauvaises récoltes fragilisent les foyers et, lorsque les ressources viennent à manquer, certaines familles marient leurs filles en échange d’une dot. Or les filles mariées avant l’âge de 15 ans présentent un risque près de 50% plus élevé de subir des violences conjugales, selon une étude de 2017.
Faute de dispositif de prévention spécifique contre les violences en période de canicule, l’ONG Care France a lancé sa propre campagne de sensibilisation dans les rues de Paris. Depuis lundi, une centaine de panneaux d’affichage montrent le visage d’une femme se couvrant d’impacts à mesure que la température extérieure grimpe (voir ci-dessus). L’association plaide pour la mise en place de messages d’alerte lors des épisodes caniculaires ; la création de refuges pour les victimes ; et une sensibilisation des policier·es à cette problématique.
Sans oublier qu’en plus des fortes chaleurs, l’été est aussi rythmé par la Coupe du monde de football. Un moment réjouissant pour beaucoup, mais qui participe aussi à la hausse de violences envers les femmes. Selon une étude anglaise de 2014, basée sur les plaintes enregistrées par la police du comté du Lancashire lors des Coupes du monde 2002, 2006 et 2010, les signalements de violences conjugales augmentent de 26% les soirs de match de l’équipe d’Angleterre, et même de 38% après une défaite. Associé à la chaleur, le cocktail peut devenir explosif.








